Avec 13,3 milliards de dollars de dette souveraine non déclarée accumulée entre 2019 et 2024, le Sénégal a secoué les certitudes des institutions financières internationales. L'économiste Souleymane Bah remet en cause les dispositifs de surveillance du FMI, de la Banque mondiale et surtout de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Cette affaire jette une lumière crue sur les lacunes structurelles d'un système de contrôle pourtant censé garantir la stabilité régionale.
Dette cachée sénégalaise : la BCEAO face à ses propres failles
13,3 milliards USD de dette souveraine non déclarée (2019-2024). L’économiste Souleymane Bah (IDAN) pointe les lacunes du FMI, de la Banque mondiale et surtout de la BCEAO.
Les trois maillons défaillants
Chiffres repères
dette cachée
dissimulé
programme FMI 2023
réserves BCEAO (2025)
Cette situation révèle les limites du dispositif international de surveillance de la dette souveraine.
Sénégal — indicateurs économiques
L'ampleur de la dissimulation et l'échec des filets de sécurité
Le chiffre donne le vertige : 8 100 milliards de francs CFA, soit près de 25 % du PIB sénégalais, dissimulés aux regards des institutions censées les surveiller. Cette dette cachée, contractée entre 2019 et 2024, l'a été alors même que le Sénégal bénéficiait d'un programme de financement du FMI de 1,8 milliard de dollars approuvé en 2023. Le chef de mission du FMI lui-même a qualifié l'affaire de « plus importante crise de dette cachée » référencée. Pour Souleymane Bah, chercheur chez IDEAS-Africa Network (IDAN), cette situation révèle les limites du dispositif international de surveillance de la dette souveraine.
Le rôle spécifique de la BCEAO dans la chaîne de contrôle
La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, qui gérait à fin 2025 un portefeuille de réserves de 40 595 milliards de francs CFA, occupe une place centrale dans l'architecture régionale de surveillance. En tant que garante de la stabilité monétaire et financière de l'UEMOA, elle est censée veiller à la soutenabilité des finances publiques des États membres. Or, la note de Bah pointe que les systèmes de surveillance de la BCEAO présentent des failles structurelles qui méritent d'être corrigées, au même titre que ceux du FMI et de la Banque mondiale. Cette mise en cause intervient dans un contexte où le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCEAO, réuni à Dakar en juin 2026, s'efforce d'ajuster sa politique pour répondre aux pressions inflationnistes et aux besoins de croissance.
La confiance érodée dans un contexte régional tendu
La crise de la dette cachée sénégalaise ébranle la crédibilité de la BCEAO comme étalon de la discipline budgétaire dans la zone. Elle survient alors que les économies de l'UEMOA connaissent des trajectoires divergentes : la Côte d'Ivoire et le Sénégal caracolent en tête, tandis que les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) accusent un retard structurel. L'affaire sénégalaise pourrait ainsi compliquer la coordination monétaire et affaiblir la confiance des investisseurs dans les instruments de dette régionale, comme les obligations émises sur la BRVM, dont le directeur général partageait récemment l'expérience de l'UEMOA en matière de marché financier lors d'un forum à Riga.
Les réformes proposées pour restaurer la transparence
Pour éviter de futures dérives, Souleymane Bah formule quatre réformes visant à renforcer la responsabilité partagée entre autorités nationales et institutions internationales. Ces propositions appellent à une révision des mécanismes de collecte, de vérification et de publication des données de dette, ainsi qu'à un meilleur partage d'informations entre les différents niveaux de contrôle. La BCEAO, en tant que pivot de l'architecture régionale, serait directement concernée par ces ajustements.
La crise de la dette cachée sénégalaise dépasse le simple cas national pour interroger les fondements de la gouvernance économique régionale. Alors que la BCEAO s'efforce de maintenir la stabilité monétaire dans un environnement marqué par la volatilité des matières premières et les tensions géopolitiques, cette affaire rappelle que la crédibilité d'une banque centrale repose aussi sur sa capacité à surveiller efficacement les finances des États qu'elle est censée réguler. Les réformes à venir détermineront si l'institution peut sortir renforcée de cette épreuve.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)