Le 4 juin, Abidjan a accueilli les responsables du programme INTERREG MAC, un mécanisme de coopération transnationale financé par l'Union européenne. La Côte d'Ivoire y a obtenu un volume d'investissements supérieur à 25 millions d'euros (16,39 milliards FCFA) pour financer des projets dans dix domaines prioritaires. Cette annonce, officialisée ce 11 juin, intervient dans un contexte où le pays cherche à diversifier ses partenariats et à accélérer sa transformation structurelle, tout en renforçant son intégration régionale au sein de l'UEMOA et de la CEDEAO.

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Un financement ancré dans la stratégie de transformation ivoirienne

Des secteurs clés pour une croissance durable

Les projets retenus couvrent des domaines stratégiques pour le développement de la Côte d'Ivoire : compétitivité des PME, transformation numérique, économie circulaire, agriculture durable, sécurité alimentaire, technologies marines, mobilité et adaptation aux changements climatiques. Ces secteurs sont au cœur du Plan national de développement (PND) 2021-2025 et de la vision 2030 du pays. En orientant les financements vers ces thématiques, l'UE accompagne les priorités ivoiriennes tout en imposant une logique de durabilité et d'innovation. Le choix de l'économie circulaire et de l'agriculture durable, par exemple, répond à des enjeux mondiaux de transition écologique, mais aussi à des besoins locaux de résilience face aux aléas climatiques.

Un dispositif de coopération transnationale

INTERREG MAC est un programme de coopération entre les régions ultrapériphériques de l'UE (Canaries, Açores, Madère) et plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Sur les 34 projets retenus lors du premier appel à projets, dix incluent des partenaires ivoiriens, auxquels s'ajoute le projet stratégique ATLANTE. Cette présence significative témoigne de la reconnaissance de la Côte d'Ivoire comme acteur clé dans l'espace atlantique. Le programme favorise le transfert de technologies, le renforcement des capacités institutionnelles et la création de réseaux d'affaires entre les deux rives. Pour Abidjan, c'est une opportunité d'accéder à des expertises européennes tout en ouvrant ses entreprises à de nouveaux marchés.

Une intégration régionale en mouvement

Contexte régional et géopolitique

Cette annonce survient alors que plusieurs pays ouest-africains cherchent à consolider leur assise économique. Le Ghana a récemment officialisé sa sortie du programme de Facilité élargie de crédit du FMI, signe d'une reprise fragile. De son côté, le Sénégal mise sur le tourisme pour diversifier son économie, tandis que la Côte d'Ivoire s'impose comme une destination privilégiée pour les investisseurs, comme l'a souligné le Premier ministre Beugré Mambé lors de l'Africa CEO Forum à Kigali en mai. Dans ce paysage, le pays joue la carte de la stabilité politique et de la croissance soutenue (environ 7% par an) pour attirer des financements multilatéraux et bilatéraux. L'UE, avec ce programme, renforce sa présence dans la région, face à la montée en puissance de la Chine et de la Turquie.

Vers une autonomie financière accrue?

L'obtention de ces 25 millions d'euros s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources de financement. La Côte d'Ivoire a multiplié les partenariats : avec la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, mais aussi des fonds souverains et des institutions européennes. Cette approche vise à réduire la dépendance vis-à-vis d'un seul bailleur et à négocier des conditions plus favorables. Toutefois, elle impose une capacité d'absorption et de coordination élevée. La gestion de dix projets simultanés, dans des secteurs variés, nécessite une administration efficace et une coordination interministérielle. Le gouvernement ivoirien, conscient de ces défis, a mis en place des unités de gestion de projets au sein des ministères concernés.

Une opportunité pour le secteur privé

Au-delà des aspects institutionnels, le programme INTERREG MAC ouvre des perspectives concrètes pour les PME ivoiriennes. Les projets de transformation numérique et d'économie circulaire visent à améliorer la compétitivité des entreprises locales, en leur donnant accès à des technologies et à des marchés européens. Les technologies marines, quant à elles, pourraient dynamiser le secteur de la pêche et de l'aquaculture, encore peu exploité. Pour les entrepreneurs ivoiriens, c'est une chance de s'intégrer dans des chaînes de valeur régionales et internationales, à condition de répondre aux normes de qualité exigées par l'UE.

Cette injection de 25 millions d'euros illustre la volonté de l'UE de renforcer ses liens avec l'Afrique de l'Ouest, dans un contexte de compétition géopolitique accrue. Pour la Côte d'Ivoire, elle confirme son statut de hub régional et sa capacité à mobiliser des financements diversifiés. Reste à savoir si cette manne financière se traduira par des transformations durables sur le terrain, ou si elle demeurera un simple ajout à la liste des engagements internationaux. La réponse dépendra de la mise en œuvre effective des projets et de l'implication des acteurs locaux.