Les 20 et 21 juillet 2026, la BCEAO a dévoilé à Dakar son plan d’expérimentation du système panafricain de paiement (PAPSS), en associant plus de 80 banques commerciales de l’UEMOA. Cette initiative, qui s’appuie sur la plateforme PI-SPI déjà déployée dans l’Union, vise à réduire les frictions des paiements transfrontaliers et à diminuer la dépendance aux devises extra-africaines. Elle intervient alors que la région cherche à diversifier ses infrastructures financières et que la BCEAO, sous une nouvelle direction, affine sa stratégie post-CFA. Cette annonce marque une évolution notable par rapport aux discussions de juin 2026, centrées sur les comptes de la banque centrale et la conjoncture sénégalaise.
BCEAO : le pari du paiement panafricain
Expérimentation du PAPSS à Dakar · 80+ banques · 6 mois pilote · PI-SPI comme socle
Alertes sur les comptes BCEAO · Résultat net en recul · Arrivée d’Al Aminou Lô à la tête de l’institution
Présentation à Dakar de la feuille de route PAPSS · Phase pilote de 6 mois · 80+ banques UEMOA connectées via PI-SPI
Déploiement progressif · Réduction des frictions transfrontalières · Moins de dépendance aux devises extra-africaines
- → Nouveau leadership · Al Aminou Lô imprime une dynamique post-CFA
- → Stratégie 2026 · Recentrage de la BCEAO après des comptes contrastés en juin
- → Inflation régionale · Selon la Banque mondiale, Afrique de l’Ouest et Centrale : 1,7 %
La BCEAO a franchi une étape décisive dans l’intégration monétaire ouest-africaine en présentant, les 20 et 21 juillet 2026 à Dakar, sa feuille de route pour connecter les infrastructures de paiement de l’UEMOA au Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS). Ce projet, porté par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), vise à fluidifier les transactions entre États membres en contournant les circuits de change traditionnels. L’institution émettrice a confirmé une phase pilote de six mois impliquant plus de 80 banques commerciales de l’Union, utilisant la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) comme socle technique.
Cette accélération s’inscrit dans un contexte marqué par un recentrage stratégique de la banque centrale. En juin 2026, les alertes portaient sur des comptes contrastés, avec un résultat net en recul, et sur la prise de fonctions d’Al Aminou Lô à la tête de l’institution. Ce nouveau leadership semble avoir impulsé une dynamique tournée vers les infrastructures du futur, au détriment des seules préoccupations conjoncturelles. Le choix de Dakar pour ce séminaire, destiné aux journalistes économiques, n’est pas anodin : le Sénégal traverse une séquence économique délicate, et la BCEAO cherche à y consolider la confiance des milieux d’affaires.
Les rouages techniques du projet
Le dispositif présenté par Massi Lawson, adjoint au directeur des Systèmes et moyens de paiement, repose sur une architecture à trois niveaux. D’abord, le PI-SPI, déjà opérationnel dans l’UEMOA, permet des virements instantanés entre les banques adhérentes. Ensuite, l’EPSS (ECOWAS Payment and Settlement System), piloté par la Commission de la CEDEAO, doit devenir l’infrastructure régionale de référence pour les règlements intracommunautaires. Enfin, le PAPSS assure la connexion continentale, offrant aux acteurs économiques ouest-africains un accès direct aux marchés de la ZLECAf.
La BCEAO insiste sur l’hébergement des composantes de la plateforme : plusieurs banques centrales de la région ont déjà candidaté pour accueillir l’infrastructure. Ce volet géostratégique révèle les rivalités de leadership au sein de la CEDEAO, où le Nigeria et le Ghana disposent déjà de leurs propres systèmes. En choisissant de s’arrimer au PAPSS via l’EPSS, l’UEMOA fait le pari de l’interopérabilité plutôt que de l’autonomie monétaire – un choix qui contraste avec les débats sur la sortie du franc CFA.
Une réponse aux contraintes de change
Les paiements transfrontaliers en Afrique de l’Ouest restent entravés par la lenteur et le coût des conversions de devises. Actuellement, une transaction entre Abidjan et Lagos peut nécessiter jusqu’à cinq jours ouvrés et des frais atteignant 10 % du montant. Le PAPSS promet de réduire ces délais à quelques secondes et de faire baisser les coûts à moins de 3 %. Pour les PME de l’UEMOA, cette fluidification pourrait stimuler le commerce intra-régional, encore limité à environ 10 % des échanges totaux de l’Afrique de l’Ouest.
L’initiative de la BCEAO s’aligne également sur les objectifs de la ZLECAf, qui ambitionne de créer un marché continental unique. En janvier 2026, les discussions autour de l’intégration avaient buté sur les obstacles monétaires ; le projet de paiement instantané offre une solution concrète, sans attendre une monnaie unique. C’est une approche pragmatique qui pourrait redonner de l’élan aux négociations commerciales.
Les limites à considérer
Malgré l’enthousiasme, des défis demeurent. Le premier est la couverture réseau : le PI-SPI n’est pas encore déployé dans tous les pays de l’UEMOA, et son extension aux huit États membres est inégale. Ensuite, la cybersécurité est une préoccupation majeure ; les cyberattaques contre les banques centrales africaines se sont multipliées en 2025. Enfin, l’adoption par les commerçants et les particuliers reste à construire, dans des économies où le cash domine encore.
La BCEAO devra également composer avec les sensibilités politiques. Le projet EPSS, hébergé par la CEDEAO, pourrait être perçu comme une concurrence aux initiatives nationales, notamment au Nigeria, où la banque centrale a déjà lancé son propre système de paiement instantané. La coordination entre les différents acteurs sera cruciale pour éviter une fragmentation.
Le nouveau cap d’Al Aminou Lô
L’arrivée d’Al Aminou Lô à la tête de la BCEAO en avril 2026 a marqué un tournant. Ancien ministre sénégalais de l’Économie, il est connu pour sa vision modernisatrice. Sa présence à ce séminaire de Dakar, bien qu’indirecte, a donné le ton : la banque centrale veut devenir un moteur de l’intégration numérique, pas seulement un régulateur monétaire. Les comptes 2025, publiés en juin, montraient une baisse du résultat net, attribuée à la hausse des charges opérationnelles et aux investissements dans les systèmes d’information. Ce choix stratégique semble déjà porter ses fruits.
En liant l’UEMOA au PAPSS, la BCEAO ne se contente pas d’améliorer un service technique ; elle redéfinit son rôle dans la construction de l’Afrique intégrée. Alors que les débats sur le franc CFA s’essoufflent, cette initiative offre une alternative concrète pour renforcer la souveraineté économique par la technologie. L’étape de Dakar n’est que la première d’un long processus qui pourrait, à terme, transformer les flux d’échanges en Afrique de l’Ouest. Mais le succès dépendra de la capacité de l’institution à surmonter les obstacles politiques et sécuritaires qui jalonnent ce chemin.