Le 16 juin 2026, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont franchi une nouvelle étape dans la coordination cacaoyère entre la Côte d'Ivoire et le Ghana. Les deux premiers producteurs mondiaux, qui pèsent 60 % de l'offre, ont acté l'harmonisation des prix bord champ et la synchronisation des campagnes de commercialisation. Cette décision intervient sous la double pression des fluctuations des cours mondiaux et de l'entrée en vigueur du règlement européen contre la déforestation (EUDR).

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

La réunion d'Abidjan du 16 juin 2026 s'inscrit dans la continuité de l'Initiative Cacao Côte d'Ivoire-Ghana, lancée en 2018 pour donner aux deux pays un poids collectif face aux acheteurs internationaux. Si cette initiative avait déjà permis d'instaurer un prix plancher commun, les turbulences récentes des cours – chute en 2023-2024 puis remontée partielle – ont montré ses limites. La rencontre entre Ouattara et Mahama, la première depuis l'arrivée de ce dernier au pouvoir début 2025, visait à actualiser les mécanismes de coordination face à des défis à la fois conjoncturels et structurels.

Au cœur des annonces figure l'harmonisation des politiques de prix bord champ, confiée au Conseil Café-Cacao ivoirien et au Cocobod ghanéen. Les deux institutions devront aligner leurs stratégies de fixation des prix et synchroniser les campagnes de commercialisation à partir du 1er septembre. Cette mesure vise à limiter l'exposition des producteurs aux fluctuations des marchés internationaux en évitant les ventes concurrentes qui font pression sur les prix. Le prix minimum garanti, actuellement fixé à 1 800 dollars la tonne, reste un point central des débats, bien que son niveau exact n'ait pas été révisé publiquement lors de la réunion.

Ces ajustements interviennent dans un contexte où le marché mondial du cacao est soumis à des tensions multiples. Le vieillissement des plantations, les maladies du cacaoyer et les aléas climatiques pèsent sur l'offre, tandis que la demande reste forte. Parallèlement, le règlement européen contre la déforestation (EUDR), entré en vigueur progressivement et pleinement applicable en 2026, impose une traçabilité stricte des lots importés. La Côte d'Ivoire et le Ghana accusent un retard dans la mise en place des systèmes de cartographie et de certification nécessaires, ce qui pourrait fragiliser leurs exportations vers l'Europe, premier marché mondial.

La dimension sociale n'est pas absente des préoccupations. En mai 2026, des producteurs et chefs traditionnels de Soubré et de M'Batto avaient interpellé les autorités ivoiriennes pour réclamer une amélioration de leurs conditions. Le sénateur-maire de Soubré avait alors salué l'esprit de dialogue, tandis que le directeur général du Conseil Café-Cacao appelait à poursuivre la campagne de sensibilisation. Les mesures du 16 juin apparaissent ainsi comme une réponse aux revendications des planteurs, qui subissent de plein fouet l'instabilité des revenus.

Au-delà du renforcement bilatéral, la coordination ivoiro-ghanéenne pourrait s'étendre à d'autres producteurs. Le Cameroun et le Nigeria, respectivement cinquième et sixième producteurs mondiaux, ont été évoqués comme partenaires potentiels. Une alliance élargie regrouperait près des trois quarts de l'offre mondiale, conférant aux pays africains un levier considérable pour peser sur les prix et les normes. Toutefois, les divergences passées sur les stratégies de vente – certains pays préférant contractualiser à l'avance, d'autres vendre au comptant – compliquent l'harmonisation.

La rencontre d'Abidjan illustre la volonté des deux capitales de transformer leur poids quantitatif en influence réelle sur les règles du marché. Mais elle pose aussi la question de la soutenabilité de cette coordination dans la durée, alors que les intérêts nationaux et les sensibilités politiques peuvent diverger. La réussite dépendra de la capacité à maintenir un front commun face aux acheteurs internationaux, tout en intégrant les contraintes environnementales et sociales croissantes.

Ce resserrement de la coordination cacaoyère en Afrique de l'Ouest intervient alors que l'industrie mondiale du chocolat est elle-même en pleine mutation, entre pression réglementaire européenne et évolution des modes de consommation. La capacité des pays producteurs à s'unir durablement pourrait redéfinir les équilibres d'une filière où le pouvoir est longtemps resté concentré en aval. Reste à savoir si cette nouvelle étape parviendra à concilier les aspirations des planteurs, les exigences des acheteurs et les impératifs de durabilité.