Alors que la Côte d'Ivoire a fixé le prix bord champ du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne 2026-2027, la Plateforme ivoirienne pour le cacao durable (PICD) dénonce un montant inférieur au coût de revient et appelle à un dialogue national. Cette contestation intervient dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux et de débats récurrents sur la répartition de la valeur dans la filière. Elle révèle les limites d'un système de fixation administrée face à la volatilité des cours.

Infographie — Cacao

Le 2 septembre 2026, la PICD, qui regroupe des organisations de producteurs et de la société civile, a publié une communication dans laquelle elle prend acte du prix de 1 200 FCFA par kilogramme annoncé pour la campagne principale. Mais elle souligne que ce montant est inférieur au coût de revient estimé à 1 322 FCFA, et encore plus éloigné du seuil de 1 700 FCFA jugé nécessaire pour assurer un revenu vital aux producteurs. Ce décalage met en lumière un paradoxe : la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, peine à garantir une rémunération décente à ceux qui cultivent la fève.

Cette prise de position s'inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur le marché mondial du cacao. Depuis plusieurs campagnes, les cours internationaux fluctuent fortement, sous l'effet des aléas climatiques et des anticipations des opérateurs. En juillet 2026, des précipitations inférieures à la moyenne dans les régions cacaoyères ivoiriennes ont asséché les sols, ravivant les craintes sur la qualité et les volumes de la récolte à venir. Ces aléas pèsent sur les revenus des producteurs, déjà vulnérables aux chocs exogènes.

Le débat sur le prix bord champ n'est pas nouveau. Il avait déjà émergé lors de la précédente campagne, marquée par des difficultés pour les coopératives à écouler leur production dans des conditions satisfaisantes. La PICD, créée pour promouvoir un cacao durable, avait alors appelé à une réforme du mécanisme de fixation des prix. Aujourd'hui, elle réitère sa demande avec plus de vigueur, estimant que le système actuel ne protège pas suffisamment les producteurs contre la volatilité des cours internationaux.

Au-delà du seul niveau du prix, la PICD pointe la dépendance structurelle de la filière ivoirienne aux fluctuations du marché mondial. Elle souligne que les mécanismes de commercialisation ne tiennent pas compte des réalités économiques des producteurs, situés en amont d'une chaîne où la valeur ajoutée se concentre principalement en aval, dans la transformation et la distribution. Cette analyse rejoint les critiques récurrentes sur le partage inéquitable de la rente cacaoyère, un enjeu qui dépasse les frontières ivoiriennes et concerne également le Ghana, autre grand producteur.

La demande d'un dialogue national intervient dans un contexte où les autorités ivoiriennes multiplient les initiatives pour moderniser le secteur. En juillet 2026, le gouvernement a organisé un Groupe Consultatif du Plan national de Développement (PND) 2026-2030, axé sur les investissements. La question du cacao y a été abordée, mais sans avancée concrète sur le mécanisme de fixation des prix. La PICD espère que cette concertation, si elle aboutit, permettra d'aborder des sujets structurants comme la transparence des coûts, le financement des coopératives ou encore l'accès aux intrants.

La fixation du prix bord champ est un outil central de la politique cacaoyère ivoirienne, hérité de la libéralisation des années 1990. Il vise à protéger les producteurs des chocs externes, mais il est régulièrement critiqué pour son opacité et son manque de réactivité. La comparaison avec le Ghana, qui a adopté un système similaire, montre des difficultés analogues. Dans les deux pays, les producteurs réclament une plus grande part de la valeur, alors que les cours mondiaux ont connu des pics historiques en 2024 et 2025.

La situation actuelle pourrait être un tournant. La pression exercée par la PICD, conjuguée aux difficultés climatiques et aux attentes croissantes en matière de durabilité, pourrait contraindre les autorités à revoir leur copie. Mais les marges de manœuvre sont limitées : un prix trop élevé risquerait de pénaliser la compétitivité de la filière sur le marché international, tandis qu'un prix trop bas entretient la précarité et pousse les jeunes à délaisser la cacaoculture. Ce dilemme est au cœur des discussions.

La Côte d'Ivoire n'est pas seule face à ces défis. L'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, qui produit plus de 60 % du cacao mondial, est confronté à des questions similaires de durabilité et de répartition des revenus. Les initiatives régionales, comme l'Initiative Cacao pour le Développement, tentent d'harmoniser les approches, mais les intérêts nationaux restent prédominants. Le dialogue national réclamé par la PICD pourrait servir de modèle pour une réflexion plus large sur la gouvernance des filières agricoles dans la région.

Au-delà du cas ivoirien, cette controverse illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la remise en question des mécanismes de fixation des prix agricoles, souvent perçus comme déconnectés des réalités des producteurs. Alors que les cours mondiaux restent volatils et que les exigences de durabilité se renforcent, la question de la répartition de la valeur devient centrale. Le dialogue national réclamé par la PICD pourrait ouvrir la voie à une réflexion plus large sur la gouvernance des filières agricoles dans la région.