La région de Kaolack, bastion de l'arachide, a déjà réceptionné 42,3 % de son quota de semences pour la campagne 2026, soit plus que le total de l'année précédente. Mais dans l'est du Sénégal, les producteurs de Linguère alertent sur des retards de livraison alors que l'hivernage approche. Derrière ces contrastes se joue l'avenir d'une filière stratégique pour le pays et pour l'Afrique de l'Ouest.

Infographie — Arachide

Une avancée contrastée

Le 17 juin 2026, l'Agence de Presse Sénégalaise rapportait que la région de Kaolack avait reçu 42,3 % des 11 597 tonnes de semences d'arachide allouées pour la campagne en cours. Ce chiffre, qui représente environ 4 905 tonnes, dépasse déjà le volume total distribué lors de la campagne 2025 (4 904 tonnes). L'effort logistique de la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS) et de l'État semble porter ses fruits dans ce bassin historique de la filière. Pourtant, ce tableau positif cache des disparités régionales qui pourraient compromettre l'objectif de souveraineté semencière.

Des zones en difficulté

Dans le département de Linguère, à l'est du pays, les paysans ont tiré la sonnette d'alarme début juin face à la lenteur des distributions. Dans cette zone enclavée, les pluies débutent plus tôt et tout retard dans la réception des semences peut entraîner une fenêtre de semis trop courte. Le contraste avec Kaolack illustre les défis d'un système encore trop centralisé, dépendant des routes et des entrepôts de la capitale. Les producteurs de Linguère ne sont pas les seuls à souffrir : lors du comité régional de développement de Kaolack le 16 juin, les agriculteurs ont exprimé leur besoin urgent de petits matériels agricoles (charrues, semoirs, tracteurs) pour améliorer leur productivité, sans assurance de réponse rapide.

Des infrastructures sous pression

Au-delà des volumes, la qualité et la conservation des intrants posent problème. Le manque de magasins de stockage expose les semences et les engrais à la détérioration pendant la saison des pluies. Les commissions administratives de distribution, mises en place pour améliorer la traçabilité, peinent à suivre le rythme des livraisons. Ce déficit d'infrastructures n'est pas nouveau, mais il prend une acuité particulière alors que l'État a augmenté son engagement financier : le quota 2026 de Kaolack est en hausse de 136 % par rapport aux volumes réceptionnés en 2025. Sans capacités de stockage adéquates, une partie de cet effort risque d'être perdue.

Un enjeu régional

La campagne 2026 intervient dans un contexte où le Sénégal, premier producteur d'arachide de l'UEMOA, joue un rôle clé pour la sécurité alimentaire ouest-africaine. Les prix des huiles végétales restent élevés sur les marchés internationaux, renforçant la nécessité d'une production locale suffisante pour réduire la facture d'importation. La qualité des semences, garantie par les programmes de certification soutenus par l'Institut sénégalais de recherches agricoles, est cruciale pour atteindre cet objectif. Mais les disparités dans la distribution et le manque d'équipement risquent de limiter l'impact de ces efforts.

La question semencière au Sénégal dépasse la simple logistique : elle révèle les tensions entre l'ambition de souveraineté alimentaire et la réalité d'un système agricole fragmenté. Alors que la région de Kaolack progresse, les retards dans l'est et les lacunes infrastructurelles rappellent que l'arachide, culture identitaire et économique, nécessite une approche plus intégrée. Dans un contexte de changement climatique qui raccourcit les cycles culturaux, chaque saison de semis devient un test pour la capacité du pays à transformer ses atouts en résilience.