La Confédération générale des entreprises du Maroc a déployé une délégation de 261 dirigeants à Abidjan pour les assises du financement du Plan national de développement 2026-2030 de la Côte d'Ivoire. Cette présence massive, couvrant agroalimentaire, numérique, finance et infrastructures, témoigne d'un intérêt stratégique accru du Royaume chérifien pour l'économie ivoirienne. Elle s'inscrit dans une recomposition des alliances économiques en Afrique de l'Ouest, où la Côte d'Ivoire cherche à diversifier ses partenaires au-delà des traditionnels bailleurs de fonds.
🇲🇦 Maroc – 🇨🇮 Côte d'Ivoire
261 dirigeants marocains à Abidjan pour le PND 2026-2030 : un signal fort de la diplomatie économique.
Acteurs & relations
Secteurs prioritaires du PND
Contexte macro & stratégie
Recomposition des alliances : La Côte d'Ivoire diversifie ses partenaires au-delà des bailleurs traditionnels. La présence massive du patronat marocain (261 dirigeants) illustre un pivot stratégique vers le secteur privé et les investissements directs.
Un signal fort de la diplomatie économique marocaine
La tenue des assises du Groupe consultatif pour le financement du Plan national de développement 2026-2030 (PND 26-30) a offert un théâtre inédit à la diplomatie économique marocaine en Côte d'Ivoire. Avec une centaine d'entreprises représentées, la CGEM a envoyé un signal clair : le Royaume entend jouer un rôle de premier plan dans la transformation structurelle de l'économie ivoirienne. Cette mobilisation, orchestrée par l'ambassadeur Othman El Ferdaous, intervient après des mois de prospection active, notamment lors des Industry Meeting Days de Casablanca en juin.
Les secteurs visés reflètent les priorités du PND : agroalimentaire, économie verte, pharmaceutique, immobilier, construction, éducation, finance, digital et sport. Le patronat marocain ne se contente pas d'une simple présence symbolique : il cible des projets concrets, dont le TGV Abidjan-Yamoussoukro estimé à 5 milliards d'euros et la création de zones logistiques et industrielles pour 2 milliards d'euros. Ces investissements s'ajoutent aux engagements déjà pris par le Maroc dans le cadre de la coopération Sud-Sud.
La Côte d'Ivoire à la croisée des financements
Ce déploiement marocain intervient dans un contexte où la Côte d'Ivoire cherche à sécuriser les ressources nécessaires pour son PND 2026-2030, évalué à plusieurs dizaines de milliards d'euros. Alors que le Ghana vient de boucler son programme avec le FMI en mai 2026, Abidjan mise sur une combinaison de fonds publics, privés et de partenariats internationaux pour maintenir sa dynamique de croissance.
La présence massive du secteur privé marocain constitue un signal de confiance dans la stabilité macroéconomique ivoirienne. Elle intervient après les appels lancés par le Premier ministre Beugré Mambé lors de l'Africa CEO Forum de Kigali en mai, où il avait invité les opérateurs économiques à faire de la Côte d'Ivoire une destination privilégiée. Cette continuité dans le discours et l'action montre une stratégie cohérente de séduction des investisseurs.
Une concurrence régionale apaisée ?
Le rôle croissant du Maroc en Côte d'Ivoire n'est pas neutre dans le jeu des puissances régionales. Alors que la Côte d'Ivoire et le Ghana sont souvent présentés comme rivaux pour attirer les capitaux, le partenariat avec le Maroc offre à Abidjan une alternative aux financements traditionnels européens ou chinois. De son côté, le Maroc, qui a renforcé sa présence en Afrique subsaharienne, trouve en Côte d'Ivoire un tremplin pour ses entreprises dans l'UEMOA et la CEDEAO.
Cette dynamique s'ajoute aux initiatives ivoiriennes dans le numérique, comme le salon des téléphones et applications mobiles d'Abidjan en mai, confirmant l'ambition de structurer une filière mobile. Le digital est également un des secteurs clés ciblés par les investisseurs marocains, notamment dans la fintech et l'e-éducation.
Des défis structurels à surmonter
Malgré cet engouement, des freins subsistent. Le répertoire touristique et culturel du Sénégal, publié en mai, pointait les difficultés de promotion à l'international dans le secteur touristique, un problème que partagent plusieurs pays de la région. La Côte d'Ivoire, malgré ses atouts, doit améliorer son environnement des affaires pour transformer les intentions en réalisations. Les questions de gouvernance, de transparence et de facilitation administrative restent cruciales pour attirer des investissements à long terme.
Par ailleurs, le contexte sécuritaire régional, marqué par des menaces terroristes et des tensions politiques, pourrait refroidir certains investisseurs. La Côte d'Ivoire bénéficie pour l'instant d'une stabilité relative, mais la prudence reste de mise.
La mobilisation marocaine autour du PND 2026-2030 illustre une recomposition des flux d'investissement en Afrique de l'Ouest, où les acteurs privés sud-sud prennent une place croissante. Elle pose la question de la capacité de la Côte d'Ivoire à absorber ces capitaux tout en maintenant une croissance inclusive et durable. À l'heure où le Ghana sort de son programme FMI et où le Sénégal cherche à relancer son tourisme, le pari ivoirien d'une diversification des partenaires pourrait servir de modèle régional.