Alors que la CEDEAO réaffirme son ambition de lancer la monnaie unique, l’eco, d’ici 2027, la Guinée ne s’engage pas encore. Le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a indiqué ce lundi 28 juillet que le pays participe aux discussions mais évaluera ses propres paramètres avant toute décision. Cette position prudente intervient dans un contexte où le projet, vingt ans après ses premières esquisses, se heurte à des obstacles politiques et économiques persistants, tandis que les États membres explorent des alternatives numériques.

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Un positionnement en demi-teinte

Lors de la conférence de presse hebdomadaire, Ousmane Gaoual Diallo a précisé que la Guinée prend part aux réflexions sur l’eco sans annoncer de décision ferme. « Le président a été approché pour intégrer ce club de chefs d’État qui vont travailler sur la mise en œuvre », a-t-il expliqué, avant de renvoyer à une analyse ultérieure des « paramètres de notre pays ». Ce discours contraste avec les déclarations de la CEDEAO qui, le 24 juillet, réitérait sa volonté de lancer la monnaie unique en 2027, malgré les retards accumulés. La prudente attente guinéenne révèle les fractures qui persistent au sein de l’organisation régionale.

Les leçons de l’histoire monétaire ouest-africaine

Le porte-parole a tenu à dissiper une confusion fréquente : « il ne faut pas confondre l’eco avec la monnaie CFA, il faut comparer l’eco et l’euro. Ce n’est pas une monnaie héritée, c’est une volonté de mettre en place une monnaie commune. » Cette comparaison n’est pas anodine. La Guinée a quitté la zone franc en 1958 pour affirmer sa souveraineté monétaire, et le souvenir du franc CFA reste associé, dans l’opinion publique, à une dépendance extérieure. En présentant l’eco comme une construction volontaire, Conakry cherche à rassurer les populations sur le caractère novateur du projet.

Le numérique comme échappatoire ?

Un faisceau d’indices suggère que la CEDEAO pourrait contourner les blocages politiques par une intégration numérique. Selon des sources de juillet 2026, le projet de monnaie physique semble gelé au profit d’une interconnexion des systèmes de paiement électroniques régionaux. Cette hypothèse d’un « statu quo numérique » permettrait à des pays comme la Guinée de participer à la fluidité des échanges sans abandonner immédiatement leur monnaie nationale. La position guinéenne, évasive mais ouverte, pourrait s’inscrire dans cette logique : accepter les mécanismes d’intégration technique tout en différant l’engagement politique.

Les contraintes de la convergence

L’eco repose sur des critères de convergence macroéconomique que tous les pays peinent à respecter : déficit budgétaire inférieur à 3 %, inflation maîtrisée, réserves de change suffisantes. La Guinée, qui a connu des périodes d’instabilité, doit évaluer sa capacité à satisfaire ces normes. En évoquant les « paramètres de notre pays », Ousmane Gaoual Diallo laisse entendre que Conakry ne s’engagera qu’à condition que ses intérêts économiques soient préservés. Cette approche pragmatique reflète une tendance plus large : chaque État membre pèse les bénéfices de l’union monétaire face aux risques de perte de souveraineté.

Le cas guinéen illustre la difficulté de concilier les ambitions régionales avec les réalités nationales en Afrique de l’Ouest. Alors que la CEDEAO fixe des échéances, les États avancent à des rythmes différents, conditionnant leur adhésion à des garanties politiques et économiques. L’issue du projet eco dépendra peut-être moins de la volonté politique des chefs d’État que de la capacité à inventer des formes d’intégration monétaire flexibles, où le numérique pourrait offrir une voie médiane.