Le gouvernement béninois a annoncé un objectif ambitieux de 700 000 tonnes de coton-graine pour la campagne 2026-2027, en réaction à trois saisons consécutives de baisse de production. Cette relance s’accompagne d’une prime aux producteurs et d’une volonté de renforcer la transformation locale. Mais le secteur, qui pèse 24,2 % du PIB et emploie 2,3 millions d’actifs, doit composer avec des défis structurels que la seule incitation tarifaire ne suffira pas à résoudre.

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Le ministre de l’Agriculture, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a dévoilé lors d’une tournée dans les départements des Collines et du Borgou-Alibori, du 11 au 13 juin 2026, les grandes lignes de la stratégie présidentielle. Celle-ci fixe un seuil plancher de 700 000 tonnes de coton-graine, assorti d’une prime de 10 FCFA par kilogramme pour tout volume dépassant cet objectif. Une mesure conçue pour inverser la tendance baissière observée depuis la campagne 2023-2024, après un pic à 637 000 tonnes en 2024-2025.

Mais ce déclin n’est pas un accident conjoncturel. Il résulte d’une combinaison de facteurs : épuisement des sols dans les zones cotonnières historiques, coût croissant des intrants, et concurrence d’autres cultures comme l’anacarde ou le soja, dont les prix attractifs ont détourné une partie des producteurs. Le soja, par exemple, est passé de 500 000 tonnes en 2023 à 652 000 tonnes en 2024-2025, porté par la demande asiatique. L’anacarde a produit environ 212 000 à 225 000 tonnes en 2024, consolidant la position du Bénin comme deuxième exportateur mondial.

Un lien fragile entre production et transformation

Au-delà des volumes, un enjeu majeur est l’approvisionnement des unités de transformation locales. Les échanges avec la Fédération nationale des producteurs d’anacarde et celle des collecteurs et transporteurs de noix de cajou ont mis en lumière des tensions récurrentes : une partie de la production échappe à la chaîne formelle, limitant la capacité des usines à tourner à plein régime. Le gouvernement ambitionne de transformer localement davantage pour capter la valeur ajoutée, mais le chemin est semé d’obstacles logistiques et de prix.

Le président Romuald Wadagni, qui a impulsé cette tournée, mise sur un contrat de performance avec les producteurs : la prime de 10 FCFA est un signal fort, mais son efficacité dépendra de la capacité de l’État à assurer un approvisionnement en intrants de qualité et à stabiliser les prix du marché. La campagne 2026-2027 servira de test grandeur nature.

Le contexte régional, entre énergie et intégration

Cette relance cotonnière intervient dans un environnement ouest-africain contrasté. D’un côté, des projets structurants comme le barrage de Souapiti en Guinée ou l’expansion du port de Lomé renforcent les capacités énergétiques et logistiques de la région, dont le Bénin pourrait bénéficier indirectement. De l’autre, les tensions sécuritaires au Sahel et les incertitudes autour de la CEDEAO, qui a dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration, pèsent sur les chaînes d’approvisionnement.

Vers un nouveau modèle agricole ?

La stratégie béninoise reflète une prise de conscience : l’agriculture ne peut plus être uniquement extractive. En liant transformation locale et incitations à la production, le gouvernement tente de répondre à une double contrainte économique et sociale. Mais le pari est risqué. La baisse de trois campagnes successives n’est pas un épiphénomène : elle traduit une fragilité structurelle que les primes seules ne corrigeront pas sans réformes foncières, d’accès au crédit et d’irrigation.

Au-delà du coton, les filières anacarde et soja offrent des perspectives, mais leur croissance peut exacerber la compétition entre cultures. La question sous-jacente est celle de la spécialisation agricole du Bénin dans un marché ouest-africain en mutation, où la demande alimentaire croît plus vite que l’offre. Le choix de produire plus et de transformer localement est pertinent, mais il exige une coordination régionale encore balbutiante.

Le Bénin teste un nouveau compromis entre incitation individuelle et ambition collective. La campagne 2026-2027 dira si la prime de 10 FCFA peut inverser la courbe cotonnière. Au-delà, c’est la capacité du pays à construire un écosystème agricole résilient qui est en jeu, dans une région où l’intégration des marchés reste un horizon à concrétiser.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI)