Le Trésor sénégalais a levé 60,5 milliards de FCFA le 6 août, mais à des taux records de 8,20 % à un an, contre 3,46 % pour la Côte d'Ivoire. Cette prime de risque de 4,74 points illustre la défiance persistante des investisseurs, alimentée par la découverte de dettes cachées et des discussions difficiles avec le FMI. Un isolement qui contraste avec la dynamique régionale et pèse sur la trajectoire économique du pays.

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Les adjudications du Trésor sénégalais se succèdent et dessinent une tendance lourde. Le 17 juillet, sur 100 milliards de FCFA recherchés, seuls 90,25 milliards ont été retenus, avec plus de 62 % des ressources mobilisées sur des échéances inférieures ou égales à un an. Le 31 juillet, 71,5 milliards ont été levés, mais à des rendements de 7,65 % à un an, 7,95 % à trois ans et 8,17 % à cinq ans. Enfin, le 6 août, sur 55 milliards visés, 60,5 milliards ont été obtenus, dont 72 % à un an, à un taux de 8,20 %. Le Sénégal trouve donc toujours des prêteurs, mais à des conditions qui reflètent une défiance marquée.

Cette défiance se mesure dans la comparaison avec ses voisins de l'UEMOA. Alors que Dakar emprunte à 8,20 % à 364 jours, la Côte d'Ivoire émet à 3,46 % et le Burkina Faso à 4,13 %. L'écart de 4,74 points avec Abidjan est sans précédent dans la zone. Il traduit une dégradation de la confiance des investisseurs, qui exigent une prime de risque élevée pour compenser les incertitudes sur la soutenabilité de la dette sénégalaise.

Les causes de cette situation sont multiples et s'accumulent depuis plusieurs mois. La révélation d'une dette publique bien plus élevée que prévu, les difficultés dans les discussions avec le FMI, les Total Return Swaps (TRS) et les dégradations de la notation souveraine ont alimenté la méfiance. Le professeur Amath Ndiaye, de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, résume : « Le poids de la dette, les difficultés dans les discussions avec le FMI, les TRS, les dégradations de la notation souveraine et le recours permanent au refinancement ont conduit les investisseurs à exiger des primes de risque beaucoup plus élevées. »

Cette situation n'est pas nouvelle. Dès juin 2026, la mission du FMI à Dakar avait marqué une étape charnière dans la relation entre le Sénégal et son principal partenaire financier multilatéral. Les articles de l'époque signalaient déjà une « dette cachée » qui ébranlait la crédibilité du pays. Ce qui a changé depuis, c'est la matérialisation de cette défiance sur le marché régional : les taux ont grimpé, les maturités se sont raccourcies, et le Sénégal se retrouve de plus en plus dépendant du court terme pour financer son déficit.

Cette dépendance crée un cercle vicieux. Les échéances courtes obligent à des refinancements fréquents, qui exposent le pays à la volatilité des taux et à la confiance des investisseurs. Or, cette confiance ne se rétablit pas rapidement. Les discussions avec le FMI, bien qu'ayant abouti à un accord sur un programme de réformes, n'ont pas dissipé toutes les inquiétudes. Le Sénégal doit maintenant prouver sa capacité à assainir ses finances publiques et à restaurer la transparence.

La Côte d'Ivoire, en comparaison, bénéficie d'une stabilité politique et d'une gestion économique jugée plus rigoureuse, ce qui lui permet d'emprunter à des taux bien inférieurs. Cet écart de taux a des conséquences concrètes : chaque point de pourcentage supplémentaire sur la dette représente des milliards de FCFA en charges d'intérêts, qui pèsent sur le budget et réduisent la marge de manœuvre pour les dépenses sociales et d'investissement.

Au-delà du Sénégal, cette situation interroge l'intégration financière régionale. La CEDEAO et l'UEMOA prônent une convergence économique, mais les marchés obligataires restent fragmentés, reflétant les risques spécifiques à chaque pays. La prime de risque sénégalaise est un signal fort pour les investisseurs : la perception du risque souverain varie considérablement au sein de la zone, et la confiance se gagne par la transparence et la discipline budgétaire.

La trajectoire de la dette sénégalaise est donc un test pour la crédibilité du nouveau gouvernement. Alors que les échéances se succèdent et que les taux restent élevés, Dakar devra trouver un équilibre entre le financement de ses besoins et la soutenabilité de sa dette. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si cette prime de risque se réduit ou si elle s'installe durablement.

La situation sénégalaise illustre les défis auxquels sont confrontés plusieurs États ouest-africains après des années d'endettement soutenu. La prime de risque élevée de Dakar n'est pas un cas isolé : le Ghana, le Burkina Faso et d'autres pays de la région ont connu des épisodes similaires. La question qui se pose désormais est de savoir si le Sénégal pourra inverser la tendance et rétablir la confiance des investisseurs, ou si cette défiance deviendra structurelle, avec des conséquences durables sur son développement économique.