La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a présenté les 20 et 21 juillet 2026 à Dakar sa feuille de route pour connecter la plateforme instantanée PI-SPI au système régional de la CEDEAO (EPSS) et au projet panafricain PAPS. Cette annonce, faite en marge d’un séminaire de formation pour journalistes économiques, s’inscrit dans une stratégie visant à réduire les frictions dans les paiements transfrontaliers et à diminuer la dépendance aux circuits de change extra-africains. Elle intervient dans un contexte où l’intégration commerciale sous l’égide de la ZLECAf exige des infrastructures financières performantes.

Infographie — CEDEAO · Commerce

Une feuille de route pour l’interopérabilité

Massi Lawson, directeur adjoint des Systèmes et Moyens de Paiement de la BCEAO, a confirmé l’engagement de l’institution dans le projet EPSS (ECOWAS Payment and Settlement System) piloté par la Commission de la CEDEAO. Le plan vise à faire de l’EPSS l’infrastructure régionale de référence pour les règlements intra-communautaires, en s’appuyant sur la PI-SPI (Plateforme Interopérable de Système de Paiement Instantané), déjà opérationnelle dans l’UEMOA. Une phase pilote d’intégration avec le système panafricain PAPS (Pan-African Payment and Settlement System) est également en préparation, en collaboration avec plus de 80 banques commerciales de la zone.

Les leviers techniques et institutionnels

La BCEAO capitalise sur son expérience d’opérateur de systèmes majeurs comme STAR-UEMOA (paiements de gros montants) et SICA-UEMOA (compensation automatisée). Elle supervise également SAGETIL-UEMOA et soutient le développement de la PI-SPI, qui permet déjà des transferts instantanés entre les pays de l’UEMOA. Le raccordement à l’EPSS et au PAPS élargira ce périmètre à l’ensemble de la CEDEAO puis au continent, conformément aux objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Les enjeux pour les acteurs économiques

La fragmentation des systèmes de paiement freine le commerce intra-régional, qui ne représente qu’environ 12% des échanges en Afrique de l’Ouest. L’interopérabilité réduirait les coûts de transaction, accélérerait les transferts et limiterait le recours aux devises étrangères comme le dollar ou l’euro. Pour les PME et les commerçants transfrontaliers, c’est la promesse de règlements plus rapides et moins chers. Les banques commerciales, déjà impliquées dans la phase pilote, devraient bénéficier d’une meilleure gestion de la liquidité et de nouveaux flux.

Un calendrier contraint par la dynamique régionale

Les travaux en cours portent notamment sur la définition des critères d’hébergement des composants de la plateforme EPSS et l’évaluation des candidatures des banques centrales de la région souhaitant accueillir l’infrastructure. La BCEAO, en tant que plus grande banque centrale de la CEDEAO, est bien placée pour jouer un rôle moteur. Mais le projet bute sur des obstacles politiques et techniques : harmonisation des réglementations, souveraineté monétaire, et coordination entre les huit pays de l’UEMOA et les autres États de la CEDEAO, dont le Nigeria, le Ghana ou la Côte d’Ivoire, qui ont leurs propres systèmes.

Évolution récente : de la consolidation à l’ouverture

Les annonces de juillet 2026 marquent une accélération par rapport aux mois précédents. En juin, la BCEAO publiait des comptes contrastés, avec un résultat net en recul, et les discussions portaient surtout sur le franc CFA et les réformes internes. Désormais, l’institution se positionne comme un acteur central de l’intégration régionale des paiements. Ce virage s’explique par la pression de la ZLECAf, qui exige des infrastructures concrètes pour stimuler les échanges, et par la volonté des États de réduire leur dépendance aux systèmes occidentaux (SWIFT, Visa, Mastercard). Le Sénégal, qui accueille le séminaire, est particulièrement actif dans ce domaine, avec la nomination récente d’Al Aminou Lô à la tête d’une institution clé, et la tournée diplomatique de Romuald Wadagni pour promouvoir l’intégration financière.

Au-delà de la technique, cette feuille de route révèle une ambition politique : construire une souveraineté financière régionale par l’interopérabilité des systèmes de paiement. Si la BCEAO réussit à connecter PI-SPI, EPSS et PAPS, elle offrirait à l’Afrique de l’Ouest un avantage concurrentiel dans la mise en œuvre de la ZLECAf. Reste à savoir si les autres banques centrales de la CEDEAO suivront le même tempo, et si les résistances politiques et commerciales pourront être surmontées. L’issue de ce chantier dira si l’intégration régionale progresse par les paiements plus que par les monnaies.