La Banque Nationale d’Investissement (BNI), le Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA) et les transformateurs nationaux ont signé le 11 juin 2026 à Abidjan une convention-cadre visant à lever les contraintes de financement et d’approvisionnement en noix brutes de cajou. Ce mécanisme tripartite entend accélérer la transformation locale d’une filière où la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, ne transforme encore qu’une fraction de sa récolte. Il s’inscrit dans la stratégie des pouvoirs publics de créer des champions nationaux capables de capter davantage de valeur ajoutée.
BNI – CCA – Transformateurs : le pacte tripartite pour l’anacarde
Un mécanisme inédit pour briser le cercle vicieux du financement et de l’approvisionnement, et accélérer la transformation locale.
Les trois piliers de la convention
d’Investissement
et de l’Anacarde
locaux
est transformée sur place
d’ici 2030
« Soutenir durablement la transformation locale de l’anacarde, un secteur stratégique pour notre économie »
— Youssouf Fadiga, DG BNI
Sources : FMI, Banque mondiale, BNI, CCA. Infographie Cauris — 11 juin 2026.
La cérémonie s’est tenue au Centre Intégré de la BNI, à Cocody-Les Ambassades, en présence du directeur général Youssouf Fadiga, des responsables du CCA et des organisations de transformateurs. Selon M. Fadiga, l’initiative traduit « la volonté commune de soutenir durablement la transformation locale de l’anacarde, un secteur stratégique pour notre économie ». La Côte d’Ivoire produit environ un million de tonnes de noix de cajou par an, mais n’en transforme localement que 15 à 20 %, le reste étant exporté brut vers l’Inde et le Vietnam. L’enjeu est donc immense : capter la valeur ajoutée de la transformation pour créer des emplois et des revenus.
Un mécanisme pour briser le cercle vicieux
Les deux principaux freins au développement des transformateurs locaux sont l’accès à la matière première – souvent accaparée par les exportateurs – et l’accès au financement bancaire, perçu comme risqué dans un secteur volatil. La convention-cadre vise à répondre à ce double défi en organisant un circuit sécurisé : le CCA coordonne l’approvisionnement des unités locales, la BNI accorde des lignes de crédit adaptées, et les transformateurs s’engagent sur des volumes et des conditions de remboursement. Ce mécanisme de « préfinancement garanti » doit réduire l’incertitude pour les banques et stabiliser les prix pour les industriels.
L’accord s’inscrit dans une série de mesures gouvernementales visant à augmenter le taux de transformation locale, déjà fixé à 50 % à l’horizon 2030 dans le Plan national de développement. Les précédentes tentatives, notamment des incitations fiscales et des subventions, n’ont pas suffi à décoller. L’implication directe de la BNI, banque publique d’investissement, marque un tournant : l’État passe d’un rôle d’incitation à un rôle de garant et de financeur actif.
Un enjeu de souveraineté économique et régional
Au-delà du cas ivoirien, ce modèle pourrait influencer la compétitivité de la filière anacarde dans l’espace UEMOA. Le Bénin, le Burkina Faso et le Ghana sont également des producteurs importants, mais la Côte d’Ivoire, avec son avance logistique et portuaire, ambitionne de devenir le hub de transformation de la sous-région. La convention de juin 2026 renforce cette position en offrant aux transformateurs locaux un accès privilégié à la ressource, ce qui pourrait créer des tensions avec les exportateurs traditionnels et les pays voisins qui dépendent des noix ivoiriennes.
Cependant, la réussite du dispositif n’est pas acquise. La sélection des bénéficiaires, la gouvernance du fonds et la capacité des unités à absorber les financements seront déterminantes. Les petits transformateurs craignent d’être marginalisés au profit de quelques grands groupes, ce qui irait à l’encontre de l’objectif de « champions nationaux » mais pourrait aussi répondre à la nécessité de structurer la filière.
Le pari des champions nationaux
L’expression « champions nationaux » employée par les autorités révèle une volonté de concentration industrielle, à l’image de ce qui a été fait dans le secteur du coton avec la privatisation des filatures. La convention pourrait ainsi favoriser des regroupements d’entreprises ou des alliances stratégiques, avec un appui spécifique de la BNI aux projets d’extension de capacité. À terme, l’objectif est de concurrencer les grands transformateurs asiatiques sur le marché mondial de l’amande de cajou.
Cette convention de juin 2026 s’inscrit dans un mouvement plus large de montée en puissance des banques publiques de développement en Afrique de l’Ouest comme instruments de politique industrielle. Au Sénégal, au Mali, au Burkina, des mécanismes similaires émergent pour le riz, le maïs ou le sésame. La filière anacarde ivoirienne sert ainsi de laboratoire pour un nouveau modèle de financement agricole, où l’État, via des institutions comme la BNI, prend des risques que le secteur privé refuse d’assumer seul.
Le pari de la BNI et du CCA est ambitieux : transformer un secteur dominé par l’exportation brute en une filière industrielle intégrée, créatrice d’emplois et de valeur. Si le mécanisme fonctionne, il pourrait servir de modèle pour d’autres filières, comme le cacao ou l’hévéa, où la Côte d’Ivoire cherche également à augmenter la part de transformation locale. Mais la route est longue : la concurrence asiatique est féroce, et les défis de gouvernance demeurent. L’évolution de ce partenariat tripartite sera à suivre de près, car il révèle une nouvelle approche de la politique industrielle en Afrique de l’Ouest, où les banques publiques endossent un rôle de catalyseur.