La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) accélère la transformation de ses systèmes de paiement. Fin juillet 2026, elle a confirmé sa participation au projet EPSS de la CEDEAO et préparé une phase pilote du système panafricain PAPS. Ces initiatives, dévoilées lors d’un séminaire à Dakar, marquent une inflexion majeure dans la stratégie monétaire de l’Union, deux mois après que le Togo a levé 27,5 milliards FCFA sur le marché régional et que le Bénin a renforcé le statut du franc CFA.
Paiements numériques : levier d’intégration régionale et continentale
La BCEAO accélère la transformation de ses systèmes de paiement. Deux chantiers prioritaires : l’intégration au système régional EPSS (CEDEAO) et l’adhésion au système panafricain PAPS.
Trois chantiers clés
“La digitalisation financière devient un enjeu de souveraineté économique.”
La modernisation des infrastructures de paiement est devenue un axe central de la politique monétaire de la BCEAO. Lors d’un séminaire organisé à Dakar les 20 et 21 juillet 2026, Massi Lawson, adjoint au directeur des Systèmes et moyens de paiement, a détaillé les deux chantiers prioritaires : l’intégration au système régional EPSS (ECOWAS Payment and Settlement System) et l’adhésion au système panafricain PAPS (Pan-African Payment and Settlement System). Ces projets visent à fluidifier les transactions transfrontalières et à réduire les coûts, dans un contexte où la digitalisation financière devient un enjeu de souveraineté économique.
L’EPSS : un socle pour l’union monétaire de la CEDEAO
Le projet EPSS, porté par la CEDEAO, a pour ambition d’harmoniser le cadre juridique des paiements entre les quinze États membres. La BCEAO, en tant que banque centrale de l’UMOA, participe activement à la définition des critères d’hébergement de la plateforme. L’évaluation des candidatures des banques centrales pour accueillir cette infrastructure est en cours, ce qui souligne les arbitrages politiques et techniques qui sous-tendent la construction d’un espace financier unifié. Cette démarche s’inscrit dans la feuille de route de la monnaie unique de la CEDEAO, dont le lancement a été plusieurs fois repoussé. En renforçant l’interopérabilité des systèmes de paiement, la BCEAO pose les bases concrètes de l’intégration monétaire, au-delà des déclarations politiques.
Une phase pilote pour le PAPS
Parallèlement, la BCEAO prépare l’intégration au PAPS, le système panafricain développé dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Une phase pilote de six mois est prévue, associant plus de 80 banques commerciales de l’Union. L’objectif est d’évaluer la conformité du système avec les règles de l’UMOA, notamment en matière de relations financières extérieures. Cette prudence témoigne des craintes que le PAPS puisse contourner les mécanismes de contrôle des changes liés au franc CFA, dont la parité fixe avec l’euro est garantie par le Trésor français. L’enjeu est donc double : profiter des opportunités du commerce intra-africain tout en préservant la stabilité monétaire.
Le calendrier n’est pas anodin. En mai 2026, le Togo a levé 27,5 milliards FCFA sur le marché financier de l’UEMOA via des obligations assimilables du Trésor, signe d’une liquidité abondante dans la zone. Le même mois, le Bénin a criminalisé le refus de billets froissés, renforçant la confiance dans la monnaie physique. Ces deux faits illustrent un double mouvement : consolidation du franc CFA comme instrument de transaction et nécessité d’adapter l’infrastructure financière aux mutations technologiques.
Les défis de la souveraineté numérique
L’adhésion au PAPS pose la question de la compatibilité avec les règles de l’UMOA, qui imposent des contraintes sur les sorties de capitaux. La BCEAO doit garantir que le système panafricain ne devienne pas une porte dérobée pour des fuites de devises. À l’inverse, ne pas y adhérer risquerait d’isoler l’UMOA dans un continent où les paiements numériques progressent rapidement. Le choix de la phase pilote reflète donc une approche pragmatique : tester sans s’engager définitivement.
Sur le plan géopolitique, ces projets s’inscrivent dans une compétition entre modèles de paiement. L’Union africaine promeut le PAPS comme un outil de désintermédiation du dollar et de l’euro, tandis que la CEDEAO avance sur un système régional. La BCEAO, en jouant sur les deux tableaux, cherche à maintenir sa marge de manœuvre. Cette double intégration pourrait à terme modifier l’architecture financière de l’Afrique de l’Ouest, en rapprochant les pays francophones de leurs voisins anglophones et lusophones.
La BCEAO engage ainsi une transition silencieuse mais profonde : en modernisant ses systèmes de paiement, elle transforme le rôle de la banque centrale, de simple gardienne de la monnaie à architecte d’un espace financier connecté. L’issue de ces chantiers dira si l’Afrique de l’Ouest peut conjuguer intégration régionale et ouverture continentale sans sacrifier la stabilité du franc CFA.