Selon la dernière mise à jour d’Allianz Trade, le Sénégal bascule en catégorie de risque élevé D4, à un cran du défaut, malgré un taux de croissance de 7,8 % en 2025 porté par le gaz et le pétrole. En cause : une dette sous-déclarée de près de 40 points de PIB, révélée après l’alternance politique. Dans la même région, l’Algérie voit sa monnaie décotée de plus de 60 % sur le marché parallèle, tandis que le Maroc confirme son statut de seule économie africaine à risque faible.

Infographie — Économie · Mauritanie

Une cartographie régionale contrastée

Le rapport d’Allianz Trade, publié fin juin 2026, dresse un panorama des risques pays en Afrique de l’Ouest où les fragilités structurelles côtoient des îlots de stabilité. L’Algérie, déjà affaiblie par un écart abyssal entre taux officiel et parallèle du dinar (décote de plus de 60 %), voit sa production pétrolière chuter de 10 % depuis 2022, conséquence du vieillissement de ses gisements. Les hydrocarbures représentant encore l’essentiel des recettes budgétaires, cette double pression fragilise un édifice déjà sous tension. À l’opposé, le Maroc se distingue comme l’unique pays africain classé en risque faible, grâce à une économie diversifiée, des réserves de change confortables et une dette publique en voie de stabilisation.

Le Sénégal, un déclassement qui interroge

Le Sénégal attire particulièrement l’attention. Entré dans l’ère des hydrocarbures avec le champ pétrolier Sangomar et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) développé avec la Mauritanie, le pays affichait une croissance de 7,8 % en 2025. Pourtant, Allianz Trade a rétrogradé sa note de D3 à D4, soit le niveau de risque élevé, à un cran du défaut. Ce déclassement, qui surprend par sa temporalité alors que les premières exportations de GNL commençaient, s’explique par la révélation d’une dette sous-déclarée équivalant à près de 40 points de PIB. Cette découverte, intervenue après l’alternance politique, soulève des questions sur la transparence des comptes publics et la soutenabilité de la trajectoire budgétaire, les recettes pétrolières n’ayant pas encore alimenté significativement les caisses de l’État.

La Mauritanie sous surveillance

Voisine et partenaire du Sénégal dans le projet GTA, la Mauritanie se trouve dans une position délicate. Exposée aux mêmes chocs externes – volatilité des prix des hydrocarbures, incertitudes sur les délais de mise en production – elle voit son profil de risque aggravé par des vulnérabilités propres : une économie peu diversifiée et une dépendance aux financements extérieurs. Si le projet GTA représente une opportunité majeure, son démarrage effectif conditionne les équilibres macroéconomiques des deux pays. La dégradation sénégalaise pourrait ainsi avoir des répercussions sur la perception du risque mauritanien, d’autant que les marchés financiers intègrent désormais une prime de risque régionale.

Les ressorts de la notation

La méthodologie d’Allianz Trade combine trois dimensions : le risque macroéconomique (endettement, politique budgétaire, stabilité bancaire), le risque politique (mécanismes de transfert du pouvoir, efficacité des institutions, cohésion sociale) et l’environnement structurel des affaires. Dans le cas sénégalais, la fenêtre politique – avec une élection présidentielle prévue en 2027 – ajoute une incertitude supplémentaire. Le Maroc, à l’inverse, bénéficie d’une stabilité politique relative et de réformes structurelles engagées depuis plusieurs années, qui renforcent sa résilience.

Alors que les espoirs placés dans les ressources naturelles se heurtent à la réalité des déséquilibres hérités et des défis de gouvernance, ces notations rappellent que l’entrée dans l’ère des hydrocarbures ne garantit pas un allègement automatique du risque pays. La région devra composer avec des attentes de transparence accrues de la part des investisseurs et agences de notation, dans un contexte où la soutenabilité de la dette et la crédibilité des institutions deviennent des critères centraux.