Le 1er septembre 2026, Bruno Koné a ouvert les Journées nationales du cacao et du café en annonçant que la filière représente 17 % du PIB ivoirien et reste le pivot du PND 2026-2030. Mais le maintien du prix bord-champ à 1 200 FCFA le kilo, après le record de 2 800 FCFA l'an dernier, a suscité une vive polémique politique. Cette décision, défendue par l'OIA comme une réponse aux contingences internationales, révèle les fragilités structurelles d'un modèle de stabilisation qui n'a pas su protéger les producteurs.

Infographie — Cacao

Un prix qui interroge la gouvernance de la filière

La décision de fixer à 1 200 FCFA le kilogramme de cacao pour la campagne 2026-2027, annoncée par le gouvernement ivoirien, a immédiatement relancé le débat sur la répartition de la valeur dans la filière. L'opposant Ahoua Don Mello a dénoncé un prix "honteux" et a remis en cause le mécanisme de stabilisation, qui devait amortir les chocs de marché. Ce fonds de réserve, constitué lors des années fastes, aurait dû permettre de maintenir un prix plus élevé, alors que les cours mondiaux ont connu des fluctuations importantes depuis la campagne précédente. L'interpellation de l'opposant ne se limite pas à une critique conjoncturelle ; elle soulève la question de la transparence et de l'efficacité d'un système de régulation mis en place pour protéger les producteurs.

Un contexte de baisse des cours mondiaux

Cette tension intervient dans un contexte de normalisation des prix internationaux. Après avoir atteint des sommets historiques en 2025, les cours du cacao ont nettement reculé, sous l'effet d'une amélioration de l'offre et d'un regain de production dans d'autres pays. La Côte d'Ivoire et le Ghana, qui représentent environ 60 % de l'offre mondiale, se trouvent confrontés à la difficulté de concilier la rémunération des producteurs et la compétitivité de leur filière. La baisse du prix bord-champ, bien que significative, reflète cette réalité économique, mais elle est perçue comme un abandon par les planteurs qui avaient goûté aux revenus records de la campagne précédente. La gestion de cette transition est d'autant plus délicate que la filière cacao est un pilier de l'économie ivoirienne, contribuant à hauteur de 17 % du PIB et générant près de la moitié des recettes d'exportation.

Le PND 2026-2030 et l'ambition de transformation locale

Dans ce climat tendu, le gouvernement maintient son cap : faire du cacao un levier d'industrialisation. L'objectif de porter la transformation locale à 50 % d'ici 2030, contre environ 43 % aujourd'hui, est réaffirmé. Les capacités industrielles déjà proches de 60 % de la production nationale montrent une dynamique réelle, mais la question du prix bord-champ reste centrale. Les producteurs, qui constituent près de 40 % de la main-d'œuvre active, sont les premiers concernés par cette stratégie. Leur adhésion est essentielle pour atteindre les objectifs du PND, qui mise sur l'émergence de "champions nationaux" et sur une meilleure intégration de la chaîne de valeur.

Une polémique qui s'inscrit dans un débat plus large

La controverse autour du prix du cacao dépasse le simple cadre sectoriel. Elle intervient dans un climat politique déjà marqué par des tensions, et l'opposition y trouve un terrain de mobilisation. La critique d'Ahoua Don Mello, qui appelle à un audit du fonds de réserve, résonne auprès d'une population qui s'interroge sur la gestion des ressources publiques. Ce débat fait écho à des préoccupations plus larges sur la répartition des bénéfices de la croissance dans la sous-région ouest-africaine. En Côte d'Ivoire, où l'économie affiche une croissance soutenue (6 % prévus par le FMI), la question de la redistribution devient un enjeu politique majeur. Le pays, qui a connu quinze ans de croissance continue, doit désormais gérer les attentes d'une population qui aspire à des retombées plus concrètes.

Le poids du cacao dans l'économie réelle

Le cacao ivoirien ne se limite pas à sa contribution au PIB. Il est un moteur de l'emploi et des exportations, et son poids dans l'économie réelle est considérable. La filière mobilise environ 40 % de la main-d'œuvre active, ce qui en fait un secteur stratégique pour la stabilité sociale. Toute décision sur les prix a donc des répercussions directes sur des millions de personnes. La fixation du prix bord-champ à 1 200 FCFA, si elle est perçue comme injuste, pourrait alimenter un mécontentement social aux conséquences politiques imprévisibles. Les autorités en sont conscientes, et le discours de Bruno Koné aux JNCC a tenté de réaffirmer l'importance du secteur tout en justifiant la nécessité de s'adapter aux réalités du marché.

Une dynamique régionale à surveiller

Cette situation ivoirienne s'inscrit dans un contexte régional plus large. L'UEMOA a renoué avec l'excédent commercial en 2025, une première depuis 2011, mais cette performance reste fragile. Le Sénégal, de son côté, mise sur l'exploitation pétrolière et gazière pour diversifier son économie, tandis que le Ghana, autre grand producteur de cacao, suit de près les décisions ivoiriennes. La coordination entre Abidjan et Accra sur les prix et les stratégies de marché est cruciale pour peser sur les cours mondiaux. Les tensions actuelles en Côte d'Ivoire pourraient inciter le Ghana à adopter une position plus ferme, ce qui pourrait redessiner les équilibres régionaux. La question du prix du cacao dépasse donc les frontières ivoiriennes et touche à la coopération ouest-africaine.

Alors que la Côte d'Ivoire s'engage dans une nouvelle phase de son développement économique, la gestion du prix bord-champ du cacao apparaît comme un test décisif pour la crédibilité de son modèle de gouvernance. Les autorités devront trouver un équilibre entre les exigences du marché, les ambitions industrielles et les attentes des producteurs. La transparence sur l'utilisation du fonds de réserve pourrait être un premier pas pour apaiser les tensions. À plus long terme, la diversification de l'économie et la montée en puissance d'autres secteurs (comme l'or ou l'arachide) pourraient réduire la dépendance au cacao, mais cette transition est encore lointaine. En attendant, la polémique actuelle rappelle que la croissance économique ne suffit pas si elle ne s'accompagne pas d'une meilleure répartition des richesses.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)