Le cinéaste béninois Noukpo Whannou prépare un documentaire autour de la poétesse martiniquaise Nicole Cage, mêlant mémoire diasporique et tournage transatlantique. Ce projet, attendu pour 2027 avec une ambition internationale, s'inscrit dans une dynamique plus large : le Bénin utilise l'industrie culturelle comme moteur de diversification économique et de rayonnement régional. Il révèle comment le pays tisse des liens économiques avec la diaspora et mise sur le tourisme mémoriel.

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Le documentaire de Noukpo Whannou sur Nicole Cage n'est pas qu'une œuvre artistique. Il est le fruit d'une convergence entre la mémoire de la Traite négrière, le développement d'une filière cinématographique béninoise et une stratégie économique qui mise sur l'économie créative pour sortir de la dépendance aux matières premières.

L'économie culturelle comme pilier de diversification

Le Bénin a fait de la culture un axe de sa politique de développement. En 2025, le pays a adopté un Plan national de développement culturel visant à faire passer la part de l'économie créative dans le PIB de 1,2 % à 5 % d'ici 2030. Le film de Whannou illustre cette ambition : coproduit entre le Bénin et la France, avec des traductions en anglais et chinois, il cible un marché international. Ce type de projet attire des financements étrangers et favorise le transfert de compétences techniques.

Le tourisme mémoriel comme catalyseur

Le film prend racine à Ouidah, site emblématique de la Porte du Non-Retour. Le Bénin a investi plus de 40 millions d'euros depuis 2020 dans la valorisation des sites de la Route de l'Esclave, générant une augmentation de 30 % du nombre de visiteurs entre 2022 et 2025. Le documentaire, par sa dimension émotionnelle et sa diffusion planétaire, pourrait amplifier cette attractivité. Le tourisme culturel et mémoriel représente déjà 4 % des recettes touristiques du pays, avec un objectif de 10 % à l'horizon 2030.

Une filière cinématographique en structuration

Le Bénin ne dispose pas encore d'une industrie cinématographique mature, mais des signes d'émergence se multiplient. En 2024, le pays a adopté une loi sur le soutien au cinéma, créant un fonds de 2 milliards de francs CFA (3 millions d'euros) destiné aux coproductions et à la formation. Le film de Whannou bénéficie d'un accompagnement de l'Institut Français et du Centre national du cinéma français, ce qui témoigne de la coopération croissante entre les deux pays. Par ailleurs, le réalisateur a lui-même été formé à l'école de cinéma de Ouagadougou, illustrant la circulation régionale des compétences.

La diaspora béninoise comme levier économique

Le thème du film — le voyage intérieur d'une poétesse martiniquaise — résonne avec la stratégie du Bénin pour mobiliser sa diaspora. En 2025, le gouvernement a lancé le programme « Diaspora pour le développement », qui encourage les investissements des Béninois de l'étranger dans les secteurs culturels et touristiques. Le film pourrait servir de pont symbolique et commercial avec les diasporas africaines et caribéennes, ouvrant des marchés pour d'autres productions culturelles béninoises.

Contexte régional : l'économie créative en Afrique de l'Ouest

Le Bénin n'est pas isolé dans cette démarche. La CEDEAO a adopté en 2023 un plan d'action pour l'économie créative, doté de 50 millions d'euros sur cinq ans. Des pays comme le Nigeria (Nollywood) et le Ghana (Studios) servent de modèles. Le Bénin cherche à se positionner sur les niches du documentaire historique et du tourisme culturel, en misant sur sa singularité : être le point de départ des esclaves vers les Amériques. Cette spécialisation pourrait attirer des financements internationaux et des coproductions, comme le montre le projet Whannou.

Risques et limites

Malgré ces atouts, le chemin est semé d'obstacles. La capacité de production locale reste faible : le Bénin ne produit qu'une dizaine de films par an. Les infrastructures de diffusion sont embryonnaires (seulement trois salles de cinéma dans tout le pays). Et la concurrence avec des hubs comme Ouagadougou (Burkina Faso) ou Lagos (Nigeria) est rude. Le film de Whannou, s'il réussit, pourrait être un catalyseur, mais il ne suffira pas à lui seul à structurer la filière.

Au-delà du récit intime, le documentaire de Noukpo Whannou est un indicateur des mutations économiques du Bénin, qui tente de convertir sa mémoire historique en ressources culturelles et touristiques. Il pose la question de la viabilité d'un modèle de développement fondé sur l'économie créative dans un marché ouest-africain encore fragmenté. La réponse dépendra de la capacité du pays à attirer les talents, les financements et les publics au-delà du cercle des initiés.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI)