Lundi 23 juin, le Fonds monétaire international a mis en garde contre les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient pour les pays africains, en particulier via les perturbations des approvisionnements énergétiques et la hausse des coûts. Cette alerte intervient alors que plusieurs États ouest-africains, déjà confrontés à des défis sécuritaires et budgétaires, voient leurs vulnérabilités s’accroître. Le FMI a d’ores et déjà prévu d’élargir ses programmes de soutien à des pays comme le Burkina Faso, la Gambie ou l’Éthiopie.
⚡ Choc énergétique : l'Afrique de l'Ouest sous pression
Le FMI alerte sur les retombées du conflit au Moyen-Orient. La région, déjà fragilisée, subit la hausse des prix du pétrole et des engrais. Voici les canaux de transmission et les pays les plus exposés.
📌 En bref
- Pétrole : les producteurs du Golfe mettront 6 à 7 mois à rétablir leur production, selon Zeine Zeidane (FMI).
- Sahel : Burkina Faso, Mali et Niger subissent inflation importée et insécurité.
- Côtiers : Sénégal et Côte d'Ivoire voient leurs coûts agricoles exploser (engrais).
- FMI : programmes élargis pour le Burkina Faso, la Gambie et l'Éthiopie.
La région traverse une période difficile. Même avec une trêve, les marchés et les chaînes d’approvisionnement auront besoin de temps pour se rétablir.
— Zeine Zeidane, directeur du département Afrique du FMI
Selon Zeine Zeidane, directeur du département Afrique du FMI, la région traverse une période difficile en raison de la guerre au Moyen-Orient. Il a précisé, lors d’une conférence de presse à Washington, que si une trêve est en place, les marchés et les chaînes d’approvisionnement auront besoin de temps pour se rétablir. Les producteurs d’énergie du Golfe pourraient mettre six à sept mois à restaurer leurs niveaux de production et d’exportation, prolongeant ainsi les tensions sur les prix du pétrole et du gaz.
Cette perspective inquiète particulièrement pour l’Afrique de l’Ouest, où la dépendance aux importations de carburants et d’engrais est forte. Les pays sahéliens comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, déjà éprouvés par l’insécurité et une croissance atone, subissent de plein fouet l’inflation importée. Les États côtiers, tels que le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ne sont pas épargnés : leurs secteurs agricoles, gros consommateurs d’engrais, pourraient voir leurs coûts de production augmenter, menaçant la sécurité alimentaire régionale.
L’alerte du FMI intervient dans un contexte déjà tendu pour l’Afrique de l’Ouest. Au Burkina Faso, par exemple, le tribunal de commerce de Ouagadougou a récemment annulé un accord d’achat d’or avec la société franco-canadienne Franco-Nevada, fragilisant les revenus miniers du pays. Parallèlement, les autorités burkinabè négocient un nouveau cadre de coopération avec la Banque africaine de développement pour la période 2027-2031, signe d’une recherche accrue de financements extérieurs. L’onde de choc venue du Moyen-Orient ajoute une incertitude supplémentaire à une équation budgétaire déjà complexe.
Les conséquences macroéconomiques pourraient être significatives. Une hausse durable des prix de l’énergie et des engrais pèse sur les balances commerciales, accroît l’inflation et réduit les marges de manœuvre budgétaires des États. Plusieurs gouvernements ouest-africains, qui avaient déjà sollicité une assistance technique et financière du FMI ces dernières semaines, voient leurs besoins s’amplifier. Le FMI indique qu’il envisage de nouveaux programmes de financement avant la fin de l’année, élargissant le soutien à des pays comme la Gambie, l’Éthiopie et le Burkina Faso, tout en accélérant les discussions avec le Malawi.
Cette annonce marque une évolution notable : alors que les économies ouest-africaines commençaient tout juste à digérer les chocs successifs de la pandémie et de la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient vient raviver les pressions extérieures. Les effets de la trêve en cours pourraient mettre du temps à se matérialiser, comme le souligne Zeidane. Les marchés restent volatils et les chaînes logistiques perturbées, exposant la région à des fluctuations brutales des cours des matières premières.
Au-delà des conséquences immédiates, cette nouvelle alerte met en lumière la vulnérabilité structurelle de l’Afrique de l’Ouest face aux chocs exogènes. La dépendance aux importations énergétiques et aux engrais, couplée à une faible diversification économique, rend la région particulièrement sensible aux crises internationales. Les États membres de la CEDEAO, qui peinent à coordonner leurs politiques économiques, pourraient voir leurs fragilités exacerbées si les tensions au Moyen-Orient persistent.
Cette mise en garde du FMI rappelle que les économies ouest-africaines, malgré des progrès récents, restent à la merci d’un environnement géopolitique instable. La nécessité de renforcer la résilience régionale – via la diversification énergétique, une production locale d’engrais ou une intégration économique plus poussée – devient plus pressante que jamais. Le conflit au Moyen-Orient agit ainsi comme un révélateur des fragilités structurelles d’une Afrique de l’Ouest encore trop dépendante de l’extérieur.