Chaque année, près de la moitié des mangues produites au Burkina Faso finit en déchet : fruits abîmés, trop mûrs, résidus de transformation ou invendus. Face à ce gâchis structurel, la recherche agricole burkinabè a mis au point une solution d’économie circulaire transformant ces pertes en aliments pour le bétail. Cette innovation intervient alors que le pays déploie un ambitieux Plan national de développement (Plan RELANCE) de 36 190 milliards de FCFA, dont la priorité affichée est la souveraineté économique via l’investissement productif.
Mangues au Burkina : pourquoi la moitié de la production est perdue
Chaque année, près de la moitié des mangues produites finit en déchet. La recherche agricole burkinabè transforme ces pertes en aliments pour le bétail, dans le cadre du Plan RELANCE (36 190 milliards FCFA).
Les causes du gaspillage
Solution : économie circulaire
Contexte : Plan RELANCE & souveraineté
Corridor ouest-africain de la mangue
Le gaspillage des mangues, un symptôme des faiblesses structurelles
La filière mangue est l’un des piliers de l’agriculture burkinabè, mais son potentiel est cruellement grevé par des pertes massives. Selon les données de la recherche agricole nationale, près de 50 % de la récolte est perdue avant d’atteindre le consommateur ou l’unité de transformation. Ce chiffre, qui inclut fruits abîmés, mangues trop mûres, résidus issus de la transformation et fruits invendus, illustre les défaillances de la chaîne d’approvisionnement : absence de chaîne du froid, infrastructures de stockage insuffisantes, marchés de collecte informels et débouchés limités. Ces pertes représentent une hémorragie économique d’autant plus préoccupante que le pays cherche à réduire sa dépendance alimentaire et à créer des emplois ruraux.
L’économie circulaire comme réponse innovante
Pour endiguer ce gaspillage, le Parc de technologie du Burkina Faso a développé une approche fondée sur l’économie circulaire. L’innovation phare est un broyeur-trieur de mangues qui sépare automatiquement la pulpe du noyau. La pulpe ainsi récupérée est mélangée à d’autres ingrédients pour produire un aliment pour bovins, ovins, caprins, volailles ou porcs. « Une fois introduites dans la machine, les mangues sont automatiquement séparées », explique Dr Saudrer Etienne, gestionnaire du parc. Ce procédé permet de valoriser des mangues qui autrement seraient perdues, tout en offrant aux éleveurs un aliment à moindre coût. Dans un contexte sahélien où l’élevage est une composante majeure des moyens de subsistance, cette solution répond simultanément à deux défis : la gestion des pertes agricoles et l’accès à des aliments de bétail abordables.
Des jeunes venus de l’espace CEDEAO ont été formés à cette technologie pour créer des coopératives et monter des unités de production. Cette dimension sous-régionale est cruciale : elle pourrait favoriser l’essor de chaînes de valeur transfrontalières, tout en renforçant la résilience des communautés face à l’insécurité alimentaire. Le modèle, encore à petite échelle, démontre que l’innovation technique peut transformer un déchet en ressource, mais son déploiement nécessite un investissement significatif en équipements, en formation et en circuits de commercialisation.
Un modèle à intégrer dans le Plan RELANCE ?
Le calendrier de cette innovation coïncide avec le lancement, en mai 2026, du Plan RELANCE 2026-2030, un programme de développement massif qui mise sur la souveraineté économique et les investissements productifs. Le même jour, la BAD a été sollicitée pour soutenir les investissements productifs du PND, tandis que le Burkina levait 49,5 milliards de FCFA sur le marché de l’UMOA avec un taux de couverture de 214 %, signe de la confiance des investisseurs locaux. Ces succès financiers créent un environnement favorable pour financer des innovations comme la transformation des déchets de mangue. Pourtant, l’enjeu dépasse la simple technicité : il s’agit de passer d’une logique de projet pilote à une politique publique structurante. L’intégration de l’économie circulaire dans le Plan RELANCE pourrait accélérer la modernisation de la filière mangue, réduire les pertes post-récolte et améliorer la sécurité alimentaire.
Une perspective régionale pour la souveraineté alimentaire
Au-delà du cas de la mangue, ce modèle illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la recherche de solutions décentralisées, sobres en capital mais à fort impact social, pour répondre aux crises agricoles et alimentaires. Alors que le Burkina Faso s’engage dans une voie de souveraineté économique, la valorisation des pertes agricoles pourrait devenir un levier clé pour réduire la dépendance aux importations alimentaires et renforcer les revenus des ruraux. La formation de jeunes de la CEDEAO indique également une dimension régionale prometteuse : une approche collaborative pourrait permettre de mutualiser les innovations, comme le suggère parallèlement le projet piscicole numérique mené à Koudougou avec l’appui des Pays-Bas. Dans un Sahel marqué par l’insécurité et les chocs climatiques, chaque innovation qui transforme une faiblesse en force mérite d’être regardée comme un laboratoire pour les politiques de développement à venir.
L’innovation du broyeur-trieur de mangues ne résoudra pas à elle seule les défis de la filière ni ceux de l’élevage sahélien. Mais elle ouvre une piste concrète pour lier transformation agricole et sécurité alimentaire, tout en créant des emplois pour les jeunes. La question centrale pour les décideurs burkinabè est désormais de savoir si ce type d’initiative locale pourra être amplifié et systématisé dans le cadre du Plan RELANCE, pour passer de l’expérimentation à une politique industrielle cohérente.


