Ancien Délégué Général du Québec à Dakar, Iya Touré appelle la Guinée à créer un fonds souverain alimenté par les recettes du projet Simandou. Lors d'un podcast diffusé en juillet 2026, il insiste sur la dépolitisation des postes stratégiques et s'inspire du modèle béninois de Patrice Talon. Sa proposition intervient alors que plusieurs pays ouest-africains multiplient les initiatives de gestion des ressources extractives.
Simandou : le pari du fonds souverain
Iya Touré, ancien délégué général du Québec à Dakar, propose un fonds souverain adossé au géant minier Simandou. Inspiré du Bénin, il mise sur la transparence et la dépolitisation.
« Il faut dépolitiser les nominations aux postes stratégiques et créer un fonds souverain pour les générations futures. »
Alimenté par les recettes du projet Simandou, dédié aux générations futures. Iya Touré a dirigé un fonds de 1,5 milliard de dollars chez Ressources Québec.
Touré insiste sur la nomination sur critères objectifs aux postes clés, pour éviter la captation des rentes.
Patrice Talon cité en exemple : gestion rigoureuse des finances publiques et amélioration des infrastructures.
Parcours & inspiration
Plusieurs pays de la région multiplient les initiatives de gestion des ressources extractives. La proposition d’Iya Touré s’inscrit dans ce mouvement, alors que le projet Simandou est perçu comme un levier de transformation — à condition d’éviter les écueils de gouvernance.
Iya Touré, Guinéen de naissance et ancien vice-président d’Investissement Québec, a dirigé un fonds de 1,5 milliard de dollars chez Ressources Québec avant d’être délégué général à Dakar de 2021 à 2026. Dans un podcast récent, il partage son expérience internationale et esquisse une vision pour le développement économique de la Guinée. Au cœur de ses propositions : la création d’un fonds souverain dédié aux générations futures, financé par les revenus du gigantesque projet minier Simandou.
Simandou, l’un des plus grands gisements de minerai de fer au monde, est considéré comme un levier potentiel de transformation pour l’économie guinéenne. Mais le projet est aussi associé à des risques de mauvaise gouvernance et de captation des rentes. Touré insiste sur la nécessité de dépolitiser les nominations aux postes clés et d’instaurer des mécanismes de transparence. Il cite en exemple le Bénin de Patrice Talon, où une gestion rigoureuse des finances publiques a permis d’améliorer les infrastructures et la confiance des investisseurs.
Cette prise de position s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. En mai 2026, le Mali a adopté un décret créant le Fonds souverain minier d’investissements « Siniyan-Sigui », destiné à capter une partie des revenus exceptionnels du secteur extractif. Au même moment, le fonds marocain Al Mada Ventures mobilisait 8 millions de dollars pour la startup Checker, illustrant l’appétit des acteurs nord-africains pour le financement de l’innovation en Afrique de l’Ouest.
Touré ne se limite pas à la question minière. Il aborde également les défis de la gouvernance locale, du contenu local et des relations avec les communautés. Son expérience au Québec, où il a siégé à plusieurs conseils d’administration, nourrit une vision pragmatique : pour lui, la réussite d’un fonds souverain repose sur l’indépendance de sa gestion et l’ancrage dans un cadre légal solide. Il rappelle que sans réforme de l’État, les revenus de Simandou risquent de suivre le chemin des ressources passées.
La question du fonds souverain guinéen intervient aussi dans un contexte de fragilité sécuritaire régionale. La CEDEAO, confrontée à l’insécurité croissante et à des tensions politiques, peaufine ses mécanismes de coopération. Un fonds adossé à Simandou pourrait offrir une forme de stabilisation économique à long terme, à condition que les leçons des expériences passées soient tirées. Les précédents tentatives de gestion collective des ressources extractives en Afrique de l’Ouest (Fonds de solidarité africain, fonds de pension régionaux) montrent l’importance d’une gouvernance inclusive.
Au-delà du cas guinéen, la proposition d’Iya Touré révèle une tendance de fond : la recherche de modèles souverains de gestion des ressources, où les États reprennent la main sur leur destin économique. Si le Bénin a montré qu’une transformation est possible, la Guinée devra composer avec un héritage politique lourd et des attentes sociétales immenses.
Le plaidoyer d’Iya Touré pour un fonds souverain guinéen dépasse le simple projet Simandou. Il interroge la capacité des États ouest-africains à bâtir des institutions résilientes, capables de transformer les richesses extractives en développement durable. Alors que le Mali et d’autres pays expérimentent des mécanismes similaires, la Guinée pourrait devenir un test grandeur nature pour la souveraineté économique en Afrique de l’Ouest.