À Ouagadougou comme à Bamako, les salles de classe surpeuplées et le matériel pédagogique quasi inexistant traduisent une réalité chiffrée : les États ouest-africains consacrent en moyenne moins de 4 % de leur PIB à l’éducation, selon une récente étude de la Banque mondiale. Ce chiffre, bien en deçà du seuil de 6 % préconisé par l’UNESCO, n’est pas un accident de parcours. Il est le reflet d’une fragilité macroéconomique structurelle que les réformes en cours — du programme élargi de crédit du FMI au Ghana aux premières émissions obligataires en monnaie locale de la BOAD — peinent encore à résorber.
Éducation : le déficit d’investissement, symptôme d’une fragilité macroéconomique
Salles surpeuplées, matériel inexistant : les États ouest-africains consacrent en moyenne moins de 4 % de leur PIB à l’éducation, loin des 6 % préconisés par l’UNESCO. Un retard qui traduit une fragilité macroéconomique structurelle.
Sous la pression du FMI, le Ghana a réduit son budget éducation en 2023 dans le cadre du programme de facilitation élargie de crédit, achevé en mai 2026.
La croissance démographique gonfle les effectifs scolaires, mais la part du PIB consacrée à l’enseignement stagne, voire régresse.
L’analyse des dépenses éducatives en Afrique de l’Ouest révèle un paradoxe : alors que la croissance démographique gonfle les effectifs scolaires, la part du PIB consacrée à l’enseignement stagne, voire régresse dans certains pays. En 2023, le Ghana — pourtant considéré comme un élève modèle — a vu son budget éducation réduit sous la pression du programme de facilitation élargie de crédit du FMI, avant d’achever ce plan de sauvetage en mai 2026. Cette séquence illustre le dilemme typique de la région : assainir les finances publiques tout en maintenant l’investissement social.
Le retard accumulé depuis les années 1990, marquées par des ajustements structurels successifs, s’est aggravé avec les chocs récents — pandémie de Covid-19, hausse des prix alimentaires et insécurité dans le Sahel. Aucune réforme éducative ambitieuse n’a pu être menée à son terme, faute de marges budgétaires. Les recettes fiscales, qui plafonnent à 15 % du PIB en moyenne dans la zone UEMOA, laissent peu de place à une augmentation significative des dépenses sociales.
Le projet Eco : une opportunité devenue contrainte
Le projet de monnaie unique Eco, censé renforcer la coopération économique de la CEDEAO, devait offrir un cadre plus favorable à l’investissement public. Mais ses reports successifs — et l’incertitude qu’ils génèrent — compliquent la programmation budgétaire à long terme. Les États, qui hésitent à s’engager sur des réformes structurelles coûteuses sans visibilité monétaire, privilégient les dépenses courantes aux investissements d’avenir. L’éducation, dont les bénéfices ne se matérialisent qu’à l’échelle d’une génération, est ainsi la première variable d’ajustement.
Parallèlement, des initiatives récentes montrent que des solutions existent. En mai 2026, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a émis des obligations en monnaie locale pour financer le secteur privé et soutenir la création d’emplois. Ce type d’instrument pourrait, à terme, dégager des ressources pour l’éducation si les États y affectent les recettes correspondantes. De même, le Programme d’échanges d’énergie électrique en Afrique de l’Ouest (WAPP) améliore l’accès à l’électricité, un prérequis indispensable à la numérisation des salles de classe.
Une équation budgétaire verrouillée
Les contraintes ne sont pas qu’externes. La faiblesse des dépenses éducatives reflète aussi une allocation interne inefficace : les salaires des enseignants absorbent souvent plus de 80 % des budgets, laissant peu de marge pour les manuels, la formation ou les infrastructures. Les réformes de la gestion publique, amorcées dans le cadre des programmes macroéconomiques soutenus par le FMI et la Banque mondiale, peinent à modifier ces arbitrages.
Le récent rapport de l’UNESCO souligne que sans un passage à 6 % du PIB pour l’éducation, les objectifs de développement durable (ODD4) resteront hors d’atteinte pour la région. Mais ce seuil semble aussi lointain que le projet Eco : les budgets 2026 des pays de l’UEMOA n’affichent pas d’augmentation notable. Au Burkina Faso, par exemple, la part de l’éducation dans le budget national est passée de 18 % en 2020 à 15 % en 2026, sous l’effet des dépenses sécuritaires.
Derrière la photographie alarmante des salles de classe surpeuplées, c’est tout le modèle de développement ouest-africain qui est interrogé. L’éducation, investissement à long terme par excellence, reste la variable d’ajustement de politiques budgétaires contraintes. Les réformes macroéconomiques en cours — assainissement fiscal, intégration régionale, financements innovants — n’auront de sens que si elles libèrent l’espace nécessaire à ce chantier prioritaire.