Le ministre ivoirien des Infrastructures, Yacouba Hien Sié, a ouvert le 1er juillet 2026 la 19e conférence de la Commission hydrographique de l’Atlantique oriental (CHAtO-19) à Abidjan, en insistant sur le rôle stratégique des données hydrographiques pour le développement des États côtiers. Cette rencontre, qui se tient jusqu’au 3 juillet, intervient alors que la Côte d’Ivoire accélère ses investissements portuaires et cherche à renforcer sa position de hub régional, dans un contexte de recomposition économique en Afrique de l’Ouest marqué par la sortie du Ghana du programme du FMI et les appels aux investissements lancés lors du dernier Africa CEO Forum.
Hydrographie : le nouveau levier portuaire ivoirien
La Côte d'Ivoire accélère ses investissements portuaires et mise sur les données hydrographiques pour devenir le hub régional de l'Afrique de l'Ouest.
« Aucun ouvrage maritime, fluvial ou lagunaire ne peut être conçu, dimensionné, implanté ou exploité de manière optimale sans une connaissance précise des fonds marins. »
Yacouba Hien Sié
Ministre des Infrastructures, Côte d'Ivoire
Le trafic maritime ouest-africain représente cette part du commerce mondial — un enjeu stratégique pour les ports ivoiriens.
Trois leviers de la stratégie hydrographique ivoirienne
Extension du port d'Abidjan
Modernisation des infrastructures pour accueillir des navires de plus fort tonnage.
Nouveau port de San-Pédro
Second pôle portuaire pour capter les flux alternatifs et désengorger Abidjan.
Données hydrographiques en temps réel
Avantage comparatif décisif face à la concurrence régionale (Ghana, Togo, Bénin).
Cadre macroéconomique (FMI)
Dette publique brute
56,3 %
du PIB
Solde budgétaire
-3,0 %
du PIB
Selon le FMI, la Côte d'Ivoire maintient une dette modérée mais un déficit qui justifie l'accélération des investissements portuaires pour stimuler la croissance.
Chronologie : le momentum ivoirien
Lancement des travaux d'extension du port d'Abidjan
Phase 1 : nouveau terminal à conteneurs et dragage en profondeur.
Première pierre du port de San-Pédro
Nouvelle infrastructure dédiée au trafic minier et agricole.
CHAtO-19 à Abidjan
La Côte d'Ivoire place l'hydrographie au cœur de sa stratégie portuaire.
Corridor maritime ouest-africain
La Côte d'Ivoire cherche à capter les flux détournés du Ghana et à servir de porte d'entrée pour les pays enclavés (Mali, Burkina Faso).
Sources : FMI · CHAtO-19 · Ministère des Infrastructures de Côte d'Ivoire · Cauris Finance
L’hydrographie, science de la mesure des fonds marins et des dynamiques aquatiques, est souvent perçue comme une discipline technique discrète. Pourtant, à l’ouverture de la CHAtO-19, le ministre Yacouba Hien Sié en a fait un pilier du développement : « aucun ouvrage maritime, fluvial ou lagunaire ne peut être conçu, dimensionné, implanté ou exploité de manière optimale sans une connaissance précise des fonds marins ». Derrière cette affirmation, c’est toute la stratégie de modernisation des infrastructures ivoiriennes qui se dessine.
La Côte d’Ivoire a engagé depuis plusieurs années un vaste programme de mise à niveau de ses ports, notamment avec l’extension du port d’Abidjan et la construction du nouveau port de San-Pédro. Ces projets visent à capter une part croissante du trafic maritime ouest-africain, qui représente environ 80 % du commerce mondial de marchandises. Dans cette compétition régionale, la qualité des données hydrographiques devient un avantage comparatif décisif : des chenaux d’accès bien cartographiés réduisent les temps d’escale et les coûts d’assurance, tandis que des infrastructures dimensionnées avec précision limitent les risques techniques et les dépassements budgétaires.
La tenue de la CHAtO-19 à Abidjan n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un calendrier diplomatique et économique dense pour la Côte d’Ivoire, qui accueillait en mai 2026 le Africa CEO Forum et multiplie les signaux en faveur d’un environnement des affaires attractif. Ce positionnement intervient alors que le Ghana, voisin et concurrent, vient de conclure son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, ouvrant une phase de stabilisation budgétaire. La Côte d’Ivoire, de son côté, mise sur la continuité de ses réformes et l’approfondissement de son infrastructure logistique pour consolider son rôle de porte d’entrée de la sous-région.
Des data au service de la souveraineté maritime
Au-delà des aspects commerciaux, l’hydrographie touche à des enjeux de souveraineté. Les cartes marines, la délimitation des eaux territoriales et la surveillance des zones économiques exclusives dépendent de relevés fiables. En abritant cette conférence, la Côte d’Ivoire affirme sa volonté de maîtriser ces outils et de les mettre au service d’une politique maritime cohérente, en lien avec sa stratégie nationale de développement portuaire et le schéma directeur des transports.
La conférence réunit des experts de plusieurs pays de l’Atlantique oriental, du Maroc au Nigeria en passant par le Sénégal. C’est l’occasion de partager les bonnes pratiques et d’harmoniser les standards hydrographiques, un enjeu crucial pour fluidifier le transport maritime régional. Dans une zone où les ports de Dakar, Abidjan, Tema et Lagos se livrent une concurrence accentuée, la qualité des données communes peut faciliter l’interopérabilité des corridors et renforcer l’intégration commerciale au sein de la CEDEAO.
Un investissement de long terme
Le ministre Hien Sié a insisté sur le caractère structurant de l’hydrographie : « matière première de l’ingénierie maritime », elle permet d’optimiser les investissements publics. Ce discours résonne avec la volonté affichée par le gouvernement ivoirien de rationaliser ses dépenses d’infrastructure et de maximiser leur impact économique. Les données hydrographiques, bien que coûteuses à collecter, s’avèrent rentables à long terme en évitant les erreurs de conception et en prolongeant la durée de vie des ouvrages.
La CHAtO-19 illustre également une tendance plus large : la technicisation croissante des politiques publiques en Afrique de l’Ouest. Après les données fiscales et les statistiques économiques, les données géospatiales et maritimes deviennent des outils de planification indispensables. La Côte d’Ivoire, en accueillant cette conférence, se positionne comme un pôle d’expertise régional en matière hydrographique, ce qui pourrait attirer des partenariats techniques et financiers supplémentaires.
Alors que le commerce maritime mondial connaît des reconfigurations liées aux tensions géopolitiques et aux nouvelles routes, la maîtrise de l’hydrographie offre à la Côte d’Ivoire un avantage compétitif non négligeable. Mais la route est encore longue : la formation d’hydrographes qualifiés, l’acquisition d’équipements modernes et la coordination avec les pays voisins restent des défis. La CHAtO-19 pose les jalons d’une coopération technique qui pourrait, à terme, redessiner la carte de la navigation en Afrique de l’Ouest.