Le ministre de l’Agriculture, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a achevé le 13 juin 2026 une tournée de trois jours dans les départements des Collines et du Borgou-Alibori, au cours de laquelle il a annoncé un objectif de 700 000 tonnes de coton graine pour la campagne 2026-2027, assorti d’une prime de 10 FCFA par kilogramme pour les producteurs dépassant ce seuil. Cette mesure vise à inverser la tendance baissière observée depuis trois campagnes consécutives, alors que le coton reste le premier produit d’exportation du pays et un pilier de l’économie agricole, laquelle représente 24,2 % du PIB et fait vivre 2,3 millions d’actifs.

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Un déclin qui inquiète

Le Bénin, premier producteur ouest-africain de coton avec 637 000 tonnes lors de la campagne 2024-2025, fait face à un ralentissement persistant. La baisse de la production depuis trois saisons, sans que les causes précises aient été officiellement explicitées, suggère une combinaison de facteurs : aléas climatiques, pression parasitaire, ou encore volatilité des cours mondiaux. Cette érosion menace non seulement les revenus des agriculteurs, mais aussi l’ensemble de la chaîne de valeur, des égreneuses aux exportateurs.

La prime comme levier d’incitation

L’annonce d’une prime de 10 FCFA par kilogramme sur les volumes dépassant le seuil de 700 000 tonnes constitue une innovation dans la politique cotonnière béninoise. En liant directement la rémunération à la performance, le gouvernement cherche à remotiver les producteurs tout en fixant un cap ambitieux. Ce mécanisme rappelle les subventions à la production mises en place dans d’autres filières de la région, mais avec une dimension incitative plutôt que compensatoire. Reste à savoir si les producteurs, souvent contraints par l’endettement et l’accès limité aux intrants, pourront suivre.

L’enjeu de la transformation locale

Au-delà du volume, la tournée ministérielle a mis l’accent sur l’approvisionnement des unités locales de transformation. Des échanges ont eu lieu avec la Fédération nationale des producteurs d’anacarde et celle des collecteurs et transporteurs de noix de cajou, révélant une volonté d’intégrer davantage la transformation dans la stratégie agricole. Le Bénin, comme d’autres pays de l’UEMOA, cherche à réduire sa dépendance aux exportations de matières premières brutes et à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Le coton, tout comme l’anacarde et le soja – dont la production a bondi à 652 000 tonnes en 2024-2025 –, pourrait bénéficier de cette orientation.

Un contexte régional porteur ?

La dynamique béninoise s’inscrit dans un environnement ouest-africain où la demande mondiale de coton reste soutenue, mais où la concurrence entre pays producteurs s’intensifie. Le Bénin doit faire face à la montée en puissance de voisins comme le Burkina Faso ou le Mali, tout en composant avec les contraintes de la filière conventionnelle (utilisation d’engrais, de pesticides). Par ailleurs, la récente annonce d’un « Pacte d’avenir » en six piliers par la CEDEAO, le 15 mai 2026, visant à consolider l’intégration régionale, pourrait offrir un cadre favorable à une harmonisation des politiques agricoles et à l’amélioration des infrastructures de transport, cruciales pour l’écoulement des récoltes.

Diversification et durabilité

Le succès de la relance cotonnière dépendra aussi de la capacité du Bénin à diversifier ses débouchés et à moderniser ses pratiques. La hausse rapide de la production de soja (de 500 000 à 652 000 tonnes en un an) montre une capacité d’adaptation certaine. Cependant, la spécialisation dans le coton, historiquement encouragée par les bailleurs et les filières intégrées, reste prédominante. L’enjeu est désormais de conjuguer l’objectif de volume avec une agriculture plus résiliente, en intégrant des considérations environnementales et sociales.

La prime annoncée par le gouvernement béninois représente un pari sur l’engagement des producteurs, mais elle pose la question plus large de la soutenabilité d’un modèle agricole fondé sur des cultures de rente. Alors que la région ouest-africaine cherche à renforcer son intégration économique, le Bénin pourrait devenir un laboratoire pour des politiques agricoles mêlant incitations financières et transformation locale. L’évolution des cours mondiaux du coton et les aléas climatiques resteront des variables déterminantes.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI)