L'éloquente tribune de Mamadou Koné, président de la FANAF, rappelle une anomalie structurelle : l'Afrique abrite 19% de la population mondiale mais ne capte que 1% des primes d'assurance. En Côte d'Ivoire, où l'économie repose largement sur des secteurs vulnérables comme l'agriculture (cajou, cacao) et le commerce informel, ce déficit de protection expose des millions de foyers à des chocs irréversibles. Alors que le pays s'efforce de construire une économie résiliente, l'absence de filets de sécurité assetée compromet les progrès accomplis.
Assurance en Afrique : le talon d’Achille de la résilience économique ivoirienne
L’Afrique abrite 19 % de la population mondiale mais ne capte que 1 % des primes d’assurance. En Côte d’Ivoire, où l’économie repose sur des secteurs vulnérables, ce déficit de protection expose des millions de foyers à des chocs irréversibles.
secteur informel
L’absence de filets de sécurité assurantiels compromet les progrès accomplis
— Mamadou Koné, président de la FANAF, dans une tribune sur la résilience économique ivoirienne
- La commerçante d’Adjamé, dont l’étal est détruit par un incendie, n’a reçu aucune indemnisation.
- Ni l’épargne de précaution ni la solidarité familiale ne suffisent face à des chocs de grande ampleur.
- Les pertes sont définitives et plongent des familles entières dans la précarité.
- En 2025-2026, la sécheresse a frappé les plantations de cajou, sans couverture assurantielle.
Une fragilité systémique ignorée
L'anecdote de la commerçante d'Adjamé, dont l'étal est détruit par un incendie sans aucune indemnisation, illustre une réalité qui touche l'essentiel de l'économie ivoirienne : le secteur informel représente plus de 80% de l'emploi, et ses acteurs évoluent sans aucune protection financière. Ni l'épargne de précaution, ni la solidarité familiale ne suffisent face à des chocs de grande ampleur. Les pertes sont alors définitives, plongeant des familles entières dans la précarité.
Ce phénomène n'est pas propre à la Côte d'Ivoire, mais il y revêt une acuité particulière en raison de la place centrale de l'agriculture de rente. Le pays est le premier producteur mondial de cacao et l'un des leaders de la noix de cajou. Ces filières, exposées aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours mondiaux, ne bénéficient quasiment d'aucune couverture assurantielle. Lorsque la sécheresse frappe les plantations de cajou, comme cela s'est produit en 2025-2026 dans le nord du pays, les producteurs assument seuls les pertes.
L'écart entre discours et réalité
Le gouvernement ivoirien a pourtant affiché des ambitions en matière d'inclusion financière. La Stratégie nationale d'inclusion financière (SNIF) 2021-2025 visait à porter le taux d'inclusion à 65% de la population. Mais l'assurance reste le parent pauvre de ces politiques. Les produits existants (assurance agricole indicielle, micro-assurance vie) peinent à toucher les ruraux et les travailleurs informels. Moins d'un habitant sur mille bénéficie d'une couverture inclusive dans l'espace FANAF, selon Mamadou Koné.
Les raisons sont multiples : faible culture assurantielle, méfiance envers les institutions, coût des primes inadapté aux revenus précaires, absence de distribution capillarisée. Mais au-delà de ces obstacles opérationnels, c'est un problème de vision du développement qui se pose. Un pays qui ne protège pas ses producteurs les plus vulnérables construit son avenir sur des bases fragiles.
Le dérèglement climatique comme accélérateur
Les épisodes climatiques extrêmes se multiplient : inondations à Abidjan en 2025, sécheresse dans le Centre-Nord en 2026. Ces chocs, autrefois exceptionnels, deviennent récurrents. Sans mécanisme d'assurance, leur impact économique se cumule et érode le capital des ménages. Or, les producteurs agricoles sont en première ligne. La campagne de commercialisation de l'anacarde 2026, sur laquelle le préfet de Niakara a appelé à la vigilance, illustre cette précarité permanente.
Vers une prise de conscience régionale ?
La FANAF, qui regroupe les assureurs africains, plaide pour une massification de l'assurance inclusive. Des initiatives existent, comme l'assurance indicielle basée sur des indices météorologiques, qui pourrait protéger les producteurs contre la sécheresse ou les excès de pluie. Mais leur déploiement reste confidentiel. Les partenaires techniques (Banque mondiale, AFD) soutiennent des projets pilotes en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso. L'enjeu est désormais de passer à l'échelle.
La tribune de Mamadou Koné intervient dans un contexte où la Côte d'Ivoire cherche à attirer les investissements et à diversifier son économie. Mais sans un socle de protection sociale minimal, les vulnérabilités structurelles demeurent. L'assurance n'est pas qu'un produit financier : c'est un outil de résilience nationale.
L'alerte de la FANAF dépasse le seul secteur assurantiel. Elle interroge la nature même du développement en Afrique de l'Ouest : peut-on parler de croissance inclusive lorsque les plus fragiles restent exposés sans filet ? La construction d'une économie résiliente passe par la généralisation de la protection sociale, dont l'assurance est une composante clé. Les récents chocs climatiques et économiques rendent cette équation plus pressante que jamais.