Après des mois de tensions, Visa a indiqué que la mise en œuvre de l'obligation de compensation locale des paiements par carte n'était plus qu'« une question de quelques mois ». La décision n°31 du GIM-UEMOA, qui impose le routage via la plateforme régionale GIM-Switch, vise à renforcer la souveraineté financière de l'Union. Cette annonce, faite le 30 juin à Paris par Aminata Kane, Senior Vice President de Visa pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, marque une inflexion dans le bras de fer qui opposait le réseau international aux régulateurs régionaux. Elle intervient alors que l'UEMOA cherche à concilier inclusion financière, maîtrise des flux et réduction de la dépendance extérieure.

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Un revirement stratégique

L'annonce d'Aminata Kane constitue un dénouement attendu mais inespéré pour les régulateurs de l'UEMOA. Depuis l'ultimatum du 29 janvier 2026 fixant au 31 mars la mise en conformité de Visa, Mastercard et UnionPay, le dossier s'était enlisé. Les deux premiers réseaux réclamaient un nouveau report à octobre 2026, tandis que plusieurs compagnies aériennes, dont Air Côte d'Ivoire, avaient suspendu les paiements en ligne par cartes locales, invoquant la décision n°31. La réception de la responsable de Visa par la BCEAO la semaine précédant son intervention parisienne suggère que des avancées techniques concrètes ont été présentées.

Les enjeux de la décision n°31

Adoptée en 2015 par le Conseil des ministres de l'UEMOA, la décision n°31 impose que toute transaction réalisée avec une carte émise dans la zone soit routée et compensée via GIM-Switch, en monnaie locale, même lorsqu'elle transite par les réseaux internationaux. L'objectif affiché est clair : renforcer la souveraineté financière, améliorer la traçabilité des flux et réduire la dépendance aux infrastructures de compensation extérieures. Le directeur général du GIM-UEMOA, Minayegnan Coulibaly, a souligné l'importance des flux concernés, justifiant la fermeté des positions.

Un contexte régional porteur

Cette évolution s'inscrit dans une dynamique plus large de consolidation financière régionale. Au Togo, les autorités s'efforcent d'opérationnaliser l'Organe de supervision des services financiers (OQSF-TG), créé en 2022 mais resté lettre morte. Dans le cadre de la préparation de la Stratégie nationale d'inclusion financière 2026-2030 et de la présidence de la FAPBEF-UEMOA, l'opérationnalisation de cet outil est considérée comme une condition clé pour traduire l'inclusion quantitative en qualité réelle. La capacité à traiter les paiements localement est un prérequis pour cette ambition.

Par ailleurs, la BCEAO a récemment contribué à la recherche économique au sein de l'Union, illustrant une volonté d'ancrer les politiques dans des analyses locales plutôt que dans des modèles exogènes. Enfin, le poids croissant du service de la dette publique dans plusieurs États membres, mis en lumière par un rapport de mai 2026, souligne l'urgence de renforcer la mobilisation des ressources intérieures. La compensation locale des paiements permet de retenir la valeur des transactions dans la région, limitant les fuites de commissions vers les réseaux internationaux et améliorant la collecte fiscale.

Les défis techniques et politiques

Malgré ce signal positif, la mise en œuvre effective reste semée d'embûches. L'intégration technique avec les banques locales et la plateforme GIM-Switch nécessite des investissements et des adaptations opérationnelles. La question de l'interopérabilité avec Mastercard et d'autres réseaux demeure entière. Par ailleurs, la transition vers un écosystème plus souverain pourrait entraîner des frictions commerciales, notamment avec les entreprises qui bénéficient des infrastructures existantes. La fermeté des régulateurs, appuyée par la BCEAO, devra composer avec les réalités du marché.

Perspectives

La décision de Visa ouvre la voie à un rééquilibrage des rapports de force entre réseaux internationaux et régulateurs régionaux. Si la conformité effective intervient dans les mois à venir, elle pourrait constituer un précédent pour d'autres zones monétaires africaines confrontées à des enjeux similaires de souveraineté numérique. L'écosystème des paiements ouest-africain, en pleine expansion démographique et technologique, se dirige vers une architecture plus locale, sans pour autant renoncer à l'interconnexion globale. Reste à savoir si les autres acteurs, comme Mastercard, emboîteront le pas et à quel rythme.

Au-delà du cas Visa, c'est tout le modèle de gouvernance des flux financiers en Afrique de l'Ouest qui est en train de se redessiner. La décision n°31, longtemps restée lettre morte, devient un levier effectif de souveraineté. Reste à observer comment les autres réseaux s'adapteront et si cette dynamique s'étendra à d'autres régions du continent confrontées à des défis similaires.