L’Africa Investment Forum (AFIS) 2026, qui se tient en Angola, marque un tournant stratégique en ciblant l’Afrique australe comme moteur d’intégration. Pour l’Afrique de l’Ouest, cette orientation questionne la capacité de la CEDEAO à peser dans les grands équilibres continentaux, alors que des initiatives régionales comme le hub logistique de Lomé ou la formation d’ingénieurs autour du barrage de Souapiti témoignent d’une montée en puissance locale. Le choix de Luanda n’est pas anodin : il révèle une volonté de connecter les blocs régionaux au-delà des clivages linguistiques et historiques.

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Un déplacement du centre de gravité économique

L’AFIS 2026, qui se déroule en Angola, rompt avec une tradition qui privilégiait les grandes économies d’Afrique de l’Ouest ou de l’Est pour ces rendez-vous continentaux. En choisissant Luanda, les organisateurs misent sur l’émergence de l’Angola comme plaque tournante énergétique et minière en Afrique australe. Mais ce choix est aussi un signal : l’intégration africaine ne peut plus se limiter aux anciens corridors coloniaux, elle doit inclure des États lusophones et des zones moins intégrées. Pour la CEDEAO, qui a longtemps porté l’étendard de l’intégration régionale, c’est un rappel que son poids relatif pourrait s’éroder si elle ne parvient pas à s’ouvrir davantage aux autres régions.

Les atouts ouest-africains : des infrastructures en maturation

Pourtant, l’Afrique de l’Ouest n’est pas en reste. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, s’affirme comme un hub logistique incontournable pour l’ensemble de la sous-région et au-delà. Sa capacité à capter des flux en provenance des pays sahéliens en fait un maillon essentiel de toute chaîne d’approvisionnement continentale. Parallèlement, la formation d’ingénieurs lancée autour du barrage de Souapiti en Guinée, comme le rappelle un récent programme, illustre une volonté de maîtriser les technologies hydroélectriques et de créer un vivier de compétences locales. Ces initiatives, bien que centrées sur l’ouest, pourraient servir de modèles pour l’Angola et d’autres pays.

Des défis énergétiques et financiers communs

L’AFIS 2026 mettra sans doute en lumière les défis que partagent les deux régions. Au Togo, les centrales thermiques occupent encore une place prépondérante dans le mix énergétique, malgré la montée des renouvelables. Cette dépendance aux combustibles fossiles n’est pas sans rappeler la situation angolaise, où le pétrole domine. Les échanges d’expertise sur la transition énergétique pourraient être un axe fort du forum. Par ailleurs, la BOAD, la banque régionale ouest-africaine, pourrait jouer un rôle de catalyseur pour financer des projets transrégionaux, en lien avec ses homologues austraux.

Le pacte d’avenir de la CEDEAO : une réponse à la nouvelle donne

La récente annonce d’un « Pacte d’avenir » en six piliers par la CEDEAO témoigne d’une prise de conscience : l’intégration régionale doit se réinventer pour rester pertinente dans une Afrique qui se connecte. Ce pacte, qui met l’accent sur la paix, la sécurité et le développement économique, pourrait être le cadre idéal pour que les pays ouest-africains présentent une position commune à l’AFIS 2026. Il ne s’agit plus seulement de renforcer les liens intra-régionaux, mais de s’ouvrir vers l’extérieur, en particulier vers l’Angola et l’Afrique australe.

Convergence ou concurrence ?

L’AFIS 2026 pourrait marquer le début d’une nouvelle ère de coopération entre blocs. L’Angola, de par sa taille et ses ressources, est un partenaire naturel pour l’Afrique de l’Ouest, mais aussi un concurrent potentiel dans certains secteurs (pétrole, mines). Le défi pour la CEDEAO sera d’éviter une marginalisation tout en capitalisant sur ses atouts logistiques, énergétiques et humains. Le forum de Luanda offre une occasion unique de tester la solidarité continentale, au-delà des logiques de voisinage.

Alors que l’AFIS 2026 s’apprête à se tenir en Angola, l’Afrique de l’Ouest se trouve à un carrefour. Ses progrès en matière d’infrastructures et de formation constituent des atouts indéniables, mais la montée en puissance d’autres pôles régionaux l’oblige à repenser sa stratégie d’intégration. Le succès de cette édition dépendra autant de la capacité des participants à dépasser les clivages historiques que de la volonté des États ouest-africains de s’inscrire dans une dynamique véritablement panafricaine.