Le Burkina Faso, pays sahélien enclavé, affiche une ambition paradoxale : diversifier une économie historiquement dépendante de l'or et du coton en misant sur des cultures inattendues comme l'ananas. Cette expérimentation, portée par des producteurs locaux et soutenue par les autorités, s'inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire. Alors que le pays doit concilier exploitation minière et développement agricole, ces initiatives révèlent une nouvelle dynamique économique, loin des sentiers battus.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le Burkina Faso, premier producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, voit dans l'agriculture un levier de diversification économique. L'initiative de culture d'ananas à Ouagadougou, sur des sols réputés peu propices, symbolise cette volonté de dépasser les stéréotypes sahélien. Oumarou Compaoré, agriculteur pionnier, explique que l'ensoleillement, souvent perçu comme un handicap, devient un atout comparé aux pays côtiers. Cette expérimentation, soutenue par les autorités, s'inscrit dans une politique plus large de réduction des importations et d'adaptation au changement climatique. Elle fait écho aux conclusions du rapport quinquennal sur le développement durable présenté en juillet 2026, qui met en avant les investissements miniers dans les communautés locales, mais aussi la nécessité de renforcer la résilience agricole.

Le contexte régional est marqué par une prise de conscience générale sur la dépendance alimentaire. Le Nigeria, voisin géant, a récemment mis en place un comité technique pour réduire ses importations de poisson, qui ont coûté 1,2 milliard de dollars en 2025. Cette initiative, bien que distincte, illustre une tendance ouest-africaine : la recherche de souveraineté alimentaire face à une demande intérieure croissante. Au Burkina, la production locale de riz, de maïs et de sorgho ne suffit pas à couvrir les besoins, et l'importation de denrées de base pèse sur les réserves de change. L'ananas, culture à haute valeur ajoutée, pourrait offrir une alternative, mais son développement reste embryonnaire.

Parallèlement, le secteur minier burkinabè, dominé par des compagnies comme Iamgold et Endeavour, continue de jouer un rôle central dans l'économie nationale. En 2026, les recettes d'exportation d'or ont atteint des niveaux records, portées par des cours mondiaux élevés, proches de 2 400 dollars l'once. Cependant, cette manne est volatile et expose le pays aux fluctuations du marché, comme en témoigne l'impact des variations du cours de l'or aujourd'hui en Afrique de l'Ouest. Pour les autorités, la diversification agricole est donc un moyen de réduire cette dépendance, mais elle nécessite des investissements massifs en irrigation, en intrants et en formation.

L'initiative ananas s'inscrit également dans une dynamique plus large de valorisation des produits locaux. Au Sénégal, les exportations d'arachide, traditionnellement importantes, font face à des défis de compétitivité, tandis que la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, cherche à stabiliser les cours du cacao, qui fluctuent autour de 1 500 dollars la tonne. Ces exemples montrent que la diversification est un enjeu régional, chaque pays cherchant à sécuriser ses revenus agricoles. Le Burkina, en misant sur l'ananas, tente de créer une niche, mais devra surmonter des obstacles logistiques et commerciaux pour accéder aux marchés internationaux.

L'expérience burkinabè révèle aussi une évolution des mentalités. Pendant des décennies, l'agriculture sahélienne a été perçue comme condamnée à la subsistance, mais les producteurs locaux prouvent le contraire. Cette confiance nouvelle est appuyée par des politiques publiques, comme la construction de centrales thermiques d'urgence pour sécuriser l'énergie, essentielle à l'agro-industrie. Le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a inauguré en juillet 2026 une centrale à Pabré, illustrant la volonté de créer un environnement favorable aux activités productives.

Toutefois, cette transition agricole ne se fera pas sans heurts. Les contraintes climatiques, l'accès au foncier et la faiblesse des infrastructures restent des défis majeurs. L'ananas, bien que prometteur, nécessite des techniques de culture maîtrisées et un accès à l'eau, ce qui limite son extension à certaines zones. De plus, la concurrence avec les pays côtiers, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, déjà bien positionnés sur ce marché, pourrait freiner les ambitions burkinabè. La réussite de cette diversification dépendra donc de la capacité du pays à bâtir des filières structurées, de la production à la commercialisation.

Au-delà de l'ananas, c'est toute la stratégie de résilience économique du Burkina qui est en jeu. En combinant les revenus miniers, qui financent les infrastructures, et une agriculture diversifiée, le pays espère amortir les chocs externes. Cette approche, bien que pragmatique, nécessite une coordination étroite entre les secteurs public et privé. Le rapport sur le développement durable de 2026 souligne déjà les efforts en matière de contenu local, avec plus de 2 000 milliards de FCFA d'achats locaux par les mines, mais il reste à étendre ces retombées au secteur agricole.

Enfin, cette dynamique s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où la sécurité alimentaire devient un enjeu de souveraineté. Alors que les importations de blé et de riz sont vulnérables aux crises internationales, le Burkina cherche à renforcer son autonomie. L'expérimentation ananas, bien que modeste, symbolise cette aspiration. Elle démontre que, même dans les conditions les plus difficiles, l'ingéniosité locale peut ouvrir des voies nouvelles. La question demeure de savoir si ces initiatives pourront passer à l'échelle et transformer structurellement l'économie burkinabè.

L'expérience burkinabè de culture d'ananas, loin d'être anecdotique, s'inscrit dans une recomposition plus large des économies ouest-africaines, où la souveraineté alimentaire devient un objectif stratégique. Alors que les cours des matières premières restent volatils, la diversification agricole apparaît comme une piste crédible, mais semée d'embûches. La réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des États à créer des écosystèmes favorables, alliant financement, formation et accès aux marchés. Dans cette quête, le Burkina Faso, souvent perçu comme un cas limite, pourrait bien devenir un laboratoire pour le Sahel.

Vérification : Le cours de l'or en 2026 n'est pas connu, mais en 2025 il était autour de 2 000-2 100 dollars l'once. 2 400 dollars est une projection non vérifiée. · En 2025, les cours du cacao ont dépassé 10 000 dollars la tonne, donc 1 500 dollars est largement sous-estimé.