Le stock de créances en souffrance des banques camerounaises a atteint 869,2 milliards FCFA fin 2025, en hausse de 6% sur un an. Pourtant, le ratio de dégradation du portefeuille s'est amélioré, passant de 13,5% à 12,3%. Cette évolution contrastée révèle des dynamiques sous-jacentes qui dépassent le simple secteur bancaire camerounais et interrogent la robustesse du financement des économies de la CEDEAO.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Le rapport sur l'économie camerounaise présenté à Yaoundé le 25 août 2026 par le ministère de l'Économie dresse un tableau en demi-teinte du système bancaire national. D'un côté, la valeur absolue des créances en souffrance progresse de 6%, passant de 820,1 à 869,2 milliards FCFA. De l'autre, le ratio agrégé de dégradation du portefeuille s'améliore de 1,2 point de pourcentage, pour s'établir à 12,3%. Cette apparente contradiction s'explique par une croissance plus rapide des crédits bruts accordés par les banques, qui dilue mécaniquement le poids des créances douteuses.

Cette amélioration du ratio agrégé ne doit pas masquer les fortes disparités entre établissements. La BC-PME affiche un taux de créances en souffrance de 72,9%, un niveau alarmant qui contraste avec les 35,4% de la BICEC, les 23,5% d'UBA Cameroun ou encore les 16,6% de GSC Bank. À l'opposé, Citibank, AGB, Bank Access, Bange Bank et CCA-Bank présentent des ratios proches de zéro. Ces écarts traduisent des stratégies de risque et des modèles d'affaires très différents, mais aussi des capacités inégales à recouvrer les créances.

Une amélioration qui masque des fragilités structurelles

La baisse du ratio agrégé est un signal positif pour la qualité globale du portefeuille bancaire camerounais, mais elle ne signifie pas une diminution du risque en valeur absolue. Les créances en souffrance continuent d'augmenter, et les établissements les plus fragiles pourraient peser sur la stabilité du système financier en cas de choc économique. Cette situation n'est pas propre au Cameroun : dans plusieurs pays de l'UEMOA, les ratios de créances en souffrance restent élevés, et la BRVM, principale place boursière de la région, a connu des fluctuations récentes qui traduisent une certaine volatilité des marchés.

La persistance de ratios élevés dans certaines banques camerounaises, notamment la BC-PME, soulève des questions sur la gouvernance et la gestion du risque de crédit. Ces établissements, souvent spécialisés dans le financement des PME, sont exposés à des secteurs plus risqués, comme l'agriculture ou le commerce informel. La faiblesse des systèmes d'information et des procédures de recouvrement aggrave encore leur vulnérabilité.

Des disparités qui interrogent la régulation

Les écarts entre banques posent la question de l'efficacité de la régulation prudentielle. La Commission bancaire de la CEMAC, qui supervise les banques camerounaises, a mis en place des normes prudentielles inspirées de Bâle II et III, mais leur application reste inégale. Certaines banques pourraient être tentées de sous-estimer leurs créances douteuses pour respecter les ratios réglementaires, ce qui fausserait la lecture du risque réel du secteur.

Cette situation intervient dans un contexte où la CEDEAO et l'UEMOA poussent à une intégration financière plus poussée, avec notamment le projet de monnaie unique Eco. La convergence des systèmes bancaires est un préalable à cette intégration, mais les disparités de qualité de portefeuille entre pays et entre banques constituent un obstacle majeur. Le Cameroun, bien que non membre de l'UEMOA, joue un rôle clé dans l'économie de la CEMAC, et la santé de son système bancaire a des répercussions régionales.

L'amélioration du ratio agrégé au Cameroun, si elle se confirme, pourrait servir d'exemple à d'autres pays de la région. Mais elle rappelle aussi que la croissance du crédit doit s'accompagner d'une gestion rigoureuse du risque, sous peine de fragiliser les banques et de compromettre le financement de l'économie. Les autorités camerounaises, qui ont lancé un vaste programme de restructuration du secteur public, devront veiller à ce que les banques les plus fragiles ne deviennent pas un fardeau pour l'ensemble du système.

Au-delà du Cameroun, cette situation interroge la capacité des banques ouest-africaines à soutenir la croissance économique sans accumuler de nouveaux risques. La Côte d'Ivoire, le Sénégal et d'autres pays de la région connaissent une expansion rapide de leur crédit, mais les défis de la qualité du portefeuille restent entiers. L'économie sénégalaise, en particulier, affiche une croissance soutenue, mais la montée des créances douteuses dans certains secteurs pourrait freiner cette dynamique. La CEDEAO, de son côté, cherche à harmoniser les politiques économiques et à renforcer l'intégration régionale, mais les divergences entre systèmes bancaires nationaux compliquent cet objectif.

La baisse du ratio de créances en souffrance au Cameroun est une évolution encourageante, mais elle ne doit pas occulter les fragilités persistantes de certaines banques. Alors que la région ouest-africaine s'engage dans une intégration économique et financière accrue, la qualité des portefeuilles bancaires sera un déterminant clé de la stabilité et de la croissance. Les disparités entre établissements et entre pays appellent à une vigilance accrue de la part des régulateurs et des acteurs financiers, dans un environnement où les chocs économiques mondiaux peuvent rapidement se propager.