La Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a rendu public le 7 juillet 2026 l'édition 2026 de son rapport West African Development Outlook (WADO), intitulé « Turbulences lointaines, chocs familiers ». Ce document dresse un constat en demi-teinte : si la région a abordé 2026 avec des positions budgétaires et extérieures renforcées, la pauvreté des travailleurs s'est aggravée et des risques majeurs menacent les progrès récents. Le rapport intervient dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les chaînes d'approvisionnement.

Infographie — Or · Production

Un redressement macroéconomique inégal

En 2025, la croissance régionale a atteint 4,8 %, tandis que l'inflation a nettement reculé. La BIDC salue ce « redressement macroéconomique remarquable », porté notamment par une meilleure tenue des finances publiques et une certaine stabilisation des prix des matières premières. Cependant, ces moyennes cachent des disparités : pendant que la Côte d'Ivoire et le Sénégal affichaient des performances solides, d'autres pays comme le Mali, membre de l'Alliance des États du Sahel (AES), peinent à suivre le rythme. Ce contraste, déjà relevé dans un rapport de mai 2026, se confirme.

Le paradoxe de la pauvreté au travail

Le point le plus frappant du rapport est l'aggravation de la pauvreté parmi les travailleurs dans l'ensemble des pays ouest-africains, malgré la croissance. « Ces bons résultats n'ont pas été inclusifs », résument les experts de la BIDC. Ce constat rappelle que la reprise macroéconomique ne bénéficie pas à tous, et que les vulnérabilités sociales restent profondes. Dans ce contexte, les risques identifiés - dérapages budgétaires, insécurité alimentaire, pressions sur les taux de change, coupures d'électricité et reprise de l'inflation - pourraient compromettre les acquis.

Un contexte géopolitique porteur de surprises

Le rapport note un effet inattendu des tensions au Moyen-Orient : le conflit Iran-USA a stimulé le commerce intrarégional, notamment en carburants, engrais et denrées alimentaires, tiré par le Nigeria. « L'essor des échanges régionaux ouvre une voie puissante pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la résilience », analyse la BIDC. Cette dynamique, couplée à la fin du programme FMI au Ghana en mai 2026, et à la révision à la hausse de la note du Nigeria par S&P, dessine un paysage contrasté.

Alors que la région semble avoir surmonté le choc inflationniste de 2023-2024, les défis structurels demeurent. La BIDC invite à renforcer les capacités régionales de production pour consolider les acquis. Mais la question centrale reste de savoir comment rendre la croissance plus inclusive, alors que les tensions mondiales continuent de tester la résilience ouest-africaine.