La Banque mondiale a approuvé un financement de 460 millions de dollars pour moderniser et harmoniser les systèmes statistiques de huit pays d'Afrique de l'Ouest et de trois organisations régionales. Ce projet, baptisé HISWACA, vise à renforcer la qualité des données, essentielles pour piloter les politiques économiques et attirer les investissements. Il s'inscrit dans un contexte où la région cherche à accélérer sa croissance et son intégration, mais où les statistiques restent souvent fragmentées et peu fiables.
Banque mondiale : 460 M$ pour des statistiques fiables
Moderniser et harmoniser les systèmes statistiques de 8 pays et 3 organisations régionales. Le projet HISWACA veut renforcer la qualité des données pour piloter les politiques économiques et attirer les investissements.
Les économies ouest-africaines affichent une croissance parmi les plus élevées du continent, mais butent sur un déficit chronique de données fiables. Décideurs publics et privés doivent souvent se fier à des estimations approximatives, ce qui complique la planification des investissements et l'évaluation des politiques publiques.
Source : Banque mondiale
Le projet d'harmonisation et d'amélioration des statistiques en Afrique de l'Ouest et du Centre (HISWACA), dans sa phase 1, couvrira le Bénin, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et la Gambie. Il inclura également les divisions statistiques de la CEDEAO, de l'UEMOA et de l'Union africaine. L'objectif est double : moderniser les systèmes statistiques nationaux et favoriser une harmonisation régionale des données, condition indispensable pour comparer les performances économiques et construire des politiques communes.
Ce financement intervient alors que les économies ouest-africaines, comme celles du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, affichent des taux de croissance parmi les plus élevés du continent, mais butent sur un déficit chronique de données fiables. Les décideurs, qu'ils soient publics ou privés, doivent souvent se fier à des estimations approximatives, ce qui complique la planification des investissements et l'évaluation des politiques publiques. En améliorant la disponibilité et la qualité des statistiques, la Banque mondiale espère créer un cercle vertueux : des données plus fiables permettent de mieux cibler les interventions, d'attirer les financements et de renforcer la transparence.
Le choix des pays bénéficiaires n'est pas anodin. Il réunit des États membres de la CEDEAO et de l'UEMOA, mais aussi la Mauritanie, qui n'appartient qu'à l'Union africaine. Cette diversité souligne la volonté d'harmoniser les données au-delà des cadres institutionnels existants, un enjeu majeur pour l'intégration régionale. La CEDEAO, qui ambitionne de créer une monnaie unique à l'horizon 2027, aura besoin de statistiques comparables pour converger vers des critères de convergence macroéconomique crédibles. De même, l'UEMOA, qui gère déjà une monnaie commune, doit pouvoir s'appuyer sur des données fiables pour surveiller les économies de ses membres.
Le projet HISWACA ne se limite pas à la collecte de données. Il prévoit également de renforcer les capacités des instituts nationaux de statistique, souvent sous-équipés et manquant de personnel qualifié. Au Sénégal, par exemple, l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a récemment appelé les acteurs économiques à contribuer à la réussite des opérations de collecte, signe que la production de données reste un défi quotidien. En Côte d'Ivoire, le guichet unique de déclaration des investissements, lancé en juillet, illustre la volonté de moderniser l'administration économique, mais son efficacité dépendra aussi de la qualité des données disponibles.
Ce financement intervient également dans un contexte de montée en puissance des données comme outil de développement. Les bailleurs de fonds, comme la Banque mondiale, multiplient les initiatives pour renforcer les systèmes statistiques en Afrique. Le Fonds africain de développement a ainsi récemment alloué 3,48 millions de dollars pour renforcer les capacités statistiques, preuve que le sujet est devenu prioritaire. Mais au-delà des financements, c'est la question de l'utilisation des données qui se pose : à quoi bon produire des statistiques si elles ne sont pas exploitées par les décideurs ? Le projet HISWACA prévoit donc aussi d'améliorer l'accès et l'utilisation des données, notamment via des plateformes en ligne et des formations.
Une deuxième phase du projet, actuellement en préparation, étendra le dispositif à cinq autres pays d'Afrique centrale : le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, le Gabon et la République du Congo. Cette extension montre que la problématique des statistiques dépasse largement l'Afrique de l'Ouest et touche l'ensemble du continent. Elle reflète aussi une prise de conscience : sans données fiables, il est impossible de mesurer les progrès vers les Objectifs de développement durable ni de piloter efficacement les économies.
Le choix de la Banque mondiale de financer un projet régional plutôt que des initiatives nationales isolées est significatif. Il traduit une conviction : les défis statistiques ne peuvent être relevés qu'à l'échelle régionale, en mutualisant les efforts et en harmonisant les méthodes. C'est un signal fort pour les organisations régionales, qui voient leur rôle renforcé dans la gouvernance économique. Pour les pays de la CEDEAO, c'est aussi une opportunité de renforcer leur crédibilité auprès des investisseurs, qui exigent des données transparentes et comparables pour évaluer les risques et les opportunités.
Alors que l'Afrique de l'Ouest s'engage dans une dynamique de croissance et d'intégration, la fiabilité des données statistiques devient un enjeu stratégique. Ce projet de la Banque mondiale, par son ampleur et son approche régionale, pourrait bien poser les fondations d'une gouvernance économique plus éclairée. Mais il reste à voir comment les États et les organisations régionales s'approprieront ces outils pour transformer l'information en décision. La route est encore longue, mais le cap est fixé.