Le lundi 3 août, WE! Fund, filiale dédiée à l'autonomisation économique des femmes du Fonds souverain d'investissements stratégiques du Sénégal (FONSIS), a annoncé avoir signé deux conventions d'investissement d'un montant global de 800 millions de francs CFA avec Dakar Dialyse et Berca. Ce double engagement dans la santé et le recyclage intervient dans un contexte ouest-africain marqué par une course à l'attractivité pour les capitaux privés, où la Côte d'Ivoire table sur une croissance moyenne de 6,8% entre 2027 et 2029. Loin des mégaprojets, le Sénégal semble toutefois tracer une voie singulière : celle d'un fonds souverain actionnaire de projets à impact social et environnemental.

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L'investissement de WE! Fund dans le premier centre de « dialyse verte » au Sénégal n'est pas un simple financement de clinique. Le projet, porté par Dakar Dialyse et implanté à Diamniadio sur un site de 5 000 mètres carrés, associe 38 postes de dialyse à une unité de traitement des déchets intégrant le recyclage des eaux issues des séances d'hémodialyse. Cette double dimension sanitaire et environnementale révèle une évolution dans la doctrine d'investissement du FONSIS, historiquement orienté vers des infrastructures structurantes ou des participations dans des champions nationaux. En s'engageant aux côtés d'une PME locale, la filiale du fonds souverain acte un virage vers une économie de la santé plus résiliente, où la gestion des déchets médicaux devient un enjeu stratégique.

Un fonds souverain au service de l'économie circulaire

Le second projet, porté par la société Berca basée à Keur Ndiaye Lo, dans la région de Dakar, s'inscrit dans le même registre. Entreprise spécialisée dans le recyclage, Berca symbolise cette économie circulaire émergente qui peine encore à trouver des financements adaptés sur le continent. L'injection de 800 millions de francs CFA, répartie entre les deux conventions, peut sembler modeste à l'échelle des besoins. Mais elle constitue un signal fort de la part d'un acteur institutionnel, susceptible d'attirer d'autres investisseurs privés, notamment de la diaspora ou des fonds internationaux en quête de projets à fort impact.

Le choix de WE! Fund, filiale explicitement dédiée à l'autonomisation économique des femmes, n'est pas anodin. Les 30 emplois directs promis par le centre de dialyse, dont 18 réservés à des femmes, et l'ancrage du projet dans une logique de soins de proximité, rappellent que les fonds souverains ouest-africains cherchent désormais à conjuguer rendement financier et objectifs sociaux. Cette tendance s'observe ailleurs dans la région, à l'image de la mobilisation de la finance privée à Abidjan lors de la troisième édition de Abidjan Private Equity, qui visait à accélérer la croissance des entreprises africaines.

Un contexte régional de concurrence accrue

Cet investissement sénégalais intervient dans un moment particulier de l'histoire économique ouest-africaine. D'un côté, la Côte d'Ivoire affiche des perspectives de croissance de 6,8% sur la période 2027-2029, selon son document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle, un signal clair envoyé aux investisseurs et partenaires financiers sur la stabilité du pays. De l'autre, le Sénégal, sous la tutelle d'un grand ministère de l'Économie, des Finances et du Plan confié à Cheikh Diba, semble privilégier une approche plus sélective, tournée vers des projets à même de renforcer la souveraineté sanitaire et environnementale.

Cette divergence de stratégie n'est pas contradictoire. Elle témoigne plutôt d'une spécialisation des fonds souverains de la région : l'ivoirien, adossé à une économie plus diversifiée, s'appuie davantage sur le capital-investissement classique, tandis que le FONSIS, à travers WE! Fund, joue la carte de l'innovation sociale. Le rapprochement entre ces deux modèles mérite toutefois d'être scruté. Le montant des fonds engagés par WE! Fund reste inférieur à celui des transactions observées à Abidjan — signe que le Sénégal, malgré ses ambitions, dispose de moyens plus limités. Mais la nature des projets financés, comme le recyclage de l'eau de dialyse, pourrait conférer au pays une avance dans des niches à forte valeur ajoutée.

Le rôle de Diamniadio, la ville nouvelle érigée en vitrine économique du Sénégal, n'est pas fortuit. C'est dans cette zone que le FONSIS concentre une partie de ses investissements structurants, notamment autour du pôle urbain de Diamniadio et de ses infrastructures. Implanter un centre de santé innovant dans ce périmètre renforce l'écosystème local, tout en offrant une visibilité nationale et internationale à l'initiative. Pour Dakar Dialyse, qui ambitionne de devenir une référence régionale, cet appui institutionnel est « un cap décisif », selon les termes du docteur Alioune Blondin Diop, rappelant que « chaque Sénégalais, où qu'il vive, a le droit d'accéder à des soins médicaux de haut niveau ».

L'évolution depuis juin 2026 : entre promesses et concrétisations

Comparé aux annonces politiques de début juin, où le gouvernement ivoirien exposait son cadrage budgétaire et où le Sénégal se dotait d'un ministère élargi de l'Économie, ce mois d'août marque un passage à l'acte. Les investissements signés par WE! Fund traduisent la volonté des acteurs institutionnels sénégalais de transformer les intentions en projets concrets. La production de ces deux conventions s'inscrit également dans une dynamique plus large de renforcement des écosystèmes d'innovation locale, appuyée par des partenaires financiers internationaux, comme en témoigne la montée en puissance des événements de place réunissant fonds et entreprises à Abidjan.

Au-delà de l'impact direct sur le système de santé et l'emploi féminin, ces accords posent une question structurante pour l'avenir économique de l'Afrique de l'Ouest : les fonds souverains doivent-ils se positionner en investisseurs de rendement ou en catalyseurs du développement durable ? Le choix du Sénégal d'orienter une partie de ses ressources vers l'économie circulaire et la santé pourrait préfigurer une nouvelle génération de politiques d'investissement public, plus attentives aux externalités positives. Dans un contexte où les besoins en financement des pays de l'UEMOA restent immenses, la capacité du FONSIS à démontrer que ces investissements à impact sont aussi viables financièrement sera déterminante.

À l'heure où la Côte d'Ivoire capitalise sur sa croissance et ses plateformes de private equity, le Sénégal, lui, mise sur un fonds souverain qui veut prouver que le social et rentabilité ne sont pas antinomiques. Alors que les contraintes budgétaires se resserrent dans toute la zone franc, la question n'est plus de savoir si les États doivent investir, mais comment ils peuvent le faire efficacement. Le pari de la dialyse verte et du recyclage, s'il réussit, pourrait dessiner une voie originale pour les économies ouest-africaines en quête de modèle.