Le Ghana a officialisé le 8 juin une série d'accords avec la Biélorussie, portant sur le commerce, l'investissement et l'agriculture. Cette visite du président Mahama à Minsk intervient quelques semaines après la sortie du pays du programme de Facilité élargie de crédit du FMI. Elle traduit une volonté de diversifier les partenariats économiques, alors que le Ghana cherche à moderniser son agriculture et à consolider sa souveraineté alimentaire.

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Les trois mémorandums d’entente signés à Minsk couvrent la création d’une commission mixte de coopération commerciale et économique, le renforcement des liens entre les chambres de commerce, et un volet agricole. Un accord d’exemption de visa a également été annoncé, visant à faciliter les échanges humains et d’affaires. Pour Accra, ce rapprochement avec un partenaire non traditionnel comme la Biélorussie s’inscrit dans une stratégie plus large de rééquilibrage des alliances économiques.

Un repositionnement post-FMI

La sortie du Ghana du programme de Facilité élargie de crédit du FMI, officialisée en mai 2026, ouvre une nouvelle phase pour l’économie ghanéenne. Après plusieurs années d’austérité et de conditionnalités, Accra cherche à renouer avec une croissance plus autonome. La diversification des partenaires économiques devient alors un impératif pour réduire la dépendance vis-à-vis des institutions de Bretton Woods et de leurs principaux actionnaires. Ce virage vers Minsk peut être lu comme une manifestation de cette recherche de marges de manœuvre.

L’agriculture comme pivot de la coopération

L’accent mis sur l’agriculture n’est pas anodin. Le Ghana, comme plusieurs pays ouest-africains, fait face à des défis de sécurité alimentaire et de modernisation de ses filières. L’expertise biélorusse en mécanisation agricole et en production d’engrais pourrait offrir des solutions adaptées à un coût potentiellement inférieur à celui des fournisseurs occidentaux. Par ailleurs, le secteur agricole emploie une part significative de la population active et constitue un levier politique important pour le gouvernement Mahama.

L’exemption de visa, quant à elle, vise à stimuler les échanges commerciaux et les investissements directs. En facilitant la mobilité des hommes d’affaires, les deux pays espèrent accélérer la mise en œuvre des projets conjoints. Pour le Ghana, cette mesure s’inscrit dans une tendance régionale de libéralisation des visas avec des partenaires extra-africains.

Un contexte régional compétitif

Cette signature intervient dans un climat de concurrence accrue pour attirer les investissements en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, par exemple, multiplie les forums économiques (Africa CEO Forum) pour séduire les opérateurs. Le Sénégal travaille à la promotion de son tourisme et de ses infrastructures. En se tournant vers la Biélorussie, le Ghana se positionne sur un créneau moins fréquenté, mais potentiellement porteur. Cependant, ce choix n’est pas sans risque : la Biélorussie reste un pays sous sanctions internationales, ce qui pourrait compliquer les transactions financières et l’accès à certains marchés.

Implications géopolitiques

Le rapprochement avec un allié de la Russie, à un moment où les tensions géopolitiques s’intensifient, envoie un signal clair sur la volonté de Ghana de ne pas aligner sa politique étrangère sur un seul bloc. D’autres pays de la région, comme le Burkina Faso et le Mali, ont déjà multiplié les partenariats avec des pays hors du cadre traditionnel. Le Ghana semble suivre une voie similaire, mais avec une approche plus pragmatique et moins idéologique.

Ces accords ne remplaceront pas du jour au lendemain les partenariats historiques avec l’Union européenne, les États-Unis ou la Chine, mais ils élargissent l’éventail des options disponibles pour Accra. La véritable mesure de leur succès dépendra de la capacité des deux parties à transformer ces intentions en projets concrets, générateurs de valeur ajoutée et d’emplois.

Ce rapprochement entre le Ghana et la Biélorussie illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la recherche de partenariats alternatifs pour contourner les conditionnalités traditionnelles et diversifier les sources de financement et de technologie. Reste à savoir si ces nouvelles alliances offriront des bénéfices tangibles, ou si elles ne feront que redessiner une carte des dépendances, sans en changer la logique profonde.