Le Conseil des ministres ivoirien a ratifié le 3 juin un accord de prêt de 30 milliards FCFA (53,2 millions $) avec la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour financer partiellement la construction de la section Kobo-Kanawolo de l'autoroute du Nord. Long de 47,3 km en 2×2 voies, ce tronçon vise à fluidifier le trafic sur le corridor reliant le port d'Abidjan aux pays de l'hinterland. Cette opération s'inscrit dans une séquence récente d'engagements de la BOAD, qui a également signé en mai une facilité de 200 millions d'euros avec Proparco pour le secteur privé, révélant une double stratégie de la banque pour soutenir à la fois les infrastructures publiques et l'activité économique régionale.
Prêt BOAD : 30 milliards FCFA pour l’autoroute du Nord
Un financement qui relie Abidjan aux pays sahéliens, entre infrastructure publique et soutien au privé.
47,3 km en 2×2 voies pour fluidifier le trafic et réduire les temps de transport des marchandises vers l’hinterland.
Autoroute du Nord · section Kobo–Kanawolo. Infrastructures publiques pour désengorger le corridor.
Soit environ 131 milliards FCFA. Ligne de crédit pour le secteur privé dans l’UEMOA.
Le prêt de la BOAD soutient l’investissement public dans un contexte de déficit courant et budgétaire modéré.
200 millions € (≈131 milliards FCFA) pour le secteur privé dans l’UEMOA.
30 milliards FCFA (53,2 millions $) pour la section Kobo–Kanawolo.
Première facilité en monnaie locale pour l’UEMOA.
BOAD : notation A et nouveaux instruments financiers.
Ce nouveau prêt de la BOAD à la Côte d'Ivoire intervient dans un contexte de besoins croissants de financement des infrastructures en Afrique de l'Ouest. Le corridor nord, qui relie Abidjan à Ouagadougou, Bamako et Niamey, est l'un des axes vitaux pour le commerce régional. La section Kobo-Kanawolo, longue de 47,3 km, représente un maillon stratégique pour désengorger le trafic et réduire les temps de transport, notamment pour les marchandises en transit vers les pays sahéliens. Le gouvernement ivoirien mise sur cette autoroute pour renforcer la compétitivité du port d'Abidjan, qui concurrence ceux de Lomé et de Tema.
Un financement qui s'inscrit dans la stratégie de la BOAD
La BOAD a multiplié les opérations de financement ces dernières semaines. Le 15 mai, elle a annoncé avec Proparco une opération de 200 millions d'euros (environ 131 milliards FCFA) destinée à soutenir le secteur privé dans l'UEMOA. Ce double mouvement – prêt direct à un État d'une part, ligne de crédit au privé d'autre part – illustre la volonté de la banque de couvrir l'ensemble des besoins de financement du développement régional. L'accord avec Proparco, filiale de l'Agence française de développement, apporte une source de devises et de maturités longues, tandis que le prêt à la Côte d'Ivoire utilise les ressources propres de la BOAD.
Un signal pour l'intégration régionale
Le choix de financer un maillon de l'autoroute du Nord n'est pas anodin. Ce corridor est essentiel pour l'intégration économique de la région, car il permet aux pays enclavés (Burkina Faso, Mali, Niger) d'accéder à la mer. Dans un contexte de tensions sécuritaires au Sahel, la sécurisation et l'amélioration de ces axes routiers deviennent une priorité pour les bailleurs de fonds. La BOAD, en tant que banque de développement de l'UEMOA, aligne ainsi son portefeuille sur les priorités de la CEDEAO en matière de connectivité.
Des contraintes de financement à surmonter
Malgré cette dynamique, le secteur des infrastructures en Afrique de l'Ouest reste sous-financé. Les 30 milliards FCFA de la BOAD ne couvrent qu'une partie du coût total du tronçon, et le gouvernement ivoirien devra mobiliser d'autres ressources. Par ailleurs, la dette publique de la Côte d'Ivoire, bien que maîtrisée, impose une gestion prudente des emprunts. La BOAD doit elle-même diversifier ses sources de financement : l'opération avec Proparco montre qu'elle recourt à des partenariats avec des institutions bilatérales pour compléter ses fonds propres.
Un précédent qui pourrait faire école
Si ce modèle de financement – prêt souverain combiné à des lignes privées – s'avère efficace, il pourrait être reproduit dans d'autres pays de l'UEMOA. Le Bénin, le Sénégal ou le Burkina Faso ont également des besoins massifs en infrastructures. La double casquette de la BOAD (banque de développement régionale et institution financière de marché) lui permet de jouer un rôle de catalyseur.
Ce prêt de 30 milliards FCFA pour l'autoroute du Nord dépasse le simple cadre d'un projet routier. Il illustre la manière dont la BOAD combine ses instruments pour répondre aux défis de l'intégration régionale, en s'appuyant à la fois sur des ressources souveraines et des partenariats avec des bailleurs européens. Reste à savoir si cette approche permettra d'accélérer la réalisation des grands corridors ouest-africains, alors que les besoins de financement se chiffrent en centaines de milliards de dollars.