Au lendemain des déclarations d’Ousmane Sonko évoquant une rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, Aminata Touré, coordinatrice de la coalition Diomaye Président, est intervenue sur RFI pour recadrer le débat. Elle a fermement rejeté l’idée d’un renoncement aux réformes et insisté sur la nécessité de distinguer les affaires judiciaires des règlements de comptes politiques. Cette prise de parole intervient alors que le Sénégal s’engage dans un « reprofilage » de sa dette publique, une stratégie qui peine à convaincre une partie de la classe politique et des observateurs. L’épisode révèle les tensions autour de la gestion macroéconomique du pays, mais aussi une volonté de normalisation des relations avec les institutions financières internationales.

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Le contexte de la clarification politique

La sortie médiatique d’Aminata Touré ne doit pas être lue comme une simple réponse aux critiques de l’ancien Premier ministre. Elle s’inscrit dans une séquence de clarification voulue par le pouvoir, après des semaines de flottement sur la stratégie économique. Les déclarations d’Ousmane Sonko, fin mai, avaient jeté le doute sur la détermination du gouvernement à poursuivre la « reddition des comptes » promise lors de la campagne. En opposant une vision politique à une vision juridique et pragmatique, Mimi Touré a cherché à rassurer les partenaires internationaux, notamment le FMI, dont les relations avec Dakar sont scrutées de près.

« Reprofilage » plutôt que « restructuration » : un choix de vocabulaire lourd de sens

Le terme de « reprofilage » choisi par le gouvernement pour décrire la stratégie de gestion de la dette publique est tout sauf anodin. Il permet d’éviter les connotations négatives associées à la « restructuration », qui rappelle les programmes d’ajustement structurel des années 1980. Mais au-delà du lexique, il s’agit d’une tentative de concilier la nécessité de rééchelonner les échéances avec la préservation des programmes sociaux. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, avait déjà dressé un tableau sans concession de l’exécution budgétaire du premier trimestre lors de son audition à l’Assemblée nationale mi-mai, soulignant les défis de trésorerie. Le reprofilage vise précisément à étaler les remboursements pour éviter une asphyxie budgétaire.

Le Sénégal dans le puzzle régional de l’endettement

Cette stratégie sénégalaise prend un relief particulier à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. Le Ghana a officiellement conclu son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI le 15 mai, signant une sortie d’un appui financier d’urgence. À l’inverse, le Congo-Brazzaville a sollicité un nouveau programme auprès du FMI le 11 mai, illustrant la diversité des trajectoires. Le Sénégal, lui, tente une voie médiane : éviter un nouveau programme FMI tout en obtenant des assouplissements sur sa dette souveraine. La récente annonce de la BADEA d’avancées dans le financement de projets suggère une diversification des sources de financement, tandis que le marché des titres publics de l’UEMOA devient un recours de plus en plus sollicité, comme l’a souligné une analyse d’Afric Telegraph mi-mai.

En toile de fond, la question de la gouvernance reste centrale. Aminata Touré l’a rappelé : la justice doit suivre son cours, indépendamment des considérations politiques. Cette ligne vise à dissocier la gestion des dossiers de corruption de la gestion courante de l’économie. Le pari du gouvernement est de convaincre les investisseurs que le reprofilage n’est pas un défaut déguisé, mais une opération de bonne gestion. La réponse des marchés sera décisive dans les semaines à venir, alors que le Sénégal doit encore lever des fonds sur le marché régional pour boucler son budget.

Plus largement, le débat sénégalais illustre une tendance régionale : les États ouest-africains sont contraints d’innover dans leur gestion de la dette pour concilier impératifs de financement et stabilité sociale. Le « reprofilage » pourrait devenir un modèle pour d’autres pays de l’UEMOA confrontés à des tensions budgétaires, à condition que la communication politique suive. Le duel entre Sonko et Faye, au-delà des querelles de personnes, révèle la difficulté de mener des réformes économiques dans un climat politique polarisé.