Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a réitéré mardi 2 juillet 2026 devant l’Assemblée nationale que le Sénégal ne recourra pas à une restructuration de sa dette publique. Alors que le pays cherche à rétablir sa crédibilité après la révision en hausse du déficit et de l’endettement, cette position vise à préserver l’accès aux marchés financiers régionaux et à contenir les risques économiques. Elle intervient dans un contexte où le Ghana vient de sortir du programme du FMI, tandis que le Sénégal multiplie les échanges avec ses partenaires pour expliquer l’ampleur des ajustements comptables opérés depuis 2024.

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Un refus de restructurer pour préserver la souveraineté financière

En écartant clairement l’option d’une restructuration de la dette, Cheikh Diba entend dissiper les doutes qui pèsent sur la soutenabilité des finances publiques sénégalaises depuis les révélations de l’automne 2024. À l’époque, le nouveau pouvoir avait mis au jour un déficit budgétaire et un niveau d’endettement bien supérieurs aux chiffres officiels précédemment communiqués. Cela avait provoqué une onde de choc chez les partenaires financiers, notamment le FMI, et fermé l’accès du Sénégal aux euro-obligations. Le choix de ne pas restructurer repose sur la conviction que le plan de traitement en cours – combinant consolidation budgétaire, amélioration du recouvrement fiscal et réduction des dépenses improductives – permettra de restaurer les équilibres sans encourir les coûts juridiques et réputationnels d’une restructuration.

Un dialogue constructif mais tendu avec le FMI

Le ministre a souligné que les discussions avec le Fonds monétaire international se poursuivaient sur un mode « constructif », mais il a reconnu que l’ampleur des révisions comptables constituait « un cas exceptionnel » dans les relations entre l’institution et un État. Cela explique que le FMI prenne du temps pour analyser la fiabilité des nouvelles données et évaluer les mesures correctrices. Le Sénégal, de son côté, mise sur la transparence retrouvée pour convaincre qu’il peut assainir ses finances sans choc externe. Cette stratégie est risquée : si les objectifs de réduction du déficit ne sont pas atteints, le pays pourrait se retrouver isolé sur les marchés obligataires régionaux, où il s’est fortement appuyé depuis la fermeture des eurobonds.

Le précédent ghanéen et l’environnement régional

Le refus sénégalais de restructurer contraste avec l’expérience ghanéenne : Accra a bouclé en mai 2026 son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, après un défaut de paiement et une restructuration douloureuse de sa dette intérieure et extérieure. Mais les deux situations diffèrent : le Ghana avait accumulé un endettement insoutenable, alors que le Sénégal, malgré les révisions, conserve une note spéculative et un service de la dette jugé gérable à moyen terme. Par ailleurs, le Sénégal a intensifié ses émissions sur le marché des titres publics de l’UEMOA, devenant un émetteur majeur dans la zone. Une restructuration compromettrait cet accès, vital pour le financement du budget.

Des risques maîtrisés ou un pari risqué ?

Le gouvernement estime que les risques liés à une restructuration – fuite des capitaux, dégradation de la note, perte de confiance des investisseurs – sont plus élevés que ceux du plan de traitement actuel. Mais cet argument suppose que la communauté financière internationale accorde du crédit aux nouvelles autorités et que les efforts d’assainissement porteront leurs fruits rapidement. Or, le FMI n’a pas encore approuvé de nouveau programme, et les agences de notation observent avec prudence. La décision de ne pas restructurer peut aussi être lue comme un choix politique : éviter l’humiliation d’une procédure perçue comme un aveu d’échec, tout en préservant la marge de manœuvre pour financer les investissements prioritaires du président.

Une stratégie qui reflète les contraintes de l’UEMOA

Enfin, l’attitude sénégalaise s’inscrit dans la logique des économies de l’Union monétaire ouest-africaine, où la restructuration est un tabou : elle fragiliserait le système bancaire régional, détenteur d’une part importante de la dette publique des États membres. Le Sénégal, en insistant sur le traitement interne, rassure les banques de la zone et évite un effet de contagion. Cependant, cette solution n’est viable que si la croissance reprend et que les recettes fiscales augmentent. Dans un contexte régional marqué par la pression sécuritaire, les chocs climatiques et la normalisation monétaire post-Covid, l’équation reste délicate.

Le choix du Sénégal de ne pas restructurer sa dette publique, bien que cohérent avec sa stratégie de reconquête de la crédibilité, place le pays dans une situation d’attente : il doit convaincre ses partenaires que ses données comptables sont désormais fiables et que son plan d’ajustement suffit. L’issue de ce pari dépendra de la rapidité avec laquelle le FMI validera les réformes et de la capacité du gouvernement à maintenir l’accès au marché régional tout en réduisant le déficit. Dans une région où la discipline budgétaire est inégalement respectée, le Sénégal pourrait devenir un test de la résilience des économies ouest-africaines face à leurs vulnérabilités financières.