En 2025, le service de la dette a englouti près de 72% des recettes publiques hors dons dans l'UEMOA, selon le FMI. Ce ratio, qui cache des écarts abyssaux entre pays, révèle une contrainte de liquidité majeure pour les États membres. Alors que plusieurs pays avaient entamé des réformes macroéconomiques en 2023-2024, la situation s'est tendue, notamment en raison du recours massif au marché régional des titres publics.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Le rapport sur les politiques communes de la zone UEMOA, publié en juin 2026 par le Fonds monétaire international, dresse un tableau préoccupant de la soutenabilité des finances publiques. En moyenne, 71,9% des recettes publiques hors dons ont été affectés au remboursement de la dette en 2025. Ce chiffre signifie que pour chaque franc CFA perçu par les États, près de 72 centimes sont immédiatement consacrés au paiement du principal et des intérêts, réduisant d'autant la marge de manœuvre pour les dépenses sociales et d'investissement.

Cette moyenne régionale dissimule des réalités très contrastées. À une extrémité, la Guinée-Bissau voit son service de la dette dépasser 210% de ses recettes, une situation intenable qui traduit un endettement excessif à court terme. Le Niger et le Sénégal franchissent également la barre des 100%, ce qui signifie qu'ils empruntent pour rembourser, un cercle vicieux. À l'inverse, le Burkina Faso (33%) et le Bénin (moins de 50%) conservent des ratios plus soutenables, grâce à une gestion budgétaire plus rigoureuse et à un moindre recours au marché régional.

Le marché régional, point de tension central

La cause principale de cette pression est le recours massif des États de l'UEMOA au marché régional des titres publics, géré par l'Agence UMOA-Titres. En 2025, les émissions nettes ont atteint environ 5 000 milliards de francs CFA (8,71 milliards USD), soit près du double des prévisions initiales. Ce financement par des titres à maturités courtes expose les pays à un risque de refinancement élevé : les échéances se succèdent rapidement, forçant les États à émettre de nouveaux titres pour rembourser les précédents, d'où une spirale de la dette.

Cette dynamique intervient dans un contexte où les réformes macroéconomiques engagées depuis 2023, telles que le resserrement monétaire et la rationalisation des dépenses, peinent à produire leurs effets. Par ailleurs, le Ghana voisin, bien qu'en dehors de l'UEMOA, a conclu en mai 2026 son programme de sauvetage du FMI, indiquant une possible amélioration de la confiance dans la sous-région. Mais l'impact immédiat pour l'UEMOA reste limité.

Des perspectives contrastées pour 2026

Les premiers mois de 2026 suggèrent une légère décrue du ratio moyen, selon les sources informelles. Cependant, la dépendance au marché régional demeure le principal point de vigilance. Les projets d'infrastructure comme le WAPP (programme d'interconnexion électrique de 4 000 km en Afrique de l'Ouest) nécessitent des financements longs, que le marché régional ne peut fournir qu'à des conditions risquées. Par ailleurs, l'initiative de la Banque mondiale visant à renforcer le financement en devise locale au sein de l'UEMOA, annoncée en mai 2026, pourrait à terme réduire la pression, mais ses effets concrets ne se feront sentir qu'à moyen terme.

En parallèle, les disparités entre pays s'accentuent. Les pays les plus endettés (Guinée-Bissau, Niger, Sénégal) pourraient devoir solliciter des rééchelonnements ou des appuis budgétaires d'urgence. À l'inverse, le Burkina Faso et le Bénin disposent d'une marge de manœuvre pour investir davantage. Cette hétérogénéité complique l'harmonisation des politiques monétaires et budgétaires au sein de l'UEMOA.

La situation de la dette dans l'UEMOA illustre les fragilités structurelles d'une zone monétaire où les États sont contraints de se financer à court terme sur un marché régional encore immature. Au-delà des chiffres, c'est la capacité de la région à financer sa transformation économique, notamment dans l'énergie et les infrastructures, qui est en jeu. La question qui se pose désormais est de savoir si les réformes en cours et les nouvelles initiatives de financement en devises locales parviendront à inverser la tendance avant que la spirale ne devienne irréversible.