Le 8 juillet 2026, la FANAF a adopté le Pacte panafricain de l'assurance inclusive, fixant l'objectif de doubler la pénétration de l'assurance en Afrique d'ici 2040. Invitée des États généraux de l'Assurance pour tous à Cotonou, Evelyne Fassinou, présidente de SUNU Assurances Vie Bénin, a identifié les femmes comme levier clé de ce déverrouillage. Son diagnostic, nourri de quarante années d'expérience dans le secteur ouest-africain, replace l'inclusion féminine au cœur d'une stratégie industrielle rationnelle, loin des approches philanthropiques.

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L'assurance africaine plafonne depuis deux décennies : un taux de pénétration inférieur à 3 % du PIB continental, concentré sur quelques marchés matures. Pour sortir de cette impasse, le Pacte panafricain de l'assurance inclusive, adopté par la Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines (FANAF) le 8 juillet 2026, fixe un cap ambitieux. Mais au-delà des déclarations d'intention, c'est la question du comment qui agite les professionnels du secteur. La réponse, selon Evelyne Fassinou, tient en une évidence longtemps ignorée : la moitié de la population africaine est féminine, et cette moitié reste largement absente des portefeuilles de risques comme des offres commerciales.

Lors des États généraux de l'Assurance pour tous organisés à Cotonou, la dirigeante a résumé sa conviction d'une formule tranchante : les assureurs qui n'écouteront pas les femmes africaines ne vendront tout simplement pas. Son parcours donne du poids à ce propos. Quarante années dans le secteur, dont une vingtaine au sein de groupes internationaux implantés en Côte d'Ivoire, puis douze ans à la tête d'une compagnie qu'elle a fondée avant d'orchestrer sa fusion avec un acteur de référence du marché béninois. L'histoire professionnelle d'Evelyne Fassinou épouse celle de la structuration de l'assurance en Afrique de l'Ouest francophone.

Le plafond de verre de l'assurance africaine

Le taux de pénétration de l'assurance en Afrique de l'Ouest reste structurellement faible, oscillant entre 0,5 % et 2 % du PIB selon les pays. Les réseaux commerciaux traditionnels sont souvent calibrés pour la clientèle salariée masculine des grandes agglomérations, laissant de côté les travailleurs de l'informel, les ruraux et, très majoritairement, les femmes. Or ces dernières portent une part écrasante de l'économie informelle, du commerce de proximité à l'agriculture vivrière. Ignorer ce segment, c'est se priver d'un réservoir colossal de primes potentielles et, surtout, d'un vecteur de résilience pour des millions de ménages.

Evelyne Fassinou défend l'idée que l'assurance des femmes ne relève ni de la philanthropie ni du marketing genré, mais d'un choix industriel rationnel. En concevant des produits adaptés aux réalités des femmes — micro-assurance, cotisations flexibles, canaux digitaux simples — les compagnies peuvent non seulement étendre leur base de clients, mais aussi améliorer leur rentabilité à long terme. Cette approche s'inscrit dans une tendance plus large observée au Bénin et dans l'UEMOA, où les autorités encouragent l'inclusion financière via la digitalisation et la microfinance.

Les femmes comme levier industriel

Le Pacte panafricain de l'assurance inclusive ambitionne de doubler la pénétration de l'assurance d'ici 2040. Pour y parvenir, il faudra aller chercher des segments jusqu'ici hors radar. Les femmes, en particulier, constituent un marché vierge dans de nombreux pays. Le Bénin, avec son tissu dynamique de PME et d'activités informelles dirigées par des femmes, offre un terrain d'expérimentation idéal. Les assureurs locaux, comme SUNU, commencent à développer des produits spécifiques : assurance santé pour les commerçantes, assurance agricole indexée sur les intempéries pour les femmes rurales, assurance vie simple sans frais d'entrée.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte de transformation numérique régionale. Comme le soulignaient plusieurs articles récents sur l'économie numérique ivoirienne, les fintechs et les plateformes mobiles facilitent l'accès aux services financiers. L'assurance inclusive peut bénéficier de cette dynamique, en utilisant le mobile money pour collecter les primes et verser les indemnités. Les femmes, souvent équipées de téléphones portables, sont particulièrement réceptives à ces solutions.

Un défi de conception et de distribution

Reste à surmonter des obstacles concrets : le faible niveau de littératie financière, la méfiance envers les institutions, et la nécessité de former des agents de proximité. Evelyne Fassinou insiste sur l'importance de l'éducation et de la confiance. Les assureurs doivent investir dans la sensibilisation, en s'appuyant sur les réseaux associatifs féminins et les coopératives. La distribution via des canaux non traditionnels, comme les groupements d'achat ou les tontines, pourrait également faire la différence.

Le Bénin, avec ses États généraux de l'Assurance pour tous, montre une volonté politique de structurer le secteur. Mais le chemin est long. Le Pacte panafricain n'est qu'une première étape ; sa mise en œuvre nécessitera des régulateurs, des assureurs et des partenaires au développement. L'appel d'Evelyne Fassinou a le mérite de recentrer le débat sur un levier concret et mesurable.

Alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à diversifier ses sources de financement et à renforcer sa résilience économique, l'assurance inclusive apparaît comme un outil sous-exploité. L'accent mis sur les femmes par Evelyne Fassinou et la FANAF place l'inclusion de genre au cœur de la transformation structurelle du secteur. Reste à savoir si les compagnies sauront saisir cette opportunité, dans un environnement où la concurrence des fintechs et les pressions réglementaires s'intensifient. L'avenir dira si le plafond de verre se brise ou se consolide.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.5% (FMI)