Les données commerciales récentes révèlent une divergence structurelle entre la CEMAC et l'UEMOA dans leurs échanges avec la Chine. Les producteurs d'hydrocarbures d'Afrique centrale affichent un excédent, pendant que l'Union ouest-africaine subit une dépendance persistante aux produits manufacturés chinois. Ce déséquilibre s'inscrit dans un contexte où la BCEAO a injecté 6 625 milliards FCFA en juin 2026 pour soutenir une économie régionale sous tension.

Infographie — CEDEAO · Commerce

Un clivage qui ne se réduit pas

La photographie des échanges avec Pékin oppose nettement les deux unions monétaires de la zone franc. Côté CEMAC, le Congo, le Gabon, le Tchad et la Guinée équatoriale bénéficient d'un avantage déterminant grâce à leurs ventes de pétrole et de gaz. Ces volumes suffisent à faire basculer la balance bilatérale en excédent, même si le Cameroun et la République centrafricaine, plus faiblement dotés en ressources extractives, présentent un profil importateur. Ce contraste interne montre que la rente pétrolière reste le principal déterminant de la position commerciale.

Dans l'UEMOA, la situation est inverse. La plupart des économies combinent une base exportatrice étroite et une forte propension à acheter des produits manufacturés chinois. L'Asie est devenue la première origine des importations de l'Union depuis 2022, la Chine en tête. Cette dépendance n'est pas nouvelle, mais elle s'est accentuée dans un contexte de renforcement des chaînes de valeur asiatiques et de ralentissement des exportations ouest-africaines de matières premières agricoles.

La liquidité ne suffit pas

L'injection de 6 625 milliards FCFA par la BCEAO en juin 2026, bien que massive, ne traite pas le mal structurel. Elle soutient la trésorerie des banques et l'activité économique à court terme, mais ne modifie pas la donne commerciale. Ce contraste entre une réponse monétaire et un défi structurel illustre les limites des outils classiques face à une spécialisation économique héritée de décennies d'extraversion.

Le Niger pourrait amorcer une inflexion. Le développement de sa production pétrolière, qui a modifié son profil exportateur, offre un premier contrepoids au schéma dominant. Cependant, les volumes restent modestes et les infrastructures de transport, notamment les oléoducs, conditionnent leur commercialisation. Il est encore trop tôt pour mesurer l'effet d'entraînement sur la balance commerciale agrégée de l'UEMOA.

Au-delà des chiffres, ce clivage reflète deux modes d'intégration distincts à l'économie chinoise. L'un s'appuie sur les ressources extractives, l'autre sur la consommation de biens manufacturés. La zone franc, unifiée par un mécanisme de change commun, peine à émerger comme un espace économique cohérent. Les disparités internes posent la question de la pertinence d'une politique commerciale commune face à un partenaire aussi dominant.

La dépréciation du franc CFA face au yuan, conséquence de l'ancrage à l'euro, aurait pu renchérir les importations chinoises, mais elle n'a pas suffi à rééquilibrer les échanges. La compétitivité-prix ne compense pas le manque de tissu industriel local. Les économies ouest-africaines restent prisonnières d'un modèle où elles exportent des produits primaires et importent des biens à plus forte valeur ajoutée, un schéma classique mais particulièrement marqué avec la Chine.

Cette asymétrie n'est pas figée. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) pourrait, à terme, offrir des débouchés alternatifs et réduire la dépendance à l'égard de Pékin. Les investissements chinois dans les infrastructures et les industries locales, s'ils se matérialisent, pourraient aussi transformer la relation commerciale. Mais ces évolutions prendront du temps. Pour l'heure, le fossé entre la CEMAC et l'UEMOA rappelle que la convergence monétaire ne garantit pas la convergence économique.

Ce clivage interroge la capacité des deux unions à s'insérer durablement dans les recompositions du commerce mondial. Alors que la Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques et à écouler ses excédents industriels, les pays de la zone franc, qu'ils soient pétroliers ou importateurs, restent en première ligne de cette relation asymétrique. L'avenir dira si les nouvelles routes de la soie, la ZLECAF et les ressources propres de l'Afrique de l'Ouest dessineront un autre équilibre.