Le lundi 20 avril 2026, Aly Touré, porte-parole des pays producteurs de cacao à l’ICCO, a rencontré à Accra Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l’initiative cacaoyère Côte d’Ivoire-Ghana (ICCG). Cette visite de travail intervient alors que le collège des producteurs prépare une analyse approfondie du marché et des mécanismes de fixation des prix. Elle ravive la question centrale de la rémunération du producteur, maillon faible d’une filière pourtant vitale pour les économies ivoirienne et ghanéenne.

La rencontre s’inscrit dans la continuité de la « Déclaration d’Abidjan » de mars 2018, par laquelle les présidents Ouattara et Akufo-Addo avaient réaffirmé leur ambition commune d’augmenter durablement les prix perçus par les planteurs. Sept ans plus tard, les résultats sont contrastés : si le différentiel de revenu décent (LID) mis en place en 2019 a permis une revalorisation partielle, les cours mondiaux restent volatils et les mécanismes de soutien peinent à protéger les producteurs des chocs de marché. La consultation d’Aly Touré auprès de l’ICCG vise donc à affiner la stratégie avant les réunions du groupe de travail de l’ICCO.

Au-delà des discussions techniques sur les outils de production et la fixation des prix, cette visite révèle une tension persistante entre les ambitions affichées et les réalités du commerce international. Les deux institutions – ICCO et ICCG – sont censées coordonner l’offre et peser sur les négociations avec les acheteurs (industriels, traders). Or, les exportateurs et les multinationales conservent un poids déterminant dans la formation des prix, et le partage de la valeur reste très asymétrique : moins de 10 % du prix final d’une tablette de chocolat revient au producteur. Le porte-parole insiste sur la nécessité de « rémunérer le petit producteur », signe que les réformes passées n’ont pas encore corrigé ce déséquilibre.

Le contexte actuel ajoute une urgence supplémentaire. En 2025-2026, le marché du cacao a connu une forte volatilité, avec des pics de prix à Londres et New York suivis de corrections brutales, compliquant la planification pour les agriculteurs. Par ailleurs, les exigences de durabilité (déforestation, traçabilité) imposées par l’Union européenne et les consommateurs pèsent sur les coûts de production. Les producteurs ivoiriens et ghanéens, qui fournissent plus de 60 % du cacao mondial, cherchent donc à verrouiller des mécanismes de prix minimums indexés sur les charges réelles, mais butent sur la résistance des acheteurs.

La visite d’Aly Touré à Accra illustre également une tentative de renforcer la cohésion entre les deux principaux producteurs mondiaux. L’ICCG, créée en 2018, a pour mission de coordonner les politiques cacaoyères et d’éviter les surenchères commerciales entre Abidjan et Accra. Cependant, des divergences persistent sur le niveau du LID ou les modalités de vente. En s’appuyant sur l’expertise d’Alex Assanvo, le porte-parole cherche à harmoniser les positions avant de les porter devant les autres membres de l’ICCO – un signal que le cartel producteur tente de se consolider face à l’industrie.

Cette consultation intervient à un moment où le modèle de la « déclaration d’Abidjan » est testé par les fluctuations du marché et les pressions réglementaires. Au-delà des réunions techniques, c’est la capacité des producteurs à transformer leur poids statistique en pouvoir de négociation qui est en jeu. L’avenir de la filière dépendra de leur aptitude à innover dans les mécanismes de fixation des prix, et à maintenir une unité de façade face aux intérêts divergents des pays consommateurs et des multinationales.