Depuis le 11 mai, Brazzaville accueille les travaux préparatoires de la réunion des experts de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) sur la modernisation des systèmes statistiques. Au menu : harmonisation des méthodes, renforcement des capacités et transformation numérique. Si l'initiative concerne d'abord l'Afrique centrale, elle interroge directement les pratiques ouest-africaines, où la qualité des données économiques reste un enjeu crucial pour la gestion des ressources extractives et l'intégration régionale.
Une ambition régionale pour des données fiables
Les six États membres de la Cémac – Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad – ont engagé depuis plusieurs années un programme de réforme statistique baptisé Stat-Cémac, soutenu par le projet Hiswaca (Harmonization and Improvement of Statistics in West and Central Africa) de la Banque mondiale. La réunion technique de Brazzaville vise à faire le point sur les progrès et à préparer les décisions ministérielles.
L'enjeu est de taille : disposer d'indicateurs comparables et fiables pour piloter les politiques publiques, attirer les investissements et respecter les engagements internationaux. En Afrique centrale, comme en Afrique de l'Ouest, les lacunes statistiques chroniques compliquent l'évaluation des performances économiques et la mise en œuvre des réformes.
Leçons pour l'UEMOA face aux défis de la donnée
L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) n'est pas en reste : elle a également développé des programmes d'harmonisation statistique, mais les disparités nationales demeurent. Les récents articles publiés par Cauris.africa sur la production d'or et de pétrole au Nigeria et en Afrique de l'Ouest montrent à quel point des données fiables sont essentielles pour calculer les recettes fiscales, évaluer la contribution des industries extractives au PIB et négocier les contrats miniers.
Sans statistiques robustes, la planification budgétaire et la transparence des revenus restent aléatoires. L'initiative de la Cémac, avec son volet de formation et d'équipement numérique, offre une feuille de route que l'UEMOA pourrait utilement examiner, d'autant que la Banque mondiale apporte un financement et une expertise technique.
La transformation numérique comme accélérateur
Un des points forts du programme Hiswaca est la transformation numérique des outils de collecte et d'analyse. L'utilisation des nouvelles technologies – tablettes, serveurs centralisés, applications de sondage – permet de réduire les délais de production des données et d'améliorer leur précision. Pour les pays ouest-africains, où l'informalité et la dispersion géographique compliquent le travail des instituts nationaux de statistique, cette modernisation pourrait lever des blocages anciens.
La digitalisation des processus statistiques s'inscrit dans une tendance plus large de modernisation de l'administration publique en Afrique. Mais elle exige des investissements et une volonté politique que toutes les capitales n'ont pas encore.
Vers une coopération statistique inter-régionale ?
La réunion de Brazzaville montre que la Cémac accélère le pas. L'UEMOA, de son côté, a déjà harmonisé ses nomenclatures et ses comptes nationaux, mais les écarts de qualité persistent. Une coopération entre les deux communautés économiques régionales pourrait être bénéfique, notamment dans l'échange de bonnes pratiques et le déploiement d'outils communs.
La question des données économiques est devenue stratégique : elle conditionne la crédibilité des États auprès des investisseurs et des partenaires au développement. Alors que l'Afrique de l'Ouest connaît une croissance tirée par les ressources naturelles, l'amélioration de la gouvernance statistique est une priorité.
L'initiative de la Cémac, bien que centrée sur l'Afrique centrale, pose des jalons pour l'ensemble du continent. Pour l'Afrique de l'Ouest, elle rappelle que l'intégration économique ne peut se faire sans une base statistique solide. À l'heure où les pays de l'UEMOA renforcent leur union monétaire et commerciale, la question de la fiabilité des données devient un test de crédibilité régionale.