Fin juillet 2026, des dizaines de milliers de jeunes Marocains ont tenté de rejoindre à la nage l'enclave espagnole de Ceuta. Leur geste désespéré contraste avec des indicateurs macroéconomiques flatteurs : 4,9 % de croissance en 2025, des IDE en hausse de 74,3 %, une inflation à 0,8 %. Ce paradoxe d'une croissance qui ne crée pas d'emplois qualifiés n'est pas propre au Maroc ; il interroge directement les économies de la CEDEAO et de l'UEMOA, où la même dynamique se profile.

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L'image de ces jeunes Marocains se jetant à l'eau pour fuir un pays dont les fondamentaux économiques s'améliorent résume un malaise profond. Othman, 27 ans, titulaire d'un master en économie et finance, gagnait 4 000 dirhams (environ 370 000 FCFA) par mois comme téléconseiller à Casablanca, un salaire qui ne lui laissait rien après son loyer. Serveur ensuite pour 3 500 dirhams, il reste dépendant de sa famille. Son histoire, rapportée par Le Monde Afrique et RFI, illustre le décalage entre la formation et l'emploi : plus de 43 % des diplômés du supérieur âgés de 25 à 34 ans occupent un poste inférieur à leur qualification au Maroc.

Ce paradoxe n'est pas isolé. Dans toute l'Afrique de l'Ouest, la croissance économique, souvent portée par les matières premières et les services, ne parvient pas à absorber une jeunesse de plus en plus diplômée. La Côte d'Ivoire, qui affiche des taux de croissance parmi les plus élevés du continent (autour de 7 % ces dernières années), connaît un chômage des jeunes urbains qui reste préoccupant malgré les investissements dans les infrastructures. Le Sénégal, avec ses ambitions pétrolières et gazières, fait face à une attente massive d'emplois de la part d'une population jeune, tandis que les créations d'emplois formels restent limitées. L'économie Sénégal croissance 19 août 2026 montre des signes positifs, mais la question de la répartition des bénéfices demeure.

La situation marocaine éclaire un mécanisme commun : la croissance est tirée par des secteurs à forte intensité capitalistique (phosphates, automobile, tourisme) qui créent peu d'emplois pour les diplômés. Les investissements directs étrangers, s'ils augmentent les capacités de production, s'intègrent souvent mal à l'économie locale, en particulier aux PME. Le tissu économique peinent à offrir des postes correspondant aux qualifications, ce qui pousse les jeunes vers l'informel ou l'émigration.

En Afrique de l'Ouest, le phénomène est amplifié par la démographie : plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. L'économie Côte d'Ivoire croissance 19 août 2026, portée par le cacao et l'énergie, attire des capitaux, mais la transformation locale reste faible. La CEDEAO économie intégration régionale pourrait être un levier pour mutualiser les chaînes de valeur et créer des emplois, mais les barrières tarifaires et non tarifaires persistent, limitant les effets d'entraînement.

Au Sénégal, le gouvernement a lancé des programmes comme le Plan Sénégal émergent, mais les jeunes diplômés peinent à trouver des débouchés. La nomination récente de Babacar Touré à la tête de la Direction générale de la dette publique, rapportée par nos confrères, montre une volonté de mieux gérer les finances, mais cela ne crée pas directement d'emplois. L'économie Sénégal actualité 19 août 2026 est marquée par des débats sur la souveraineté économique et la nécessité de diversifier l'économie.

Le paradoxe marocain doit alerter les décideurs de la région. Les indicateurs macroéconomiques ne suffisent pas à mesurer le bien-être des populations. La croissance doit être inclusive, c'est-à-dire créer des emplois décents pour les jeunes. Cela passe par un soutien accru aux PME, une meilleure adéquation entre formation et marché du travail, et des politiques sectorielles ciblées. Les investissements étrangers doivent être négociés pour maximiser les retombées locales, en termes d'emplois et de transferts de compétences.

L'intégration régionale, via la CEDEAO et l'UEMOA, pourrait jouer un rôle crucial en facilitant la mobilité des travailleurs et des capitaux. Mais elle doit s'accompagner de politiques industrielles communes pour créer des chaînes de valeur régionales, notamment dans l'agroalimentaire, le textile et les services numériques. La jeunesse ouest-africaine, comme celle du Maroc, aspire à un avenir meilleur, et la croissance seule ne suffira pas à la retenir.

Au-delà du Maroc, c'est toute la question du modèle de développement de l'Afrique de l'Ouest qui est posée. La croissance tirée par les exportations de matières premières et les IDE, sans transformation locale ni création d'emplois qualifiés, risque de nourrir un sentiment d'exclusion et de pousser les jeunes à l'exil. La CEDEAO et l'UEMOA disposent d'atouts considérables – démographie, ressources, marché régional – mais ils ne seront pleinement exploités que si les politiques économiques privilégient l'emploi des jeunes. L'exemple marocain montre que les indicateurs macroéconomiques flatteurs peuvent masquer une réalité sociale douloureuse. Il est temps de repenser les priorités.