L'émir de Kano, Muhammadu Sanusi II, a lancé un appel pressant à la réconciliation entre la CEDEAO et les trois pays sahéliens en retrait. Lors d'une conférence à Abuja sur la monnaie unique ECO, il a averti que leur départ affaiblit l'intégration régionale et la coopération sécuritaire, privant l'Afrique de l'Ouest d'opportunités économiques cruciales. Cette prise de parole intervient alors que les relations restent tendues depuis les coups d'État et que les enjeux de souveraineté monétaire s'accentuent.

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L'appel de l'émir de Kano, ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, intervient dans un contexte régional marqué par des fractures profondes. Depuis l'annonce du retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO en janvier 2025, l'organisation peine à maintenir son unité. Sanusi II a rappelé que l'intégration de 15 pays est plus bénéfique que celle de 12, en termes de marché, de coopération sécuritaire et de poids diplomatique. Il a notamment souligné le rôle stratégique du Niger comme tampon face aux menaces extrémistes venant du nord, une fonction que l'histoire diplomatique nigériane ne peut ignorer.

Une intégration économique menacée

Le départ des trois pays sahéliens fragilise directement le projet de monnaie unique ECO, au cœur de la conférence où Sanusi II s'exprimait. Ces États, bien que miniers et agricoles, représentent une part non négligeable du PIB régional — le Burkina Faso est le premier producteur d'or de la zone UEMOA. Leur absence complique l'harmonisation des politiques monétaires et budgétaires, déjà laborieuse. L'émir a comparé cette situation au Brexit, rappelant que la sortie du Royaume-Uni a réduit l'influence économique de l'Union européenne et que l'Afrique de l'Ouest risque une perte similaire.

La souveraineté comme obstacle et levier

Les tensions actuelles trouvent leur origine dans les sanctions imposées après les coups d'État, mais aussi dans une volonté affirmée de souveraineté des pays sahéliens. Le 20 juin dernier, un tribunal de Ouagadougou a annulé l'accord d'achat d'or de Franco-Nevada avec Riverstone Karma, illustrant la détermination du Burkina à contrôler ses ressources. Cette décision, bien que bilatérale, signale une méfiance envers les engagements internationaux que la CEDEAO devra prendre en compte dans toute tentative de rapprochement. Sanusi II a insisté sur le pragmatisme : l'équilibre entre idéaux politiques et réalités nationales est indispensable.

Le Niger, clé de la sécurité régionale

Au-delà de l'économie, l'émir a mis en avant la dimension sécuritaire. Le Niger, situé au carrefour des menaces jihadistes et des flux migratoires, est un partenaire historique du Nigeria. Pendant la guerre civile nigériane, il a offert un appui logistique et diplomatique. Aujourd'hui, l'absence de coordination bilatérale affaiblit la lutte contre les groupes armés dans le bassin du lac Tchad et au Sahel. Sanusi II a appelé à dépasser les divergences politiques pour préserver cet acquis.

La voie de la réconciliation passe par des gestes concrets. La récente visite d'une délégation de la Banque africaine de développement à Ouagadougou pour préparer le Document de stratégie pays 2027-2031 montre que les institutions financières multilatérales continuent de parier sur le Burkina. La CEDEAO pourrait s'appuyer sur ces dynamiques pour rétablir le dialogue. Cependant, la montée des discours souverainistes et la consolidation de l'Alliance des États du Sahel (AES) compliquent la donne.

L'appel de Sanusi II résonne comme un signal d'alarme pour une région confrontée à un choix stratégique. Alors que les trois pays sahéliens affirment leur indépendance, la CEDEAO doit inventer de nouveaux modes de coopération, plus flexibles et respectueux des souverainetés. L'histoire montre que les intégrations régionales se renforcent par l'inclusion, non par l'exclusion. La question reste ouverte : la CEDEAO saura-t-elle transformer cette crise en opportunité de refondation ?