Depuis le 29 avril 2026, le Burkina Faso a suspendu toute importation de riz sur son territoire, mesure radicale visant à écouler la production nationale et à affirmer sa souveraineté alimentaire. Derrière l'appel au patriotisme économique se cache un pari audacieux : celui de substituer du jour au lendemain le riz asiatique par une filière locale encore fragilisée par des rendements irréguliers et une logistique balbutiante. Cette décision s'inscrit dans une tendance ouest-africaine de repli protectionniste sur les céréales de base, mais soulève des interrogations sur son impact réel pour les consommateurs et l'équilibre des marchés.
Au niveau régional, le Burkina Faso n'est pas isolé. Le Sénégal a récemment annoncé un plan pour atteindre l'autosuffisance en riz d'ici 2030, et le Mali a également restreint les importations de céréales. Ces politiques reflètent une volonté commune de réduire la dépendance alimentaire, exacerbée par la guerre en Ukraine et les tensions sur les marchés mondiaux. Cependant, la fermeture totale des frontières au riz, sans période de transition ni filet de sécurité, est une première dans la zone UEMOA. Elle pose la question de la compatibilité avec les règles communautaires de libre-échange et pourrait créer des tensions avec les partenaires régionaux.
La suspension des importations de riz au Burkina Faso est un acte fort de souveraineté alimentaire, mais elle illustre aussi le dilemme auquel font face de nombreux États ouest-africains : comment concilier l'urgence de nourrir des populations urbaines croissantes avec la nécessité de valoriser une agriculture encore peu productive ? Au-delà du cas burkinabè, c'est la viabilité des politiques de substitution aux importations qui est testée, dans un contexte de changement climatique et de pression démographique. Les prochains mois diront si ce pari se solde par une modernisation accélérée de la filière rizicole ou par une crise de l'approvisionnement.