La Banque mondiale a approuvé en juin 2026 un financement de 300 millions de dollars pour le projet STARR-J, destiné à renforcer l’enseignement secondaire et la formation professionnelle au Ghana. Ce programme cible 2,2 millions d’élèves dans près de 1 000 établissements publics, alors que le pays fait face à un déficit de plus de 850 000 places à l’horizon 2040. Cinq ans après le lancement du Free Senior High School et en pleine sortie du programme FMI de 3 milliards de dollars, le Ghana illustre les tensions entre inclusion éducative et contraintes budgétaires qui traversent l’Afrique de l’Ouest.
Le double-edged sword de la gratuité scolaire
Depuis 2017, le Ghana a ouvert l’école secondaire à tous. Résultat : +22 points de scolarisation, mais un gouffre d’infrastructures et de financement. Le projet STARR-J (300 M$ de la Banque mondiale) tente de colmater les brèches.
📅 Chronologie du défi
Le projet STARR-J cible 2,2 millions d’élèves dans près de 1 000 établissements publics.
⚡ En bref
Contexte : Selon le FMI, le Ghana affiche une croissance de 6,0 % et une inflation de 14,2 %. La dette publique atteint 48,8 % du PIB.
Un projet d’envergure pour rattraper le retard d’infrastructures
Le projet STARR-J (Secondary Technical and Vocational Education and Training Improvement Project) entend répondre à l’engorgement des établissements secondaires publics ghanéens. Depuis l’instauration du Free Senior High School et du Free TVET en 2017, les inscriptions ont bondi, dépassant les capacités d’accueil. Le système double-track, qui alterne les groupes d’élèves pour utiliser les mêmes salles, a permis d’absorber une partie de la demande, mais au prix de périodes d’inactivité scolaire. Selon la Banque mondiale, le pays doit créer ou réhabiliter des infrastructures pour faire face à un déficit estimé à plus de 850 000 places d’ici 2040.
Le double-edged sword de la gratuité scolaire
La politique de gratuité a été une réussite sociale indéniable : le taux brut de scolarisation dans le secondaire est passé de 55 % en 2016 à plus de 77 % en 2025. Mais cette performance a creusé le besoin en enseignants qualifiés et en équipements. Le financement de la Banque mondiale vise à former des professeurs, construire des ateliers et moderniser les curricula, notamment pour le volet technique et professionnel. Le Ghana mise sur le TVET pour diversifier les parcours et réduire le chômage des jeunes, mais la mise en œuvre se heurte à la vétusté des centres existants.
Un contexte macroéconomique contraignant
Ce nouvel investissement intervient alors que le Ghana achève son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, dont la dernière revue a été conclue en mai 2026. Le plan de sauvetage de 3 milliards de dollars, accordé en 2023, a imposé un resserrement budgétaire drastique, avec une réduction des subventions et une rationalisation des dépenses publiques. La fin du programme ouvre une fenêtre pour des dépenses sociales, mais la discipline fiscale reste de mise : le pays doit maintenir un excédent primaire et maîtriser sa dette. Le prêt de la Banque mondiale, à des conditions concessionnelles, offre une bouffée d’oxygène sans alourdir la charge d’intérêt.
La régionalisation des défis éducatifs
La situation ghanéenne n’est pas isolée. Le Bénin a annoncé le 3 juin 2026 la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles à partir de la rentrée 2026-2027, répondant à un enjeu d’équité de genre. Comme au Ghana, cette mesure pose la question du financement des places supplémentaires et des enseignants. Dans la zone UEMOA, la Banque mondiale a récemment renforcé les financements en devise locale pour soutenir le secteur privé, mais l’éducation reste largement tributaire des budgets nationaux et de l’aide extérieure.
Des réformes structurantes en toile de fond
Au-delà de l’éducation, le Ghana et ses voisins engagés dans des réformes macroéconomiques depuis 2023 – resserrement monétaire, rationalisation des dépenses – commencent à en voir les premiers effets. La croissance dans l’UEMOA a rebondi en 2025, portée par l’assainissement budgétaire et la normalisation des chaînes d’approvisionnement. Parallèlement, des projets régionaux comme le West African Power Pool (WAPP) améliorent la connectivité électrique, condition nécessaire au développement de l’enseignement technique. Ces dynamiques créent un terreau plus favorable pour des investissements sociaux, mais elles exigent une coordination étroite entre bailleurs et États pour éviter les déséquilibres.
Le projet STARR-J illustre un dilemme récurrent en Afrique de l’Ouest : comment étendre l’accès à l’éducation sans compromettre la qualité ni la soutenabilité budgétaire ? Alors que la CEDEAO et l’UEMOA élaborent des feuilles de route pour l’éducation et la formation, le Ghana servira probablement de laboratoire. Le succès dépendra de la capacité à transformer un financement ponctuel en réformes structurelles pérennes, dans un environnement où les marges de manœuvre restent étroites.