Le gouvernement équato-guinéen a annoncé le 13 juillet 2026 son intention d'augmenter les taxes sur l'alcool et le tabac, officiellement pour protéger la santé publique. Cette mesure intervient alors que la production de bière a progressé de 9% au premier trimestre 2026, et que les recettes fiscales du pays sont sous tension, avec une masse salariale qui a absorbé 87% des impôts en 2025. Derrière l'argument sanitaire, se profile aussi une nécessité de diversification budgétaire dans un contexte pétrolier incertain.

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Cette initiative s'inscrit dans la continuité des réformes fiscales de décembre 2025, qui avaient déjà relevé les taxes de production sur la bière et le tabac. Le gouvernement justifie cette nouvelle hausse par la volonté de décourager la consommation de produits jugés nocifs, citant les risques cardiovasculaires et respiratoires. Mais le calendrier interroge : alors que la production brassicole atteignait 120 767 hectolitres au premier trimestre 2026, en hausse de 9% sur un an, et que les ventes progressaient de 6,3% à 6,7 milliards de FCFA, la mesure semble surtout viser à capter une partie de cette dynamique économique.

La situation budgétaire du pays explique en partie cette décision. En 2025, la masse salariale de l'État a représenté 87% des recettes fiscales, un ratio intenable. Les recettes pétrolières, principal pilier de l'économie équato-guinéenne, sont en déclin structurel depuis la chute des cours de 2014 et l'épuisement progressif des réserves. En relevant les taxes sur l'alcool et le tabac, Malabo cherche à compenser un manque à gagner et à réduire la dépendance aux hydrocarbures, sans pour autant toucher à des secteurs plus sensibles politiquement.

Cette approche n'est pas isolée en Afrique centrale et de l'Ouest. Le Sénégal a augmenté ses droits d'accise sur les boissons alcoolisées en 2023, tandis que la Côte d'Ivoire a renforcé la taxation du tabac en 2024. Dans la zone CEMAC, le Cameroun a également relevé les taxes sur l'alcool en 2025, avec des objectifs similaires de santé publique et de rendement fiscal. Cependant, l'efficacité de ces mesures reste débattue : dans les pays à faible capacité de contrôle, la hausse des taxes peut alimenter la contrebande et le marché informel, réduisant l'impact sanitaire et budgétaire.

La Guinée équatoriale fait face à des défis spécifiques. Le marché de l'alcool y est dominé par une production locale concentrée, et les importations de bière ont reculé, signe d'une préférence pour la production nationale. Mais la frontière poreuse avec le Gabon et le Cameroun expose à des flux illicites. Par ailleurs, le tabac est largement consommé dans la sous-région, et les campagnes de prévention restent timides. Le gouvernement n'a pas encore précisé l'ampleur de la hausse, ce qui laisse planer une incertitude sur l'impact réel.

Cette mesure révèle une tendance plus large en Afrique : utiliser la fiscalité comme outil de santé publique tout en cherchant à élargir l'assiette fiscale. Mais pour la Guinée équatoriale, le pari est risqué. Sans un renforcement des contrôles et une politique de prévention cohérente, la hausse des taxes pourrait n'être qu'un palliatif budgétaire, sans effet durable sur la consommation.

Le cas équato-guinéen illustre le dilemme auquel font face de nombreux États africains : concilier objectifs sanitaires, impératifs budgétaires et réalités économiques. À l'heure où la zone CEMAC cherche à harmoniser ses politiques fiscales, cette initiative pourrait servir de test pour une approche régionale de la taxation des produits nocifs.