Le 23 août à New York, l'initiative « Les Femmes pour le PND 2026-2030 » réunira investisseuses et professionnelles ivoiriennes des États-Unis et du Canada. Portée par Maître Ayssata Coulibaly-Diabi, elle vise à transformer la diaspora en partenaire structuré du développement national. Une évolution notable alors que les transferts de fonds des diasporas africaines ont dépassé 100 milliards de dollars en 2024, mais que leur mobilisation pour des projets productifs reste un défi.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

Une diaspora en quête de structuration

L'initiative « Les Femmes pour le PND 2026-2030 » marque un changement de paradigme dans la relation entre la Côte d'Ivoire et sa diaspora. Historiquement, les Ivoiriens de l'extérieur contribuaient principalement par des transferts financiers individuels, souvent destinés à la consommation ou à l'immobilier résidentiel. Aujourd'hui, l'ambition affichée est de canaliser ces capacités vers des investissements productifs, en phase avec les priorités du Plan national de développement. Ce virage s'inscrit dans une tendance régionale où plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest cherchent à institutionnaliser le lien avec leurs diasporas, perçues comme des vecteurs de capitaux, de compétences et de réseaux.

Un contexte porteur : transferts records et quête de capitaux privés

Les transferts de fonds des diasporas africaines ont dépassé les 100 milliards de dollars en 2024, un montant qui dépasse largement l'aide publique au développement. Pour la Côte d'Ivoire, qui ambitionne de consolider son attractivité et de diversifier ses partenariats, la diaspora représente un réservoir de financement encore sous-exploité. L'idée d'un Fonds d'investissement des femmes de la diaspora, évoquée lors de la rencontre de New York, s'inscrit dans cette logique : mutualiser des capacités financières dispersées pour financer des projets créateurs de valeur. Cette approche fait écho aux initiatives similaires au Sénégal, où l'économie s'appuie de plus en plus sur l'épargne de ses ressortissants, ou au Ghana, qui a émis des obligations diaspora pour financer ses infrastructures. La Côte d'Ivoire semble vouloir emboîter le pas, mais avec une spécificité : cibler les femmes comme force motrice de ce nouveau partenariat.

Le rôle clé des femmes et des cadres

L'initiative portée par Maître Ayssata Coulibaly-Diabi ne se limite pas à une simple collecte de fonds. Elle s'appuie sur un réseau de femmes cadres et entrepreneures, capables d'apporter une expertise sectorielle et des connexions professionnelles. Cette approche « par le haut » vise à créer des passerelles entre Abidjan et les grandes places économiques mondiales, en misant sur la double culture de ces actrices. L'accent mis sur les femmes est également stratégique : elles sont souvent au cœur des transferts de fonds et des solidarités familiales, mais restent sous-représentées dans les circuits d'investissement formels. En les organisant en collectif, l'initiative cherche à transformer une ressource informelle en un levier de développement structuré.

Une dynamique régionale : l'intégration par la diaspora

Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l'Ouest, où les diasporas sont de plus en plus perçues comme des acteurs clés de l'intégration régionale. La CEDEAO, dans ses stratégies économiques, insiste sur la mobilité des personnes et des capitaux comme moteur de croissance. La diaspora ivoirienne, présente dans des hubs économiques comme New York, Paris ou Londres, peut servir de trait d'union entre les marchés ouest-africains et les investisseurs internationaux. En parallèle, des rencontres comme l'Africa GCC Council, qui se tiendra fin juin à Abidjan, témoignent de la volonté du pays de se positionner comme une plateforme d'investissement régionale. Dans ce contexte, la mobilisation de la diaspora apparaît comme un complément naturel aux efforts de promotion des investissements étrangers directs.

Des défis à surmonter : confiance et cadre réglementaire

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La confiance des diasporas dans les institutions nationales reste fragile, et les dispositifs d'accompagnement de l'investissement sont parfois perçus comme complexes. L'immobilier, secteur prisé des investisseurs de la diaspora, souffre encore d'un manque de transparence et de sécurisation foncière. Pour que l'initiative « Les Femmes pour le PND 2026-2030 » aboutisse à des résultats concrets, elle devra s'appuyer sur des réformes facilitant l'investissement des non-résidents, comme la simplification des procédures de création d'entreprise ou la mise en place de guichets uniques dédiés. L'enjeu est de taille : transformer une diaspora souvent sollicitée de manière ponctuelle en un partenaire durable et structuré.

Une perspective temporelle : de l'émotionnel au stratégique

Comparée aux approches précédentes, cette initiative marque une évolution nette. Il y a quelques années, les discours sur la diaspora étaient souvent teintés d'émotionnel, centrés sur la contribution patriotique. Aujourd'hui, le ton est plus pragmatique : il s'agit de définir des mécanismes financiers, des véhicules d'investissement et des cadres de gouvernance. Cette professionnalisation est également visible dans les autres pays de la région. Le Sénégal, avec son Plan Sénégal Émergent, a mis en place des structures dédiées à l'investissement diaspora. Le Ghana, à travers sa Diaspora Investment Initiative, a levé des fonds significatifs. La Côte d'Ivoire, avec ce nouveau rendez-vous, semble vouloir rattraper son retard et capitaliser sur son potentiel économique pour attirer les capitaux de ses ressortissants.

Un test pour la gouvernance économique ivoirienne

Au-delà de l'initiative elle-même, c'est la capacité du pays à offrir un environnement propice à ces investissements qui sera jugée. La réussite de ce fonds dépendra de la transparence de sa gestion, de la qualité des projets sélectionnés et de la capacité à démontrer un impact mesurable. Cette démarche pourrait également servir de modèle pour d'autres pays de la région, qui cherchent à mobiliser leurs diasporas comme levier de financement du développement. L'initiative de New York n'est qu'une première étape, mais elle révèle une prise de conscience : la diaspora n'est plus seulement une source d'envois de fonds, mais un acteur stratégique du développement national.

Alors que la Côte d'Ivoire s'apprête à lancer son PND 2026-2030, la mobilisation de sa diaspora apparaît comme un test grandeur nature de sa capacité à innover dans ses modes de financement. Cette initiative pourrait inspirer d'autres pays de la CEDEAO, confrontés aux mêmes défis de mobilisation des capitaux privés. La question n'est plus de savoir si la diaspora investira, mais comment les États sauront créer les conditions de confiance et d'efficacité nécessaires pour transformer cet engagement en levier de croissance durable.