Les banques congolaises ont accordé 1 869 milliards de FCFA de crédits à fin mars 2026, soit une hausse de 13,5 % sur un an, tandis que le taux de créances en souffrance reculait à 14,4 %. Ces chiffres, examinés le 13 juillet 2026 à Brazzaville lors du Comité national économique et financier, prolongent une dynamique de redressement amorcée en 2025. Bien que relevant de la CEMAC, cette tendance interroge les autorités monétaires de l'UEMOA sur la transmission de leur politique et la solidité du franc CFA.

Infographie — Politique monétaire

Les données publiées par le Comité national économique et financier (CNEF) de la République du Congo témoignent d'une double amélioration du secteur bancaire. D’une part, l’encours des crédits bruts à l’économie atteint 1 869 milliards de FCFA, après 1 647 milliards un an plus tôt. D’autre part, le ratio des prêts non performants chute de 16,6 % à 14,4 %, signe d’un assainissement des portefeuilles. Cette évolution confirme la fin d’une période de contraction : en 2024, le crédit avait reculé de 2,9 %.

Un contexte régional contrasté

Dans l’UEMOA, la BCEAO mène depuis 2020 une politique monétaire accommodante pour soutenir la reprise post-pandémie. Les taux directeurs ont été abaissés à plusieurs reprises, et le coefficient de réserves obligatoires réduit. La croissance du crédit y est positive, mais reste hétérogène selon les pays. Au premier trimestre 2026, la Côte d’Ivoire et le Sénégal affichent des progressions soutenues, tandis que le Niger et le Mali connaissent un ralentissement lié aux tensions sécuritaires. La baisse des créances douteuses observée au Congo est également un objectif pour les banques de l’Union, où le ratio moyen des NPL avoisinait encore 8 % en 2025.

La transmission de la politique monétaire en jeu

Pour que la politique monétaire soit efficace, la solidité des bilans bancaires est cruciale. Un taux élevé de créances douteuses bride la capacité des banques à accorder de nouveaux crédits, limitant ainsi l’impact des baisses de taux. L’amélioration congolaise suggère que les mesures de restructuration et de recouvrement portent leurs fruits. Dans l’UEMOA, la BCEAO a renforcé la supervision et encouragé les provisions. Si la tendance se confirme, la transmission des impulsions monétaires pourrait s’améliorer, favorisant l’investissement et la consommation.

Un signal pour la crédibilité du franc CFA

La qualité des actifs bancaires est un indicateur de stabilité financière, elle-même garante de la confiance dans la monnaie. Le franc CFA, arrimé à l’euro, bénéficie d’une garantie de la France via le compte d’opérations. Mais une fragilité bancaire systémique pourrait ébranler cette crédibilité. La réduction des NPL au Congo, combinée à une croissance du crédit maîtrisée, renforce le récit d’une zone CFA en voie de consolidation. Dans l’UEMOA, la réforme de 2019 a acté la fin du compte d’opérations et le départ des représentants français, mais l’ancrage reste inchangé.

Perspectives pour la politique monétaire de l’UEMOA

La BCEAO doit concilier soutien à l’activité et vigilance sur la qualité des crédits. Les chiffres congolais incitent à poursuivre une politique de taux bas tout en surveillant les risques de dégradation. Par ailleurs, le renforcement de l’union monétaire passe par une harmonisation des cadres prudentiels. La convergence des ratios de NPL vers des niveaux bas est un objectif partagé. Les prochains Comités de politique monétaire de la BCEAO, en septembre et décembre 2026, devraient intégrer ces signaux pour calibrer leur action.

Au-delà du cas congolais, l’ensemble de la zone franc semble engagé dans un cercle vertueux de reprise du crédit et d’assainissement des portefeuilles. Reste à savoir si cette dynamique pourra se maintenir dans un environnement international marqué par la hausse des taux et les incertitudes géopolitiques. La réponse déterminera en partie la capacité des banques centrales à piloter efficacement la conjoncture.