En 2021, l'agriculture représentait 39,5 % des emplois au Ghana. Ce chiffre, souvent cité, masque une réalité complexe où le travail informel et non contractualisé est sous-estimé. Le projet JobAgri, piloté par le CIRAD dans la région de Bono East, innove en mesurant le volume de travail en équivalents-temps-plein, révélant des disparités que les statistiques classiques ignorent. Cette approche interroge les politiques agricoles du pays, alors que le Ghana amorce une nouvelle phase de développement après son programme avec le FMI.

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Des statistiques qui cachent la diversité du monde agricole

Les données officielles peinent à capturer la réalité des exploitations familiales, pourtant majoritaires dans le paysage agricole ghanéen. Dans le Bono East, les enquêtes de JobAgri montrent que les surfaces cultivées varient de moins de 2 à plus de 20 hectares, avec une moyenne de 6 hectares. Les systèmes de production sont extrêmement diversifiés : tubercules, riz, maïs, légumineuses, maraîchage, élevage. Beaucoup de fermes combinent plusieurs activités, y compris non agricoles, ce qui complexifie encore le diagnostic. « Les agricultures familiales sont souvent invisibles dans les politiques publiques », notent les chercheurs. Une invisibilité qui conduit à des décisions parfois inadaptées, notamment en matière de mécanisation ou d'accès au crédit.

Mesurer le travail, pas les personnes : un changement de perspective

JobAgri a fait le choix de comptabiliser les équivalents-temps-plein (ETP), c'est-à-dire le nombre total de journées de travail effectuées. Cela permet d'évaluer la charge réelle de travail et la main-d'œuvre nécessaire pour chaque tâche. Cette méthode révèle que de nombreux petits exploitants travaillent bien plus que ce que laissent supposer les statistiques classiques. Elle met également en évidence le rôle clé des femmes et des jeunes, souvent sous-estimé dans les enquêtes traditionnelles. En croisant ces données avec les niveaux de rémunération, les chercheurs obtiennent une photographie plus fine de la contribution de l'agriculture à l'économie locale.

Ces résultats ont des implications directes pour les politiques publiques. Alors que le Ghana cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux importations alimentaires, une meilleure connaissance de l'emploi agricole est indispensable. Le pays vient par ailleurs de sortir du programme de Facilité élargie de crédit du FMI, ce qui lui redonne une marge de manœuvre budgétaire. Investir dans des politiques agricoles fondées sur des données solides pourrait être une priorité.

Un enjeu régional pour la CEDEAO

Le cas ghanéen n'est pas isolé. Dans toute l'Afrique de l'Ouest, l'agriculture emploie une majorité de la population active, mais les données restent lacunaires. La CEDEAO, dans sa politique agricole régionale, insiste sur la nécessité de systèmes d'information fiables. Des initiatives comme JobAgri pourraient être reproduites dans d'autres pays, notamment en Côte d'Ivoire ou au Sénégal, où l'agriculture constitue également un pilier de l'emploi. Mais ces méthodes demandent des ressources importantes, et leur généralisation dépendra de la volonté politique des États.

L'approche de JobAgri montre que la mesure de l'emploi agricole est avant tout une question de regard. En changeant d'unité de mesure, on voit émerger une réalité plus complexe, où l'informel n'est pas une anomalie mais une composante structurelle. Alors que les économies ouest-africaines cherchent à créer des emplois décents, ce type de diagnostic devient un outil précieux pour éviter les politiques aveugles. La question n'est plus seulement de savoir combien de personnes travaillent dans l'agriculture, mais comment et à quelles conditions.