La Johannesburg Stock Exchange (JSE) a listé fin juillet 2026 un nouvel ETF trackant les trente plus grandes capitalisations sud-africaines, portant à 141 le nombre de fonds indiciels cotés sur la place. Pendant ce temps, la BRVM, après avoir atteint un record historique à 425,54 points fin mai, ne compte encore aucun ETF domestique. Ce contraste interroge sur la maturité du marché financier ouest-africain et sur les stratégies à adopter pour capter l'épargne locale et internationale.

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Le 29 juillet 2026, le Oribi South Africa Top 30 Index Prescient Exchange Traded Fund (code ORBT30) a fait son entrée sur le Main Board de la JSE. Ce véhicule reproduit passivement le Merqube South Africa Top 30 Index via une réplication intégrale, offrant aux investisseurs une exposition diversifiée aux plus grandes sociétés sud-africaines. Avec ce nouveau produit, la JSE confirme sa position de leader continental des ETF, avec une capitalisation cumulée de plus de 262 milliards de rands (environ 13,5 milliards d'euros) sur 141 fonds.

Un marché sud-africain mature, des leçons pour l'UEMOA

L'engouement pour les ETF en Afrique du Sud s'inscrit dans une tendance mondiale de bascule vers la gestion passive. Les investisseurs, particuliers comme institutionnels, recherchent des frais réduits, de la transparence et une liquidité intraday. La JSE, en multipliant les offres, répond à cette demande tout en élargissant sa base d'investisseurs. Ce dynamisme contraste avec la situation de la BRVM, qui a pourtant enregistré des performances boursières remarquables au premier semestre 2026.

Le contexte historique rappelle que la BRVM Composite a grimpé de 1,07 % à 425,54 points fin mai 2026, un record porté par des séances raccourcies en raison de jours fériés. Parallèlement, la nomination d'un nouveau gouvernement au Sénégal début juin – avec un portefeuille des Transports confié à Abdou... – a maintenu une certaine stabilité politique. Mais cette croissance ne s'est pas accompagnée d'une innovation produit comparable à celle observée à Johannesburg.

Pourquoi la BRVM reste-t-elle à l'écart des ETF ?

Plusieurs facteurs expliquent cette disparité. D'abord, la taille critique : la capitalisation totale de la BRVM (environ 6 000 milliards de francs CFA, soit 9 milliards d'euros) est inférieure à celle du seul marché sud-africain. Ensuite, la structure actionnariale, dominée par des investisseurs institutionnels locaux (banques, assurances) qui privilégient des stratégies actives. Enfin, le cadre réglementaire : si le Conseil régional de l'épargne publique et des marchés financiers (CREPMF) autorise théoriquement les ETF, les conditions de création restent contraignantes (agrément, taille minimale, frais).

Pourtant, des initiatives émergent. La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) encourage la digitalisation des marchés et la diversification des produits. Le projet d'indice BRVM 30, lancé en 2024, pourrait servir de sous-jacent à un futur ETF. Mais sans volonté politique forte ni mobilisation des acteurs privés, le décollage tarde.

L'enjeu de la liquidité et de la profondeur de marché

Un ETF performant nécessite un marché sous-jacent liquide. Or, la BRVM souffre encore d'une rotation faible sur de nombreuses valeurs. Les grandes capitalisations comme Sonatel, Ecobank ou Coris Bank concentrent l'essentiel des volumes. Dans ce contexte, un ETF répliquant un indice large peinerait à assurer une liquidité intraday satisfaisante. À l'inverse, des ETF sectoriels ou thématiques (finances, télécoms, énergie) pourraient rencontrer un écho.

Au-delà de la technique, la question est aussi celle de l'éducation financière. En Afrique de l'Ouest, l'investissement en bourse reste confidentiel – moins de 500 000 comptes titres pour 300 millions d'habitants. Les ETF, souvent méconnus, pourraient démocratiser l'accès au marché en abaissant les seuils d'entrée et en simplifiant la gestion.

Le signal sud-africain : une incitation à accélérer ?

L'arrivée d'ORBT30 ne menace pas directement la BRVM, mais elle souligne le retard d'intégration financière régionale. Les investisseurs internationaux, habitués aux ETF liquides, délaissent parfois les marchés ouest-africains jugés trop complexes. Si la BRVM veut capter une partie des flux d'investissement passif qui irriguent le continent, elle devra offrir des produits comparables.

Certains analystes estiment que le meilleur levier serait de mutualiser les efforts avec d'autres bourses africaines (comme le projet de Bourse africaine intégrée). D'autres privilégient une approche bilatérale, en s'inspirant du modèle marocain ou égyptien, où des ETF indiciels existent déjà. Quoi qu'il en soit, le développement des ETF en Afrique de l'Ouest ne pourra se faire sans une réflexion approfondie sur la liquidité, la gouvernance et la stimulation de la demande.

Les premiers pas timides de l'UEMOA

En 2025, un ETF obligataire indiciel sur les titres publics de l'UEMOA avait été envisagé, mais le projet n'a pas abouti, faute d'accord sur les pondérations. Plus récemment, la BRVM a annoncé travailler sur un indice de dividendes, première pierre d'un futur ETF. Ces signaux, bien que faibles, montrent que l'idée chemine.

Pour l'heure, le marché ouest-africain reste dominé par les investisseurs institutionnels et les transactions de gré à gré. La mutation vers plus de transparence et de passivité est inéluctable, mais elle prendra du temps. En attendant, l'exemple sud-africain rappelle que l'innovation produit est un puissant vecteur de croissance boursière.

L'écart entre la JSE et la BRVM en matière d'ETF reflète des stades de développement différents, mais il pose aussi la question de la capacité des marchés ouest-africains à s'adapter aux évolutions globales de la finance. Alors que les fintechs et les plateformes de trading en ligne gagnent du terrain, l'arrivée de produits passifs simples et peu coûteux pourrait être le prochain catalyseur pour une inclusion financière plus large dans la région.