Les 28 et 29 septembre 2026, Nouakchott accueillera le Fintech Mauritanie Hackathon, un événement centré sur l’entrepreneuriat féminin et l’innovation financière dans l’espace de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI). Alors que le pays s’apprête à devenir un exportateur majeur de gaz naturel liquéfié avec le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), ce hackathon révèle une double stratégie : conjuguer les ressources extractives et le numérique pour bâtir une économie inclusive. L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l’Ouest, où la fintech devient un outil d’inclusion financière et de diversification économique.

Infographie — Fintech · Mobile money

Un événement stratégique dans un pays en transition

La tenue du Fintech Mauritanie Hackathon 2026 à Nouakchott n’est pas un hasard. La Mauritanie, longtemps dépendante de la pêche et des mines, prépare l’entrée en production du champ gazier GTA, prévue pour 2026-2027. Dans le même temps, le gouvernement cherche à structurer un écosystème numérique capable d’absorber les retombées de cette manne énergétique. Le choix du thème « Femmes, Innovation et Finance » indique une volonté de ne pas reproduire le modèle extractif classique, mais d’inclure les talents féminins dans la construction du secteur fintech.

L’essor des fintechs ouest-africaines comme toile de fond

L’Afrique de l’Ouest est devenue un laboratoire de la fintech, avec des géants comme Wave, Orange Money ou MTN Mobile Money. Le Sénégal voisin, par exemple, a vu émerger des startups qui facilitent les transferts, l’épargne et le crédit. En Mauritanie, le taux de pénétration du mobile money reste inférieur à la moyenne régionale, mais les autorités multiplient les initiatives pour le rattraper. Le hackathon s’appuie sur cette dynamique régionale : en réunissant investisseurs, régulateurs et entrepreneurs, il cherche à accélérer l’adoption des services financiers numériques, en particulier auprès des femmes.

L’inclusion financière des femmes : un défi persistant

Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, les femmes sont traditionnellement actives dans le commerce informel et l’épargne rotative (tontines). Cependant, elles restent sous-représentées dans l’accès au crédit bancaire et aux services numériques. Le hackathon mise sur la formation, le mentorat et la mise en réseau pour lever ces barrières. Des panels sur l’intelligence artificielle et la blockchain montrent que le pays ne se contente pas de copier les modèles existants, mais cherche à innover.

Une initiative ancrée dans la diplomatie économique islamique

Le choix de l’OCI comme cadre n’est pas anodin. L’organisation regroupe 57 pays membres, dont plusieurs États du Golfe et d’Asie. Pour Nouakchott, c’est une vitrine pour attirer des investissements halal compatibles avec les principes de la finance islamique. En parallèle, la Mauritanie renforce ses liens avec le Sénégal et le Nigeria, deux poids lourds de la fintech régionale. Le hackathon pourrait ainsi déboucher sur des partenariats transfrontaliers.

Les défis à surmonter

Malgré les ambitions, la Mauritanie fait face à des obstacles : faible bancarisation, infrastructures numériques limitées et climat des affaires encore perfectible. L’événement devra convaincre les investisseurs que le pays offre un environnement stable et porteur. Par ailleurs, la réussite du hackathon dépendra de sa capacité à transformer les idées en entreprises viables, au-delà du simple effet d’annonce.

Une tendance régionale de convergence entre ressources et numérique

Le Sénégal, avec le projet gazier GTA, et la Mauritanie partagent une même trajectoire : utiliser les revenus du gaz pour financer la transition numérique. En mai 2026, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko insistait sur l’accélération de la valorisation des ressources. Le hackathon mauritanien s’inscrit dans cette logique : il ne s’agit plus de choisir entre extractif et numérique, mais de les articuler. L’initiative pourrait, à terme, inspirer d’autres pays de la région, à l’image du Ghana ou de la Côte d’Ivoire, qui cherchent à diversifier leurs économies.

Le Fintech Mauritanie Hackathon 2026 cristallise les aspirations d’un pays qui veut conjuguer rente gazière et économie numérique. En mettant les femmes au cœur de cette stratégie, il interroge la capacité des États ouest-africains à bâtir une croissance inclusive, où les nouvelles technologies deviennent un levier d’émancipation. Reste à savoir si cette effervescence se traduira en un écosystème durable, capable de rivaliser avec les pôles fintechs de Lagos, Abidjan ou Dakar.