Le 12 mai 2026, une délégation ministérielle conduite par le ministre d’État Ismaël Wagué s’est rendue à Bandiagara pour apporter un soutien aux populations victimes d’attaques meurtrières. Au-delà de la réponse humanitaire – 20 millions de FCFA et 50 tonnes de céréales – cette mission souligne l’urgence de restaurer la sécurité pour permettre la reprise des activités économiques dans le centre du Mali. Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires persistants, l’incapacité à stabiliser certaines zones freine l’intégration économique au sein de l’UEMOA.
Une réponse d’urgence face à des attaques récurrentes
La visite à Bandiagara intervient après des attaques meurtrières dans les villages de Kori-Kori et Gomossogou. Le gouvernement malien a dénoncé des violences visant à semer la discorde entre citoyens et institutions. Sur place, les représentants locaux ont insisté sur l’urgence d’un dispositif sécuritaire renforcé pour permettre la reprise normale des activités économiques et sociales. Cette demande reflète une réalité : dans les zones rurales du centre du Mali, l’insécurité chronique paralyse les marchés, entrave les déplacements des commerçants et décourage les investissements agricoles.
Sécurité et économie : un lien indissociable
L’aide humanitaire apportée – 20 millions de FCFA, 25 tonnes de mil et 25 tonnes de riz – est une bouffée d’oxygène immédiate, mais elle ne résout pas les causes profondes du marasme économique local. Les attaques répétées perturbent les saisons agricoles, qui font vivre l’essentiel de la population. Sans sécurité, les semis sont retardés, les récoltes compromises, et les circuits de commercialisation se rompent. La région de Bandiagara, pourtant potentiellement productive, voit sa contribution à l’économie nationale réduite, accentuant les disparités régionales.
Un test pour la souveraineté économique du Mali
Depuis le départ de la mission de l’ONU (MINUSMA) et la réorientation de la coopération sécuritaire vers d’autres partenaires, le Mali assume seul une grande partie de la responsabilité de la sécurité sur son territoire. Cette mission de solidarité illustre la volonté de l’État de montrer sa présence, mais aussi ses limites. L’enveloppe de 20 millions de FCFA, bien que significative pour des villages isolés, est dérisoire face aux pertes économiques engendrées par l’insécurité. La question sous-jacente est celle de la capacité de l’État à financer à la fois la sécurité et le développement, dans un contexte budgétaire contraint.
Implications régionales : le poids de l’insécurité sur l’intégration économique
Au-delà du cas malien, cette situation rappelle que l’insécurité dans le Sahel entrave les objectifs d’intégration de la CEDEAO et de l’UEMOA. Les corridors commerciaux qui traversent le Mali – notamment vers le Burkina Faso et le Niger – sont perturbés. Les échanges transfrontaliers, essentiels pour l’approvisionnement des marchés ouest-africains, subissent des coûts supplémentaires liés aux mesures de sécurité. Tant que des zones comme Bandiagara restent des poches d’insécurité, la libre circulation des personnes et des biens, pilier de l’UEMOA, reste un vœu pieux.
La mission de Bandiagara met en lumière un paradoxe : alors que le Mali ambitionne de renforcer son autonomie économique et de jouer un rôle dans les chaînes de valeur régionales, l’insécurité persistante dans le centre du pays en sape les fondations. La question qui se pose est de savoir si le gouvernement parviendra à conjuguer réponse humanitaire immédiate et stratégie de développement durable, condition sine qua non pour sortir de ce cycle de violences et de précarité.